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Prix Henri Guillemin et autres activités

Avant de se quitter pour célébrer les traditionnelles Fêtes de fin d’année, voici, à travers la dernière lettre d’information de l’année 2019, les plus récentes nouvelles sur les actions qui ont été initiées et qui vont se poursuivre en 2020.

Et je commence par….

Prix Henri Guillemin

A dix jours de la clôture des propositions émises par vous tous, fixée au 31 décembre,  il est possible de penser qu’il n’y aura plus d’autres suggestions qui nous parviendront. La liste des titres proposés peut être arrêtée aujourd’hui. Bien entendu, tout ouvrage arrivant d’ici la fin de l’année sera pris en considération.

Après un démarrage timide,  nous avons reçu au total 14 titres d’ouvrages qui correspondent tous aux critères retenus pour le Prix, notamment le plus central, le « désenfumage » des esprits et la déconstruction de l’histoire officielle. Ils relèvent tous également du domaine de l’Histoire politique au sens large et, à part un titre, appartiennent à la période contemporaine.

C’est dans cette liste que nous allons maintenant sélectionner 6 titres.

Début février prochain, ces 6 ouvrages seront confiés a chacun des membres du jury pour lecture et critique, pendant une période confortable de 7 mois. En effet, début septembre 2020, le jury se réunira à Paris pour déterminer le lauréat du Prix Henri Guillemin.
A ce stade, la date et le lieu ne sont pas encore définis. Nous avons encore le temps. Pour ce sujet, une réunion physique s’impose naturellement. Si d’aventure un contexte défavorable devait compliquer les choses, nous trouverons alors la meilleure solution de repli.

Comme nous vous l’avions indiqué, voici la liste des propositions reçues de votre part :

La non-épuration en France de 1943 aux années 1950 de Annie LACROIX-RIZ – éd Armand Colin

Sorcières de Mona CHOLLET – éd. Zones

La France qui déclasse : Les gilets jaunes, une jacquerie au XXIe siècle de Pierre VERMEREN – éd. Tallandier

Les communistes et l’Algérie – des origines à la guerre d’indépendance, 1920 -1962 de Alain RUSCIO – ed. La Découverte

Une histoire politique du Tiers-Monde de Vijay PRASHAD – éd. Ecosociété

Le venin dans la plume de Gérard NOIRIEL – éd. La Découverte

Les lois du capital de Gérard MORDILLAT et Bertrand ROTHE- éd. Seuil

Maximilien Robespierre : L’homme derrière les légendes de Hervé LEUWERS – éd. PUF

Mémoires vives de Edward SNOWDEN – éd. Seuil

L’Histoire comme émancipation de Laurence DE COCK, Mathilde LARRERE et Guillaume MAZEAU – éd. Agone

Comment l’Amerique veut changer de Pape de Nicolas SENEZE – éd. Bayard

La guerre sociale en France – Aux sources économiques de la démocratie autoritaire de Romaric GODIN – éd. La Découverte

Récidive 1938 de Michaël FOESSEL – éd. PUF

Régression de la démocratie et déchaînement de la violence de Monique CHEMILLIER-GENDREAU – éd. Textuel

Le travail du jury commence donc bientôt. En février, vous saurez quels sont les six titres retenus.

Henri Guillemin et l’Afrique

Nous recevons régulièrement, de façon plus ou moins espacée, des messages d’internautes nous demandant des informations particulières sur Henri Guillemin, nous apprenant tel ou tel fait, nous encourageant à continuer ou simplement nous félicitant.

Parfois les messages sont plus cocasses ou surprennent par leur origine. C’est le cas ici.

Il y a quelques jours, nous avons reçu un message en provenance d’Afrique. Il fait sourire de sympathie et réchauffe l’enthousiasme. Et de plus, pile au moment des Fêtes, la période où il faut festoyer.
Je reproduis le message ci-dessous :

De : Pierre N DOH
Sujet : prise de contact
Corps du message :
Bonjour, je viens de decouvrir, Mr Guillemin et une partie de son travail
sur la chaine histoire. Franchement je suis tombé de haut ! Enfin la vraie
Histoire celle que l’on n’apprend pas à l’école, et qui permet de mieux
comprendre l’évolution de nos sociétés. Je suis d’origine africaine et vis au Gabon et Cameroun. MERCI et cordialement ….

