Sulivan ou la parole libératrice

Joseph Lemarchand, dit Jean Sulivan (1913-1980), prêtre, enseignant, aumônier d’étudiants, se tourne vers la littérature assez tard et atteint au milieu des années 60 une notoriété due à la rudesse de son regard sur le monde et à la singularité poétique de son talent de prosateur. Depuis Mais il y a la mer (1964) jusqu’à Petite littérature individuelle (1971) et aux deux volumes de Matinales (1976 et 1977), il multiplie les livres, souvent brefs, riches en aphorismes, en réflexions apparemment éparses mais qui se constituent au fil de la lecture en une vision du monde, croyante mais atypique, dont l’audace chaleureuse se nourrit des espoirs ouverts par le renouveau conciliaire. Mort accidentellement en pleine maturité, Sulivan est trop peu connu de nos jours, et c’est injuste.
Directeur de collection chez Gallimard, il avait été séduit par Henri Guillemin, auteur “maison”, par son hostilité aux gens de bien(s) et à tous les aspects du cléricalisme ; il lui demanda d’écrire sur lui un livre : c’était un iconoclaste qui sollicitait un autre iconoclaste. Aussi bien, dans ce Sulivan de 1977, Guillemin aborde-t-il des thèmes qui ne nous dépaysent pas : l’amour, l’action de l’homme dans le monde, Dieu (et surtout pas la théologie), les raisons que l’on a d’écrire. C’est à la fois un portrait et un autoportrait, dont la lecture permet de connaître deux hommes à la fois proches et dissemblables.

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