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Jeanne, dite Jeanne d’Arc

Publié en 1970, repris en 1977 dans la collection « Folio », ce livre fut un succès de librairie pour Guillemin et un objet de scandale pour ceux des historiens qui le considèrent comme un trublion infréquentable ; la célèbre Régine Pernoud fait de lui la cible principale de son pamphlet Jeanne devant les Cauchon.

Pourtant Guillemin ne s’était pas comporté à l’égard de Jeanne autrement que face à tous ceux dont il a tenté de comprendre la destinée : examiner ce l’on sait de sa vie et de son procès pour la faire revivre, sans légende. Pas d’idéalisation de l’héroïne, « fille sans beauté, un peu courtaude », ni de l’entourage du dauphin Charles, « cour froide et hautaine » vite désireuse de se libérer de « cette fille de rien, entêtée, indocile » ; une fois de plus, Guillemin refuse d’être un historien bien élevé, qui gommerait les aspérités.
Une fois de plus aussi, il cherche à atteindre l’âme, l’être intime. Ce qui le retient chez cette Jeanne « gaie, subtile, volontiers gouailleuse, pleine de sève et de feu », jetée sur le bûcher par l’Église, c’est bien sûr le mystère même de sa vocation, de ces « “voix” qui la conduisirent ».

Rien de solennel dans ces pages, mais la joie, perceptible à chaque page, de brosser le portrait d’ « une gosse hors série, attachante au suprême degré ».

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L’arrière-pensée de Jaurès

Comme souvent dans les titres de Guillemin, un élément intrigue, et c’est celui qui donne accès à l’essentiel. Le nom de Jaurès reste si connu qu’on s’imagine bien savoir ce qui, avant même sa mort tragique, a fait de lui un symbole : en ce tribun s’incarne le socialisme français d’avant 14.

Guillemin, sans le nier, veut dégager ce qui comptait vraiment pour lui, son « arrière-pensée ».
Dans le texte même, il est plus explicite : c’est la « métaphysique » de Jaurès qui l’intéresse.
À droite comme à gauche, en effet, on a fait comme si cet agrégé n’avait jamais écrit sa thèse de philosophie, dont l’idée centrale, au rebours du positivisme en vogue, est clairement spiritualiste : à droite, un Jaurès athée était plus facile à haïr comme l’ennemi des gens de bien(s) ; à gauche, un Jaurès croyant n’eût pas été un révolutionnaire recevable.

Pourtant, dit Guillemin, ce sont « ces certitudes métaphysiques sur lesquelles vivait Jaurès » qui permettent de comprendre son action ; ce bref livre de 1966 le montre à travers un portrait vif et sensible de l’homme public et privé.

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L’énigme Esterhazy

Pourquoi, en 1963, Guillemin s’attaque-t-il à l’affaire Dreyfus, alors qu’elle a déjà suscité une énorme bibliographie, et qu’en outre l’innocence de Dreyfus ne fait plus de doute ? L’attitude de l’armée, en revanche, garde des éléments de mystère.

Guillemin ne se satisfait pas de l’explication habituelle, selon laquelle le capitaine juif aurait été condamné par erreur, erreur que le monde militaire se serait obstiné à ne pas reconnaître.
L’étude des dossiers conservés aux Archives nationales, à condition qu’elle soit menée sans tabou ni réticence (on peut faire confiance à Guillemin pour cela), permet pourtant de dire avec certitude que trois généraux au moins, Mercier, le ministre de la Guerre, Boisdeffre et Gonse, le chef et le sous-chef de l’État-Major, savaient que Dreyfus n’était pas le bon coupable.

Mais pourquoi, alors, protégeaient-ils Esterhazy, véritable expéditeur vers l’Allemagne des documents militaires qu’on avait accusé Dreyfus d’avoir livrés à Schwarzkoppen ?

Guillemin tente de remonter plus haut et propose une hypothèse interprétative nouvelle.

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Histoire des catholiques français au xixème siècle

L’alliance du trône et de l’autel avait été mise à mal par les événements de la Révolution. La classe ouvrière était largement déchristianisée, la bourgeoisie citadine n’avait qu’une pratique sociale de la religion ; seule l’aristocratie, et les paysans qu’elle influençait, demeurait attachée au catholicisme.

Tout au long du XIXème siècle, pour l’Église et pour les pouvoirs politiques l’enjeu est primordial, la première pour restaurer son autorité sur les masses, les autres pour s’appuyer sur cette force de conservation sociale que représente le clergé : il faut rechristianiser la France.

Henri Guillemin retrace les épisodes de cette alliance d’intérêts croisés, de cette conjonction de cynismes symétriques, de ces manœuvres parfois peu reluisantes. Mais il croise, chemin faisant, de hautes figures du catholicisme (Lacordaire, Ozanam) qui illustrent la fidélité à l’exigence évangélique de soucis des pauvres. C’est vers eux que va son cœur.
En attendant la venue de celui qui tentera de réconcilier le christianisme et le socialisme : Marc Sangnier.