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150e anniversaire – Henri Guillemin et la Commune

Barricade de l’entrée du Faubourg Saint-Antoine, place de la Bastille – 18 mars 1871
Barricade de l’entrée du Faubourg Saint-Antoine, place de la Bastille – 18 mars 1871 © Anonyme – Musée Carnavalet

150e anniversaire – Henri Guillemin et la Commune

150e anniversaire de la Commune. Nous sommes presque au milieu du gué de ces 72 journées durant lesquelles une expérience historique unique, appelée la Commune, montra au monde ce qu’il advient quand le peuple se mobilise contre l’injustice, prend son destin en main et met en place une autre organisation sociopolitique hors celle des classes dirigeantes.

Cette expérience condensa en peu de jours un ensemble inouï de forces irradiantes et diverses, un bouillonnement d’énergie où se cotoyèrent la fraternité, l’héroïsme, l’idéal révolutionnaire, la démocratie, la prise en compte du cri du peuple, mais aussi, l’amateurisme dans l’action et les maladresses stratégiques.

La Commune est si riche d’enseignements, a mis sur le devant de la scène des personnages si emblématiques, de telles valeurs humaines, qu’il n’était pas imaginable que Henri Guillemin, dans sa vision de l’Histoire et sa passion des trajectoires humaines, ne prît pas cette période à bras le corps en l’étudiant, l’analysant, la travaillant pendant toute sa vie.

C’est cette implication, en hommage à son travail et à la Commune qui a conduit à composer cette « newsletter » en trois mouvements s’appuyant sur la magistrale démonstration de Patrick Berthier dans son intervention « Petit inventaire des travaux de Guillemin sur la Commune » présentée à notre colloque « Henri Guillemin et la Commune – le moment du Peuple ?  » le 19 novembre 2016 – Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 Censier.

Premier mouvement

Murs des fédérés au cimutière du Père Lachaise
Comme chaque année depuis les années 1880, dans la dernière semaine de mai, la montée au Mur vient rendre hommage aux morts de la Commune et aux idéaux portés par la révolution du Temps des Cerises. Cimetière du Père Lachaise – 76ème division, 75020 Paris

Le 19 novembre 2016, Patrick Berthier, en ouverture du colloque, commença son intervention par une sorte de scoop : un texte méconnu de Guillemin, le premier article qu’il écrivit sur la Commune pour La jeune République de Marc Sangnier, le 29 mai 1925.
Il avait 22 ans.
Un texte sensible, touchant, révélant déjà sa grande maturité politique.

En regardant défiler les cortèges devant le mur des Fédérés…
Réflexions sur la Commune

J’ai vu, dimanche, défiler, au Père-Lachaise, les groupes d’extrême-gauche, devant le mur des Fédérés.
Il y avait là une foule prodigieuse. Les journaux de droite et de gauche ont donné des chiffres contradictoires. Tous ceux qui ont vu de leurs yeux l’interminable colonne emporteront le souvenir d’une multitude démesurée.

Les socialistes S.F.I.O. passèrent les premiers. Devant les communistes, armée formidable, ils semblaient si menus, si grêles, qu’on aurait dit une petite escouade, quatre hommes et un caporal, détachés en éclaireurs.

Résolus, ramassés, en bon ordre, marchaient les communistes. Ils savent ce que c’est qu’obéir à une discipline librement acceptée. À chaque appel, les voilà. Mobilisation parfaite totale.

Dans le grand cimetière blanc et vert, des petits enfants défilaient, en rang. Ils chantaient, dans les tons très haut, des sortes de petites complaintes qu’on aurait prises pour des cantiques. Mais les bérets étaient rouges et portaient faucille et marteau.

Et j’ai vu des papas à grosse moustache, tenant le gosse par la main, et qui chantaient, très fort, des airs de révolution, avec de bons yeux confiants et doux et, la ride dans les sourcils, d’une conviction plus forte que tout.

Savaient-ils tous très bien pourquoi ils étaient là, criant : « À bas la guerre » ? Les souvenirs historiques ne venaient point, importuns, troubler la sécurité de leur foi. Mais moi qui, moins heureux, ai lu sur tout ce drame, d’avant-hier, beaucoup de choses et peut-être trop, je revois ces communards, qu’il me semble avoir vraiment connus.