Bien sûr, réponse de vifs remerciements fut adressée et même encouragement à nous suivre à travers le site et à s’abonner à nos « newsletters ».

Cet internaute découvre comme un nouveau monde. Beaucoup d’entre nous ont éprouvé cette joie après avoir découvert les travaux de Guillemin, ses conférences vidéo.

M. Doh a également eu la gentillesse de me donner la meilleure des transitions pour mon dernier sujet. Il découvre, grâce à Guillemin, que l’Histoire enseignée à l’école, est  bonne à… Oui, eh bien, cette question sera justement le thème débattu lors du prochain colloque.

Colloque Henri Guillemin

La date du prochain colloque est fixée au samedi 28 novembre 2020 à Paris. Le thème portera sur la perversion de l’enseignement de l’Histoire qui confine à une véritable propagande des classes dominantes.
Un titre a émergé au fur et à mesure de l’organisation de l’événement : « L’enseignement de l’Histoire en péril – Histoire politique, histoire littéraire, histoire de la pensée économique – une amnésie collective organisée ».
Ce titre n’est pas encore définitif mais l’idée est bien là.

Le colloque rassemblera des personnalités de prestige dont nous dévoilerons les noms très vite, en début d’année prochaine. Il réunira pas moins de 8 intervenants de haut niveau, dont le témoignage dans les différents domaines concernés, visera à montrer clairement un état des lieux alarmant et bien réél, même s’il est passé sous silence.

Cette journée se présente comme un moment particulier d’une riche intensité et devrait, je pense, apporter de quoi renforcer l’esprit critique.

La première difficulté à résoudre dès janvier prochain sera de trouver une salle. Dénicher une salle aujourd’hui à Paris pour ce type de manifestation est un travail en soi, tellement les conditions sont devenues difficiles.
Mais nous y arriverons.

Edouard Mangin
(Qui vous souhaite, au nom de l’association, de trés bonnes Fêtes de Noël et de fin d’Année).

Affiche du film documentaire africain (Soudan) « Talking about trees » de Suhaib Gasmelbari (né en 1979). Récit de quatre amis passionnés de cinéma qui décident de réhabiliter une ancienne salle de cinéma à Khartoum, dénommée « La Révolution », pour projeter des films à une population qui n’a pas accès au cinéma indépendant. [et pourquoi pas y tenir aussi des colloques Guillemin – N-d-l’E]

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Quand Guillemin lisait Sartre

Jean-Paul-Sartre 1946 Life Magazine

 Jean-Paul Sartre en 1946 (photo tirée de Life Magazine)

Les chroniques du Caire n° 3

Simenon, dont nous avons parlé dans le n° 1 de cette série sur les articles d’Henri Guillemin pour La Bourse égyptienne du Caire, était son contemporain exact : Guillemin est né le 19 mars 1903, Simenon le 13 février. Jean-Paul Sartre, né le 21 juin 1905, est de plus de deux ans son cadet, mais ils se sont connus de près pendant les années qu’ils ont passées ensemble à l’E.N.S. de la rue d’Ulm, où Sartre a été reçu en 1924 et Guillemin un an plus tôt. Dans une page rédigée en décembre 1960, Guillemin évoque « Nizan et Sartre » et le duo aussi anticonformiste qu’inséparable qu’ils formaient ; et il précise, au sujet de Sartre : « Il était très cordial avec moi, très copain » (Parcours [1988], Utovie, 2015, p. 23).
Après leur sortie de la rue d’Ulm, les deux camarades se retrouvent enseignants dans le secondaire dans des villes différentes, l’un en lettres, l’autre en philo ; ils se perdent de vue, et ne semblent pas s’être à nouveau rencontrés, mais Henri Guillemin a continué de suivre l’itinéraire de Sartre, qui le passionne : huit articles entre 1938 et 1991.

