Guillemin, légende et vérité

Henri Guillemin a suscité les jugements les plus contradictoires : si Pompidou l’a qualifié de « fouilleur de poubelles » et l’a fait bannir de la radio-télévision française, Mitterrand, qu’il a connu, voyait en lui « un historien qui agace les dents », et c’était un éloge. Les communistes l’ont aimé (« Une critique, enfin, se désembourgeoise », André Wurmser), mais plus rarement les catholiques, ou plutôt cela dépendait de leur bord : Maurice Chavardès, à Témoignage chrétien, salue sa « rigueur toute baignée de passion », mais Régine Pernoud, la gardienne de Jeanne d’Arc, l’appelle « le dernier des Cauchon ». Patrick Berthier, qui avait écrit à partir de ses dialogues avec lui Le Cas Guillemin (Gallimard, 1979), a entrepris de débrouiller cet écheveau d’injures et d’éloges mêlés, puis, en lisant à son tour tout ce que Guillemin avait publié jusque-là, a tenté de dégager une “vraie” image de ses certitudes et de ses obsessions, de ses défauts aussi. Vérité sans doute inaccessible, car il n’a dit de lui-même que ce qui lui convenait, mais il fallait qu’un “guilleminien” lui-même passionné tentât avec le plus de rigueur possible de combattre la légende – même si, en 1982, date de publication de cet essai, de grandes œuvres de Guillemin restaient encore à naître.

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