Socialistes, l’étaient-ils ? Si divers étaient leurs chefs qu’il semble bien que la Commune n’eut pas de doctrine. Mais la Commune était républicaine. Les gens « bien pensants » s’indignent et parlent d’insurrection contre l’autorité établie, de rébellion contre le pouvoir légal. Mais, entendons-nous, où donc était ce pouvoir légal, ce gouvernement régulier ?

L’Assemblée nationale, réunie d’abord à Bordeaux, avait été élue par le pays sur l’unique question de la paix ou de la guerre. Elle n’avait point mandat pour donner à la France sa nouvelle organisation politique. Or, sa mission remplie, depuis le 1er mars, et les préliminaires de paix signés, loin de se séparer pour laisser place à une Constituante, elle affirma son devoir de s’accrocher au pouvoir.

Et les 400 monarchistes qui formaient sa majorité, dupant l’électeur qui les avait désignés pour conclure la paix, décidaient, maintenant qu’ils avaient la force, d’imposer au pays la constitution de leur choix.

Comme avant les journées d’octobre 1789, ils établissaient l’Assemblée à Versailles, afin d’avoir sur Paris tout pouvoir, sans redouter sa colère. Ils prenaient, à l’égard du peuple, des mesures d’hostilité, et nul ne pouvait douter de leurs intentions en considérant l’homme qu’ils avaient désigné comme chef de l’exécutif.

Meurtris dans leur fierté nationale, torturés par la faim, malades, affolés par les misères du siège, exaspérés par les mesures arbitraires et vexatoires d’une Assemblée malveillante, les prolétaires de Paris résolurent de se sauver eux-mêmes.

En face d’eux, il y avait la volonté impitoyable de Thiers, l’homme qui, en 1848, avait déjà proposé au roi l’abominable plan de l’évacuation de Paris et de sa reprise par la force ; Thiers, qui, le 3 avril, ordonnait l’exécution sans jugement des communards capturés. De sang froid, la bataille gagnée, l’ancien démagogue arriviste ordonnait 35 000 arrestations et faisait fusiller 16 000 hommes.

La bourgeoisie réactionnaire, un instant inquiète devant l’effort du « quatrième État » pour empêcher l’Empire sans empereur de refermer sur lui, sous un autre nom, la vieille cage d’une organisation sociale oppressive, se vengeait par la Terreur, l’abominable Terreur consciente et calculée.

Et Thiers, le « grand Français », qui insultait aux communards en les disant « vendus à la Prusse », s’abouchait sous main, contre eux, avec Bismarck, pour obtenir de lui le renforcement de l’armée versaillaise. Plus tard, les rôles étant renversés, on verra Clemenceau armer Noske contre les mineurs de la Ruhr. L’Internationale de la défense capitaliste est plus forte encore que les haines et les égoïsmes des gouvernements.

Mais pour les républicains de la Commune, Thiers était surtout l’homme sinistre par qui l’immense et candide effort de 1848 avait dévié et s’était perdu dans les rancœurs et dans le sang. Et l’histoire nous dit qu’ils avaient raison. Chateaubriand, dans un curieux « portrait » qu’il écrivit en 1847, jugeait déjà Thiers à sa valeur, dénonçant ses « mœurs inférieures », son « orgueil excessif », son « ambition vulgaire », qui le fera chanter « toutes les palinodies que le moment ou son intérêt sembleront lui demander » ; car « M. Thiers comprend tout, hormis la grandeur qui vient de l’ordre moral ».

Thiers, bourgeois voltairien, voulut, comme tant d’autres, utiliser pour des fins politiciennes et réactionnaires le catholicisme lui-même. Il réussit à vider les énergies révolutionnaires de 1848 de tout leur contenu idéaliste et chrétien, rejetant les catholiques dans la réaction ; si bien qu’aux jours de la Commune, ces ouvriers qui, vingt-deux ans plus tôt, en pleine émeute de février, se découvraient devant le Saint Sacrement, n’ayant plus connu, vingt années durant, dans le catholicisme, qu’une force officielle de l’Empire, se détournaient de ce qu’ils croyaient mort et fusillaient des prêtres.