Les deux dont il s’agit ici sont les deux premiers : 13 février 1938, sur La Nausée, et la partie de la chronique du 28 mai 1939 consacrée au recueil de nouvelles Le Mur, qui porte comme titre celui de son premier texte, antérieur à La Nausée comme on le voit dans l’ouverture de l’article de 1938 :
« J.-P. Sartre n’avait, encore, publié aucun livre ; mais nous le connaissions tout de même ; dans la Nouvelle Revue française de juillet 1937, il avait fait paraître un récit : Le Mur ; et tous ceux qui avaient lu ce texte savaient que le nom de J.-P. Sartre valait qu’on le retînt. Vingt pages, et la preuve était faite : celui-là, cet inconnu, c’était un écrivain. »

La Nausée

La Nausée, petit livre discret, dont « le titre, même, risque de le compromettre aux yeux des lecteurs délicats, […] n’est pas ce que les libraires appellent un ouvrage très “public”. La manière de J.-P. Sartre n’est pas celle de P. Benoît » [Pierre Benoît, romancier alors fameux]. Sartre ne cherche-t-il pas, même, à choquer ? « il ne paraît pas respecter beaucoup les hiérarchies sociales ; on dirait même qu’il n’y croit pas. Pour comble, tout se passe comme s’il s’exposait exprès, insolemment, à se faire traiter de malade, de détraqué, peut-être même de surréaliste ».
Jusque-là, me direz-vous, pas vraiment présent, le « ton » dont nous cherchons la trace en lisant ces chroniques. Mais le voici, ce ton, les voici, les thèmes familiers, lorsque Guillemin, à la fois honnêtement et avec une habileté assez jésuitique, dit et ne dit pas ce qui l’impressionne, oui, mais aussi le gêne dans La Nausée :

couverture livre 1964
« Quel drôle de bouquin ! Je viens d’en achever la lecture et je ne sais pas bien encore ce que j’en pense. Une voix me souffle : “Avoue que, de temps en temps, ça t’a assommé”. Pas vrai ! Déconcerté, oui, un peu ahuri ; je ne suivais plus, je n’y étais plus très bien. Je devinais qu’il y avait quelque chose à comprendre, quelque chose d’intéressant, d’important, et que Sartre peinait pour me le faire sentir ; mais je ne l’entrevoyais que vaguement, c’était de ma faute, non de la sienne ; et ce qu’il avait à traduire – la nausée justement, cette “nausée métaphysique” qui fait tout le sujet de son livre –, ce n’est pas tellement commode d’en suggérer l’idée, d’en faire passer en nous, ne serait-ce qu’en éclair, la sensation. »

Couverture du livre en édition poche – 1964 (domaine public)

Que veut Sartre ? certes « point nous divertir », mais « nous transmettre, nous livrer […] sa vue du monde, sa conception de l’univers ; ce que chacun de nous a de plus important à dire, c’est toujours cela, ce n’est jamais que cela » : conviction forte de Guillemin, en effet, nous le savons. Le problème, c’est qu’Antoine Roquentin, le héros de Sartre, est un « fort en philosophie » ; « le gaillard est métaphysicien en diable, et son journal – car La Nausée se présente sous forme de mémoires, de papiers intimes – son journal a l’air, par moments, […] d’un manuel illustré. Le professeur Sartre, dans sa classe, ne doit pas avoir son pareil pour intéresser ses élèves aux problèmes les plus abstraits ; ce don qu’il a d’éprouver pathétiquement ce qui, chez tant d’autres penseurs, demeure dans la calme région inoffensive et glacée des concepts, il s’en est servi pour bâtir un livre. Seulement, à coup sûr, c’est un livre austère […] peut-être pas, pour nous, futiles, aussi exaltant que L’Atlantide ». Le roman d’aventures de Pierre Benoît, nommé déjà au début de l’article, remonte à 1919 ; peut-être Guillemin y pense-t-il comme à une lecture de son adolescence?

Dürer_Melancholia

Mélancolie de Albrecht Dürer – 1514. Titre souhaité initialement par JP Sartre pour son livre (domaine public)

En tout cas on ne peut pas dire qu’on retrouve ici son adhésion intuitive si forte à l’univers de Simenon. Trop “intello”, alors, l’ancien camarade Sartre ? difficile à dire. Quand Guillemin écrit : « Il y a, par bonheur, dans La Nausée, des thèmes beaucoup plus accessibles », dit-il « par bonheur » au premier degré, ou ironise-t-il sur le soulagement de ces lecteurs qu’il appelait plus haut « futiles », en s’incluant dans leur nombre ? Ces thèmes plus faciles, c’est, par exemple, la caricature de la bourgeoisie du Havre, ville où Sartre a fait ses débuts d’enseignant de lycée et qu’il représente sous le nom de Bouville. Guillemin a savouré comme un des « morceaux de bravoure parfaitement réussis » du livre, l’évocation des notables « à la sortie de la messe “chic” » ; il a aimé aussi « deux scènes où reparaît la “patte” puissante, la griffe du lion que Le Mur nous a révélée : Antoine en présence d’Anny, sa maîtresse, et la cruelle histoire de l’Autodidacte, à la fin ». On a l’impression que, petit à petit, à mesure qu’il relit mentalement l’œuvre pour rédiger sa chronique, Guillemin cède, et met finalement chapeau bas devant ce qui est moins un roman qu’un « témoignage » et un « document » :

