Cet homme engagé se tient à l'écart. Guillemin cultive une véhémence. Elle est le fruit de la générosité. Dès l'adolescence, son parti est pris. C'est celui des humbles et de la Justice. Il n'en changera point. Contre les possédants, contre les maîtres, il choisit le peuple. Il n'éprouve qu'une haine et lui demeure fidèle, celle des pouvoirs de l'argent.

Disciple de Marc Sangnier, il découvre très tôt les impostures d'une bourgeoisie qui se prétend "nationale" pour mieux préserver ses privilèges. Son amour va vers les petits, les pauvres. Sensible à leur peine, il ne se lassera pas du désir de leur dignité.

Les figures qui se disputent son coeur et le coeur de son oeuvre ont partagé ce rêve et combattu pour lui : Lamartine, Hugo, Jaurès, Zola. Ses personnages de prédilection perpétuent une ancienne tradition française où la poésie se conjugue à la politique, l'écriture à l'histoire : des créateurs qui prennent des risques.

En tous ses héros - Rousseau, Robespierre, Hugo, bien d'autres - il fouaille la pensée religieuse, dessine la forme, chez chacun d'eux, du désir d'infini, de ce qui aspire au "coeur du coeur" à la transcendance.

Histoire littéraire, histoire politique, histoire religieuse, on passe de l'une à l'autre, complice ou critique des indignations et des enthousiasmes de l'auteur, jamais indifférent.

Avec quelle allégresse, il déboulonne les gloires usurpées et rétablit les mérites négligés !

Extrait de la préface à Henri Guillemin le passionné de Maurice Maringue, éd. de l'Armançon