C’est à tout cela que je songeais, l’autre soir, en voyant passer devant moi ces travailleurs révolutionnaires, où se rencontrent et se mêlent, comme dans la vieille Commune, et tant d’instincts féroces et tant d’idéalisme passionné.
Et une immense pitié affectueuse montait en moi pour ces Fédérés, souvent inconscients et fous, parfois criminels et parfois magnifiques ; mais qui, au moins, étaient morts pour leur idéal.

Henri Guillemin

La Jeune République, 29 mai 1925

Deuxième mouvement

Communards et canons postés sur une barricade au départ de la rue de Charonne
Communards et canons postés sur une barricade au départ de la rue de Charonne. Photo prise le 18 mars 1871 dans l’axe de la rue du faubourg Saint-Antoine.

Après avoir lu cet article, Patrick Berthier continua son intervention proprement dite. Nous la reproduisons ici. Elle expose avec brio l’évolution de la pensée de Guillemin sur la Commune. C’est un texte à lire et relire, riche de références.

Trois périodes sont érigées, qui montrent oh combien ce sujet taraudait Guillemin et comment son regard évolua au fur et à mesure de l’avancée de ses travaux et aussi de son âge.

Pour des raisons techniques de mise en page, lire le texte de P. Berthier va se faire par un simple clic vous amenant au texte format pdf.

Mais en amorce, en voici les premières lignes :

Le texte que l’on vient de lire [« premier mouvement » N.d.l’E] est le premier, s’agissant de 1871, qui soit sorti de la plume d’un Guillemin de vingt-deux ans, partisan passionné de Marc Sangnier – dont il est alors le secrétaire – et de son mouvement « La Jeune République ».

Dans la suite de ses travaux écrits, de ses conférences ou de ses émissions télévisées il n’a jamais cessé de s’intéresser à la Commune et à ses origines, puisque le dernier texte où il est question d’elle date de 1990. C’est ce long chemin que je voudrais rapidement reconstituer, en trois grands mouvements chronologiques qui se dessinent naturellement……. Pour lire la suite, cliquez ici.

Troisième mouvement

film "La Commune" de Peter Watkins
Le Communeux – photogramme tiré du film « La Commune » de Peter Watkins

Je remercie notre adhérente, Catherine Seylaz, d’avoir attiré notre attention sur une vidéo datée de 1971, montrant Henri Guillemin présenter, dans le cadre du centenaire de la Commune, une série d’ouvrages qu’il commente, analyse et critique, dans un style dont on ne se lassera jamais.

Emission La Voix au chapitre du 18 juin 1971. Ouvrages commentés par Henri Guillemin :

  • La Commune de 1871 de Jean Bruhat, Jean Dautry et Emile Tersen,
  • Grande histoire de La Commune de Georges Soria,
  • La proclamation de La Commune de Henri Lefebvre,
  • Le procès des communards et Paris libre 1871 de Jacques Rougerie,
  • Les communards de Jean-Pierre Azéma et Michel Winock,
  • La Commune de Paris 1871 de André Decouflé,
  • La Commune au coeur de Paris de Maurice Choury,
  • Les Hommes de la Commune de André Zeller,
  • Histoire de La Commune de 1871 de Prosper-Olivier Lissagaray,
  • L’Insurgé de Jules Vallès,
  • La troisième défaite du prolétariat français de Benoît Malon.

Pour accéder aux Actes du colloque de 2016, cliquez ici

Pour accéder aux interventions au colloque de 2016, cliquez

Note préparée par Edouard Mangin

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Audios LAHG événements

Interview audio n° 1 Sébastien Navarro

Nous présentons ci-dessous le second volet, sous forme d’un entretien audio, du diptyque réalisé par Jocelyne et Pierre Mallet, adhérents LAHG, concernant le témoignage de Sébastien Navarro à propos du mouvement des Gilets Jaunes, qu’il a vécu de l’intérieur.
(Rappel : pour (re)lire le premier volet du diptyque, la recension de l’ouvrage Péage Sud de S. Navarro, cliquez ici).

Sébastien Navarro est né à Sète en 1972. Diplômé d’une maîtrise en droit privé, il travaillle dans le secteur public depuis une vingtaine d’années. Dans sa jeunesse, il a milité dans des groupes libertaires (CNT, réseau No Pasaran) dont il a conservé un solide ancrage anarchiste. Il a participé pendant plus d’une dizaine d’années au mensuel de critique sociale CQFD.
En 2018, il écrit Panchot (éditions Alter ego, cliquez ici) récit historique sur la résistance en Roussillon et la fabrication d’un mythe mémoriel.