« Cette violence même, cette violence surtout, ce ton de haine, ces crachats de mépris (“Je ne veux pas de communion d’âme ; je ne suis pas tombé si bas !”), toute cette frénésie et ce désespoir, toutes ces preuves, en somme, qu’il y a bien là un homme, et pas un auteur, […] tout cela, oui, est assez bouleversant».

Guillemin conclut son analyse d’une façon qui commence à nous être familière, en se penchant sur l’aspect métaphysique du livre. La religion, aux yeux de Roquentin, n’est qu’ « un prétentieux néant », et pourtant « ce dépossédé », dit Guillemin à la lecture de la fin du roman, « au fond de l’abîme, découvre une issue ; quelque chose qui le justifierait peut-être un petit peu d’exister : créer, avec sa douleur même, une chose belle, un beau livre, simplement pour “souffrir en mesure”. Je ne sais pas si J.-P. Sartre a songé à Flaubert ; mais cela, c’est exactement, c’est littéralement du Flaubert ; c’était sa recette à lui, l’homme de Croisset, pour échapper à la “nausée”, surmonter le destin, atteindre quand même à un absolu ».

En 1938 le rapprochement entre Sartre et Flaubert vient à l’esprit de Guillemin parce qu’il travaille alors à son livre Flaubert devant la vie et devant Dieu, qui va paraître l’année suivante, préfacé par Mauriac ; mais ce rapprochement est pertinent aussi à longue échéance, et même intuitivement visionnaire, puisqu’on sait que, plus de trente ans plus tard, Sartre a consacré des milliers d’heures à essayer de comprendre qui était L’Idiot de la famille (titre de son énorme ouvrage inachevé sur la vie de Flaubert, 1971-1972).

Le Mur

Les questions que nous nous posions sur l’attirance (ou non) de Guillemin pour Sartre romancier, et sur ses réserves à son égard, restent intactes et même se renforcent à la lecture de la critique pour le moins mitigée du recueil Le Mur, parue quinze mois après l’article sur La Nausée.

Couverture le mur

Guillemin rappelle pour commencer le souvenir du Mur (la nouvelle), ce texte « extraordinairement habile », « une manière de révélation », puis il revient brièvement sur La Nausée, dont il donne une définition plutôt meilleure que dans le premier article : « une tentative pour rendre sensible aux lecteurs les moins “philosophes” […] une façon d’envisager le monde, ce désarroi de la pensée devant le fait qu’un univers concret nous entoure, que nous subissons les objets, leur présence, leur densité, et qu’il y a là, pour l’intelligence, une sorte de scandale, de heurt perpétuel contre un inconnaissable gratuit, écrasant, absurde ». Puis il en vient assez vite à ce qu’il croit devoir dire, que les « cinq récits » du nouveau volume, Le Mur, La Chambre, Érostrate, Intimité et L’Enfance d’un chef, « suivent une courbe descendante », autrement dit : sont de moins en moins bons. Juste un mot sur Le Mur, relu avec « la même émotion, la même admiration bouleversée que jadis » ; à propos du deuxième récit, dont le héros est un dément, Guillemin évoque la rue d’Ulm :

Couverture du livre en édition poche – 1961 (domaine public)

« La Chambre me rappelle le temps où Sartre, normalien, allait chaque semaine, sous la direction du professeur Dumas, visiter les fous, les observer, les étudier dans je ne sais plus quel hôpital parisien. Il nous rapportait de ces expéditions des détails tragiques ou cocasses. La Chambre est une histoire de fou ; un fou que sa femme protège, garde farouchement, dans cette chambre obscure, irrespirable, d’où il ne sort plus et qui est devenue leur univers à tous deux. Ces pages-là sont belles, d’une beauté horrible sans doute, vaguement effrayante ; mais c’est une réussite parfaite […] ». Suit une analyse détaillée, suivie de ce bilan : « Étouffant, maléfique si l’on veut, admirable tout de même ce récit de La Chambre. La suite, hélas, ne nous procurera plus rien qui soit de cette force ».

