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Claudel et son art d’écrire

Henri Guillemin a bien connu Claudel ; mais il l’a aussi lu avec une admiration sans pareil. Et, dans cette étude consacrée à l’art d’écrire de Claudel, il nous propose une étude détaillée du style, de la technique et des intentions de celui qu’il considère comme un des plus grands poètes de langue française. C’est la première et l’unique fois où Guillemin se livre à cet exercice.

Et il nous fait partager son bonheur : »bonheur d’entendre ces sons justes, d’accueillir en soi cette mesure que rie n’enseigne et qui ne relève que de l’instinct; bonheur de découvrir ces merveilles, la plupart du temps toutes simples (…) ces trouvailles qui suspendent ‘tout à coup le battement de notre cœur’. »

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Cette affaire infernale

Les philosophes contre Jean-Jacques : le sous-titre de ce livre de 1942 en dit l’axe. Pour Guillemin, le séjour malheureux de Rousseau chez son confrère écossais Hume, en 1766, marque le moment de son rejet définitif par Voltaire et ses suiveurs. Pourquoi ?

Parce que Rousseau est chrétien. Pas un chrétien de façade (on ne s’en formaliserait guère), mais un homme qui croit « tout de bon à l’Évangile », qui « est de la race haïssable des crieurs de Dieu », et dont on ne saurait donc s’encombrer dans la lutte nécessaire contre « l’Infâme ».

Ce que Guillemin met en avant chez ce Rousseau aussi naïf que susceptible, c’est sa dignité, sa droiture : quand il adresse à Hume (qui le diffusera) le mémoire dans lequel il tente de se défendre, il sait bien que c’est inutile ; mais voilà : « Savoir d’avance le prix qu’il en coûtera d’être loyal avec un fourbe n’est point une raison suffisante pour se dispenser d’agir comme on doit ».

Guillemin a choisi dès ce livre son camp spirituel et politique, car des certitudes de Rousseau aux convictions de Robespierre et à l’interprétation de la Révolution, il n’y a plus qu’un pas à franchir, longuement mûri au fil des conférences et dont la synthèse s’épanouira dans le Robespierre si rousseauiste de 1987.

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Charles Péguy

Cinq ans après Regards sur Bernanos, qui lui a valu les foudres des “chiens de garde” de l’écrivain, Guillemin récidive. Ce Péguy de 1981 marque sa rupture avec Gallimard ; à Bernard Pivot, qui a réussi, pour la première et unique fois, à le faire venir à Apostrophes, et qui lui demande pourquoi ce livre paraît au Seuil, il révèle ce qu’on lui a répondu pour justifier son éviction : « Péguy est au-delà de l’horizon », autant dire oublié, sans intérêt.

Il est convaincu du contraire, car depuis longtemps il se demande ce qui a pu déterminer le passage de Péguy du socialisme de sa jeunesse à des attitudes inverses, jusqu’à insulter Jaurès de la pire façon.

Ce qu’il a voulu dans cette enquête, c’est « connaître – ou deviner, ou entrevoir – Péguy tel qu’il était vraiment », dans les domaines essentiels à ses yeux : politique, religion, sexe. Les “péguystes” n’ont pas aimé.

Pourtant, qu’a fait Guillemin dans ce livre ? seulement lire tout Péguy, y compris la foule des inédits posthumes. S’en dégage le portrait complexe d’un polémiste public pétri de contradictions, et d’un homme privé toujours malmené par « l’infortune et la déception et la souffrance ».

Pour le lecteur actuel c’est plus encore : en filigrane s’y dessine en effet avec vigueur la France elle-même contradictoire d’avant la guerre de 14 – dont Péguy devait être une des premières victimes.

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Jean-Jacques Rousseau ou “la méprise extraordinaire”

Inédit en volume jusqu’à 2014, ce texte de 1937 a été établi et annoté par Patrick Berthier. Il a été publié à l’origine en trois articles dans la revue dominicaine La Vie intellectuelle.
Premier travail d’importance de Guillemin sur Rousseau, cette étude peut se lire comme une ébauche des livres qui ont suivi, en 1942 (Cette affaire infernale) et en 1943 (Un homme, deux ombres).

Il s’agit en effet déjà d’y passer au crible les idées répandues alors sur l’écrivain et sur l’homme, de montrer en lui un chrétien, certes non orthodoxe mais sincère, et d’expliquer par la réalité gênante de sa foi la volonté des philosophes de le mettre à l’écart.

Dans cet ouvrage, où sa manière personnelle est déjà si sensible, Guillemin affirme que « si Rousseau a été détraqué, c’est parce qu’il a été traqué », ce que pensait aussi Robespierre, qu’il a tant influencé ; mais Guillemin dit aussi comment, par-delà les calomnies, le Rousseau des années ultimes a connu la paix intérieure.