Interview, montage et réalisation effectués par Jocelyne et Pierre Mallet

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Nouvelle année 2021

Chemin de randonnée. Vers la lumière -Photo de Patrick Berthier

Cher-es abonné-es, cher-es adhérent-es, cher-es ami-es,

Alors qu’elle vient à peine de commencer, qui n’attend pas de cette nouvelle année la fin d’une période ouverte brutalement il y a un an et qui ressemble à un mauvais rêve éveillé ? Malgré l’incertitude générale de la situation et les changements réguliers de perspectives, nous espérons et désirons tous en sortir. Souhaitons donc que 2021 puisse être une bonne année à tous points de vue, et avant tout celui de la santé.

En ces premiers jours de janvier, recevez nos sincères remerciements pour votre soutien, vos commentaires et vos suggestions.

Ils sont pour nous importants. Comme adhérents, comme abonnés, vos conseils sont précieux. Nous le constatons régulièrement, l’intérêt pour les travaux critiques et démystificateurs de Guillemin ne faiblit pas. A travers nos différentes actions, nombre de messages de soutien l’attestent. Ils nous encouragent à progresser sur le chemin qu’il a tracé, en continuant de déployer nos activités et développer sa notoriété : newsletters, chemins de traverse, colloque, édition, et autres.

Et autres ? En effet, 2021 verra le lancement de nouvelles actions qui viendront enrichir, compléter, intensifier, élargir l’éventail en place depuis notre création. Proposer des pistes de réflexion, transmettre de la connaissance utile, dévoiler les vérités masquées, faire découvrir des ouvrages et des pensées critiques, rappeler les fondamentaux culturels, toutes actions permettant aux gens de comprendre la situation sociale actuelle et d’y voir plus clair, tout cela n’a pas faibli et garde le même niveau d’importance.

Les Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG) ouvrent, avec 2021, leur sixième année d’activités. Parmi celles-ci, rappelons la tenue du colloque en octobre prochain.
Plusieurs dates avaient été évoquées dans notre dernière lettre du 23/11/20, comme celle du 2 ou du 9 octobre. Les agendas ayant évolué depuis, nous visons aujourd’hui la date du samedi 16 octobre (sous réserve des conditions de l’ENS).

En effet, l’actualité Guillemin sera riche en octobre prochain.
Je profite de l’occasion pour indiquer que nos amis de Mâcon, l’association « Présence d’Henri Guillemin » organisera le 2 octobre une journée d’études sur le thème : Henri Guillemin : un correspondant infatigable. (pour plus d’informations, cliquez ici).

Vient de paraître

Ouvrir cette nouvelle année c’est aussi donner des nouvelles sur les travaux de celles et ceux qui nous accompagnent, notamment en acceptant d’intervenir à nos colloques.

Aux derniers mois de l’année dernière, deux ouvrages importants ont été publiés, que nous souhaitons mentionner ici.
Ils portent tous les deux, mais à partir de points de vue très différents, sur une même problématique, un phénomène central, structurel et stratégique de la lutte de la classe ouvrière : celui de l’affaiblissement progressif du mouvement prolétarien du fait de scissions entre organisations réformistes et révolutionnaires.
Chez le premier, le sujet de la grande scission du congrès de Tours en 1920, chez le second, les scissions syndicales, par exemple celle de la CGT en 1947.


Editions du Croquant (décembre 2020)
200 pages – 15 €

Dans cet ouvrage, Jean Chérasse analyse, à partir d’une lecture attentive des discours prononcés à la tribune, ce qu’il s’est passé durant les cinq jours pendant lesquels s’exprimèrent les délégués des 89 fédérations de la SFIO (285 délégués) au sujet de l’adhésion de leur parti à la IIIe Internationale. On connaît ce qu’il advint à la fin du congrès.
Si cet événement, majeur pour l’avenir de la gauche française, a déjà fait l’objet d’une historiographie conséquente, il gagne à être revisité aujourd’hui lorsqu’on se place dans le cadre de pensée de Jean Chérasse : d’abord celui relatif à la Commune (rappelons son ouvrage somme Les 72 immortelles – 2 tomes – éditions du Croquant), à savoir l’espoir d’émancipation et de liberté que cette expérience (terminée dans le bain de sang de la semaine sanglante) a fait naître dans le peuple et dont, pour lui, la scission de la SFIO en deux partis politiques relève d’une autodestruction ; ensuite, celui plus vaste d’une indéfectible philosophie communaliste, voire anarchiste, qui rejette la structure verticale partidaire pour prôner au contraire l’horizontalité de l’organisation autogestionnaire et son corollaire de liberté individuelle.