Ce sont surtout les deux dernières nouvelles (Intimité et L’Enfance d’un chef) qui déçoivent le lecteur du Mur, même s’il est conscient du fait que c’est en toute lucidité que Sartre y a peint « des créatures à-vau-l’eau, inconsistantes, qui font à la surface de ce monde leur petit bruit dérisoire ; des papillons du néant ». Oublions ces échecs : « Sartre a donné la preuve qu’il ne faut pas le juger sur des essais médiocres, que nous lui ferions tort en prenant pour des témoignages authentiques de lui-même ces divertissements inutiles ». Guillemin dit très bien à quel point il ne sait où se situer, lui lecteur de Sartre : « […] je ne voudrais ni desservir Sartre (à cause du Mur) ni le servir », alors je fais « seulement de la critique littéraire [sic] ; et sur ce plan-là je me borne à noter qu’autant Le Mur est une belle chose, autant sont faibles, et pauvres, et même un peu fatigantes, les deux nouvelles de la fin ».

Guillemin faire « seulement de la critique littéraire » ? voire ! C’est surtout qu’il a été dérouté, puis déçu, par ce qu’écrivait son ancien camarade ; il admire, et en même temps impossible de taire sa réticence, malgré tel « petit groupe de pages lucides, qu’il faut signaler » (dans L’Enfance d’un chef). Alors pour s’en sortir, Guillemin finit comme j’ai commencé, en évoquant le passé sous la forme d’une boutade :

JP Sartre et P Nizan en 1924Jean-Paul Sartre (gauche) et Paul Nizan (droite) à Paris en 1924

« “Sartre et Nizan” : nous prononcions toujours ces deux noms ensemble, quand nous étions à l’École normale. Deux copains qui ne se quittaient guère. Tous deux se sont maintenant affirmés dans la jeune littérature. Nous sommes un petit nombre – ceux des “promos” 1923-1924 – qui clignons de l’œil lorsque, dans La Nausée, au coin d’une page, apparaît un gendarme du nom de Nizan. De La Nausée à L’Enfance d’un chef, le gendarme a reçu de l’avancement, nous l’apercevons brusquement à la table de famille des Fleurier ; il est devenu général. » Et c’est la fin de l’article…

Dans une langue plus moderne, cela s’appelle « botter en touche ». Par la suite, Guillemin ne reparlera plus jamais de l’œuvre de fiction de Sartre, de ses autres romans, de son théâtre ; il ne s’intéressera qu’à son itinéraire éthique, et la seule mention de lui dans le livre que nous avons fait ensemble vient à propos du livre de Jeanson sur sa Pensée morale (voir Le Cas Guillemin, éd. originale, Gallimard, 1979, p. 148 ; une version revue de cet ouvrage est en préparation chez Utovie).

Au fond Sartre a passionné Henri Guillemin comme penseur de la destinée de l’homme, mais ne l’a que bien partiellement convaincu comme écrivain… Et nous ? que penserons-nous si nous (re)lisons La Nausée ?

Recension réalisée par Patrick Berthier

racine marronnier

« L’arbre des voyelles » de l’artiste Guiseppe Penone – métaphore de l’Absurdité, clé de la Nausée pour Roquentin (domaine public)

Les chroniques du Caire

Les critiques littéraires qu’Henri Guillemin écrivit pour le quotidien La Bourse égyptienne pendant près de deux ans sont actuellement en cours de préparation par Patrick Berthier pour une publication exclusive chez Utovie prévue prochainement. Nous remercions les éditions Utovie d’avoir accepté que l’on publie, en avant-première sur le site, le texte intégral de ces chroniques sur Sartre.

D’autres chroniques sur Céline, Mauriac, Bernanos, etc… suivront très prochainement. 

Pour lire l’intégralité de la chronique écrite par Henri Guillemin dans la Bourse égyptienne, cliquez ici

Pour imprimer la recension de Patrick Berthier, cliquez ici