Cette affaire infernale

« Les philosophes contre Jean-Jacques » : le sous-titre de ce livre de 1942 en dit l’axe. Pour Guillemin, le séjour malheureux de Rousseau chez son confrère écossais Hume, en 1766, marque le moment de son rejet définitif par Voltaire et ses suiveurs. Pourquoi ? parce que Rousseau est chrétien. Pas un chrétien de façade (on ne s’en formaliserait guère), mais un homme qui croit « tout de bon à l’Évangile », qui « est de la race haïssable des crieurs de Dieu », et dont on ne saurait donc s’encombrer dans la lutte nécessaire contre « l’Infâme ». Ce que Guillemin met en avant chez ce Rousseau aussi naïf que susceptible, c’est sa dignité, sa droiture : quand il adresse à Hume (qui le diffusera) le mémoire dans lequel il tente de se défendre, il sait bien que c’est inutile ; mais voilà : « Savoir d’avance le prix qu’il en coûtera d’être loyal avec un fourbe n’est point une raison suffisante pour se dispenser d’agir comme on doit ». Guillemin a choisi dès ce livre son camp spirituel et politique, car des certitudes de Rousseau aux convictions de Robespierre et à l’interprétation de la Révolution, il n’y a plus qu’un pas à franchir, longuement mûri au fil des conférences et dont la synthèse s’épanouira dans le Robespierre si rousseauiste de 1987.

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