Dans cet ouvrage, Jean Chérasse cherche à nous expliquer « comment ce grand sabordage de l’émancipation prolétarienne a-t-il perduré en paralysant le combat anti-capitaliste et en fragmentant, aujourd’hui encore, les forces de gauche qui sont réduites désormais à l’impuissance contre l’autocratie républicaine ­bourgeoise ? »


Editions Delga (novembre 2020)
344 pages – 20 €

Le dernier ouvrage de Annie Lacroix-Riz est une actualisation de son premier ouvrage paru en 2015 (éditions Le Temps des cerises – 250 p).
En effet, à la suite de l’évolution de la conjoncture syndicale, des questions de fond que cela soulève auprès d’un public de plus en plus large et de l’intérêt croissant pour cette problématique historique qui dépasse le strict champ syndical, s’était imposée la nécessité d’une actualisation.

Or, devant la richesse des archives disponibles et compte tenu de l’importance des enjeux, bien plus qu’une simple actualisation, Annie Lacroix-Riz a procédé à une refonte complète de son premier livre au point qu’on peut parler d’un nouvel ouvrage considérablement enrichi.

Preuves à l’appui, Annie Lacroix-Riz montre comment la division syndicale a été l’arme privilégiée du patronat pour nuire aux revendications ; comment des représentants des syndicats réformistes ont accepté, en échange d’avantages matériels, les stratégies patronales ou étatiques allant pourtant contre les classes laborieuses. Un phénomène mis en place par l’impérialisme dominant dès 1945 et qui perdure.

Ainsi, on apprend l’histoire du syndicalisme en France d’après-guerre (scission de la CGT de 1947 et création de Force ouvrière). Il y est aussi question du syndicalisme anglais, de la situation grecque, du syndicalisme allemand, de l’Italie et de la Tchécoslovaquie. Bref du champ européen.
On découvre les manœuvres, luttes d’influence, virements d’argent, rivalités de personnes, dans une Europe dévastée par la deuxième guerre mondiale, très vite passée sous domination américaine.

Guillemin aujourd’hui

Pour conclure, nous avons trouvé intéressant autant qu’amusant de partager avec vous cette découverte d’un article paru dans l’Obs en 2015, par ailleurs année de création de LAHG.

Nous savions à l’époque que le regain d’intérêt pour Henri Guillemin était dû à Internet ou plus précisément à la redécouverte de ses travaux critiques en histoire politique via ses conférences vidéo, le web n’étant que l’outil technique.
Nous ignorions qu’on s’autorisât en 2015, à parler de l’anticonformiste Guillemin, pourfendeur des gens de biens, dans un organe aussi prestigieux que l’Obs, faisant partie de l’empire médiatique d’un des neuf oligarques français propriétaires de 95 % de la presse française (source Monde Diplomatique). Comme quoi, tout est possible.

L’article s’intitule : Sur YouTube, l’étonnant carton post-mortem d’un historien oublié.
Concernant le succès de Guillemin sur internet, j’ai voulu compléter les indications publiées dans le hors série du Monde Diplomatique « Le roman national en débat » – été 2019, qui donnait le nombre impressionnant de 459 628 visionnages de sa conférence sur la Révolution française (plate forme you tube – nombre arrêté au 25 juin 2019). J’ai trouvé ceci :

  • Le fascisme en France (nouvelle version mastérisée RTS) : 86 872 visionnages depuis le 16/02/2020
  • Napoléon (intégrale RTS soit 6h25) : 45 813 visionnages depuis le 24/08/2020
  • La Révolution et la Terreur (1789-1794) : 255 554 visionnages depuis le 06/12/2016
  • Le désastre politico-militaire de 1940 : 160 672 visionnages depuis le 6/06/2017
  • La Révolution de 1848 : 76 124 visionnages depuis le 29/12/2019
  • Jeanne d’Arc (intégrale 6h22 – ancienne version uniquement audio) : 32 214 écoutes depuis un an.

Pour lire l’article de 2015 paru dans l’Obs, cliquez ici

Note rédigée par Edouard Mangin

Artificialis – installation de Laurent Grasso, artiste invité par le musée d’Orsay pour réaliser une œuvre de grande ampleur dialoguant avec l’exposition événement Les origines du monde. L’invention de la nature au siècle de Darwin.
Le musée d’Orsay, comme tous les musées, est fermé car considéré comme non essentiel à la vie.

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Confinement n°2 : nos activités continuent

Photogramme d’illustration de l’émission radio de la RTS du 3 janvier 1987 — Journal de 13H – Interview d’Henri Guillemin qui témoigne sur le siècle qu’il vient de traverser.

Notre dernière lettre du 6 octobre était un billet aussi triste que rageant qui informait de la nécessité d’ajourner le colloque programmé le 28 novembre 2020 à l’Ecole Normale Supérieure.

Néanmoins, nous avons mis à profit ce temps suspendu pour entreprendre des travaux techniques qui étaient sans cesse repoussés.
En effet, notre site internet, créé en même temps que l’association il y a cinq ans, en 2015, devait être entièrement réaménagé. Plus exactement, il devait migrer vers une nouvelle architecture informatique.


La blogosphère étant un monde marqué par de rapides évolutions fonctionnelles, après cinq ans d’existence sans changement, nous étions contraints de faire cette opération sous peine de ne plus pouvoir communiquer. L’iconographie aurait été de plus en plus difficile à travailler, les hyperliens de moins en moins actifs, les références introuvables et les newsletters de plus en plus compliquées à élaborer.

Cette longue opération est aujourd’hui terminée. Pour vous, rien ne changera, hormis certains aspects esthétiques.
Par exemple, la présentation de chacun des ouvrages d’Henri Guillemin, édités par Utovie, est beaucoup plus claire (menu bibliographie). Il en va de même pour les vidéos des trois colloques de 2013, 2016 et 2018 (menu activités).

Par contre, les codes sources des deux séries de conférences vidéos d’Henri Guillemin, l’une sur la Commune, l’autre sur Pétain, ont été supprimés (par you tube et daily motion). C’est pourquoi, elles ne figurent plus dans le menu déroulant « activités ».

Mais rien n’est perdu ! D’une part, rappelons que la série sur la Commune a fait l’objet d’un très beau coffret édité par les Mutins de Pangée, en partenariat avec les éditions Utovie. (voir leurs sites).

D’autre part, la série sur l’affaire Pétain est en cours de finalisation. Un coffret, toujours édité par les Mutins de Pangée, devrait être prêt pour octobre 2021.

Enfin, la page d’accueil du site présente le programme du colloque Henri Guillemin. Et pour cause…

Le colloque de nouveau programmé pour l’automne 2021

En effet, au regard du travail d’organisation, de la mobilisation des intervenants, de l’attente du public, et de manière générale, de l’importance, aujourd’hui, d’aborder le thème de l’enseignement de l’Histoire, qui, comme la recherche, est en grave péril, il nous est apparu nécessaire qu’un tel événement puisse avoir lieu, car il n’était pas concevable que tout cela disparaisse.

Bien entendu, nous ne sommes pas devins et ne pouvons prédire l’avenir. Cependant, un optimisme raisonné, doublé d’une forte motivation, nous amène à considérer les choses positivement.

Nous visons à ce que le colloque ait lieu, dans les mêmes conditions que prévues, vers la mi-octobre 2021, a priori le samedi 9/10, ou le 16/10. Nous verrons si l’Histoire nous sourit (en cas contraire, nous aviserons).

Les participants qui avaient payé leur place et qui, pour nous soutenir, avait très aimablement décliné le remboursement, seront considérés comme ayant déjà acquitté leur présence au colloque d’octobre prochain.

Ces dates sont indicatives et forment notre base de départ. Nous allons lancer les préparatifs logistiques en ce sens et vous tiendrons informés des suites données. D’autres newsletters suivront. En tout cas, cette période est à noter sur vos agendas.

A ce jour, tous les intervenants prévus ont donné leur accord sur ce choix. Pour (re)lire le programme définitif, se rendre sur la page d’accueil du site ou cliquer ici.

Les nouveautés en 2021

Nous avons mentionné de nouvelles activités et de prochaines publications d’ouvrages d’Henri Guillemin pour l’année prochaine.
En effet, il s’agit toujours pour nous de développer la notoriété de Guillemin et d’agir, avec les moyens qui sont les nôtres, en faveur des travaux, des idées et des ouvrages qui, aujourd’hui, s’inscrivent dans l’héritage intellectuel de Guillemin, qui poursuivent ses travaux critiques et de dénonciation des mensonges, dans tous les champs qui nous occupent.

Ces nouveaux sujets sujets seront lancés dès l’année prochaine, une fois passée l’assemblée générale annuelle de l’association.

Le plaisir ineffable de lire

Ce confinement a au moins l’avantage de ralentir le temps et ainsi mieux disposer l’esprit pour lire, découvrir, et relire. Littérature, Essais, Histoire, Philosophie, Poésie… tout est bon. Même les relectures.

En classant ma bibliothèque, je me suis arrêté sur l’un des ouvrages du grand écrivain israélien Yehoshua KENAZ, décédé en octobre dernier à l’âge de 83 ans.
Kenaz était un humaniste réaliste, francophile et grand traducteur des écrivains français du 19eme. Il n’a pas traduit Guillemin mais aurait pu le faire car son œuvre met en pièce les mythes et les fausses valeurs de son pays et voue une bonté touchante au peuple d’en bas, les dominés, les gens sans biens qui ne sont vaincus qu’en apparence.

Relisant son recueil de nouvelles Chair sauvage, j’ai retrouvé ce passage que j’avais souligné au crayon bien gras. Avec le temps, la beauté de cet extrait n’a pas pâli, mais, par rapport au contexte de ces temps confinés traversés d’incertitudes plurielles, il m’a donné envie de le partager avec vous en guise de conclusion de cette newsletter de « redémarrage ».

« … écoutez cette phrase en anglais. Elle figure dans une lettre de Kepler, un célèbre astronome et mathématicien. Il a vécu pendant la guerre de Trente Ans qui a fait tant de ravages entre catholiques et protestants en Europe. Je vais vous lire la phrase en anglais, telle qu’elle figure dans le livre d’Arthur Koestler, Les somnambules. Avez-vous de quoi écrire ?
-J’ai un stylo. 
Il tendit à M. une feuille et lui dicta de mémoire la phrase en anglais. Puis il promena ses doigts sur une feuille trouée en alphabet Braille et dicta mot à mot à M. la traduction en hébreu à laquelle il semblait s’être appliqué.
« Quand la tempête fait rage et que le vaisseau du pays risque de sombrer, nous ne pouvons rien accomplir de plus élevé que jeter l’ancre de notre réflexion sereine dans le sol de l’éternité. » Qu’en pensez-vous ?
-C’est très beau. C’est précis et beau. 
-Je vous pose la question comme traducteur professionnel, insista le professeur.
-C’est vraiment une excellente traduction
-Je ne peux pas l’améliorer ?
-Non, je n’aurais pas fait mieux. »
Mirkin sourit satisfait.
-La phrase fait peur, dit M.
-La notion de pays était différente de ce qu’elle est aujourd’hui, dit Merkin.
-Aujourd’hui, il faudrait beaucoup de courage pour dire une telle chose.
-Il faudrait du courage pour le penser. »

Yehoshua KENAZ : Chair sauvage (nouvelles) – 2008 – éditions Actes Sud.

Et comme il est dit que l’Enchantement pourrait être l’une des plus efficaces vitamines antivirales, passons alors d’un plaisir littéraire à un plaisir artistique.

Note rédigée par Edouard Mangin

Vidéo « Strandbeest Evolution » (évolution des bêtes de plage) présentant les oeuvres de Theo Jansen (né en 1948), artiste sculpteur néerlandais du courant de l’art cinétique. Ses œuvres sont notamment caractérisées par des sortes de myriapodes géants se mouvant uniquement grâce à la force du vent. « L’énergie créatrice rencontre, sur les immenses plages de Belgique et des Pays-Bas, les trois autres éléments fondamentaux » (RTBF).