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Colloque Henri Guillemin et la Commune : date et lieu fixés.

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Le prochain colloque que nous organisons pour développer le plus largement possible la notoriété d’Henri Guillemin a pour thème « Henri Guillemin et la Commune »

Cet événement aura lieu le samedi 19 novembre 2016, de 9h30 à 17h30 et se déroulera dans un amphithéâtre de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 à Censier.

Conçu sur le même schéma que notre colloque précédent « Henri Guillemin et la Révolution française – le moment Robespierre » qui rencontra un grand succès, le 26 octobre 2013 à l’Institut catholique de Paris(ICP), le colloque sur la Commune réunira une dizaine d’intervenants, éminents spécialistes aux profils variés, reflet des différentes facettes d’Henri Guillemin, historien, critique littéraire et conférencier.

Dans la droite ligne des objectifs de notre association (LAHG), le colloque visera à mieux faire connaître la Commune – ce moment tellement emblématique de l’Histoire nationale – en mettant en lumière les faits mal connus, les vérités cachées et en démythifiant les récits de l’Histoire officielle, à l’image des travaux et de l’engagement d’Henri Guillemin.

Henri Guillemin et la Commune

© Copyright 2010 CorbisCorporationRappelons que Guillemin a consacré 13 conférences vidéos que nous vous invitons vivement à écouter/voir (pour les voir, cliquez ici)
Rappelons également ses ouvrages : la trilogie :
Cette curieuse guerre de 1870 (pour en savoir plus, cliquez ici), L’héroïque défense de Paris (cliquez ici), La Capitulation (cliquez ici).
Ainsi que : L’avènement de Monsieur Thiers (cliquez ici) qui en est le prolongement (intégrant le texte Réflexions sur la Commune ) et Vallès, du courtisan à l’insurgé (cliquez ici).Tous ces livres sont édités par Utovie.

Les intervenants

Vous aurez ainsi le plaisir de voir et d’écouter : Patrick Berthier, ancien élève de l’ENS (Ulm), agrégé ès lettres, docteur d’Etat, co-fondateur de LAHG, Jean Chérasse, ancien élève de l’ENS (St Cloud), agrégé d’Histoire, et ancien élève de l’IDHEC, réalisateur, scénariste et producteur, Florence Gauthier, historienne, maître de conférences en Histoire moderne, Annie Lacroix-Riz, historienne, ancienne élève de l’ENS, agrégée d’histoire, docteur d’Etat, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris VII-Denis Diderot, Céline Léger, professeur de lettres modernes, agrégée de lettres modernes, doctorante en littérature française du XIXe, Edwy Plenel, directeur de Médiapart, Cécile Robelin, professeur de  lettres modernes, agrégée de lettres, docteur d’Etat, Patrick Rödel, ancien élève de l’ENS, agrégé de philosophie, co-fondateur de LAHG.

En attente de confirmation : Kristin Ross, professeur de littérature comparée à l’université de New-York, Hervé Le Corre, romancier, Jean-Numa Ducange, historien, maître de conférence, docteur d’Etat.

Les thèmes d’intervention, les biographies des intervenants, le programme

Ils seront riches, de haut niveau et variés, cela va sans dire ! Etant en cours de finalisation, ils vous seront très prochainement communiqués. Le colloque se clôturera par une table ronde (thème à l’étude), réunissant l’ensemble des intervenants et par un échange avec le public.

La présentation détaillée des intervenants est prévue pour les prochaines semaines. Patience.

Comme en 2013, le colloque sera entièrement filmé et enregistré par nos soins. Toutes les interventions seront mises en ligne à la fois sur notre site et sur celui de notre partenaire Médiapart.
Les actes du colloque seront publiés en 2017 par l’intermédiaire d’Utovie, co-fondateur de LAHG, éditeur exclusif de l’œuvre d’Henri Guillemin.

La logistique

L’adresse précise se situe au 13, rue Santeuil 75005 Paris. En mode plan, cliquez ici. En mode vue, cliquez .
Toutes les informations techniques et logistiques relatives aux modalités de participation, au déroulement de la journée, aux conditions d’entrée, etc, vous seront communiquées très prochainement.

Pour compléter

Revoir le colloque Henri Guillemin et la Révolution française – le moment Robespierre  du 26 octobre 2013, c’est sur le site, cliquez ici.

Visualiser les actes de ce colloque, c’est sur le site, cliquez ici

 

tableau de Detaille - siège de Paris à Villejuif

CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES (PAR ORDRE D’APPARITION)

Logo de l’Université Sorbonne Nouvelle Paris III – Censier (photo LAHG)

Amphithéâtre B, lieu du colloque (photo LAHG)

Henri Guillemin, le 3 février 1988 à Neuchâtel (photo Sophie Bassouls ©)

Tableau d’Édouard Detaille (1848 – 1912) illustrant le siège de Paris dans le secteur de Villejuif. Musée d’Orsay Paris.

 

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Ouvrages contemporains dans le sillage d’Henri Guillemin n°4

La République

Chemins de traverse n°4

COMMUN de Pierre Dardot et Christian Laval – Essai sur la révolution au XXIème siècle

Couverture du livre CommunAujourd’hui, partout dans le monde, des mouvements citoyens contestent l’appropriation privée des ressources naturelles, des espaces, des services publics, des connaissances et des réseaux de communication. Ces luttes reposent toutes sur un même principe : la notion de Commun. Pierre Dardot et Christian Laval montrent pourquoi ce principe s’impose aujourd’hui comme le terme central de l’alternative politique pour le XXIe siècle. Leur ouvrage montre l’articulation des luttes concrètes avec les très diverses recherches actuelles sur la définition d’un gouvernement collectif des ressources naturelles ou informationnelles. Satisfaction pour nous, les ami(e)s d’Henri Guillemin, au regard de notre actualité, d’indiquer que les auteurs désignent les formes démocratiques nouvelles à mettre en place pour prendre la relève de la représentation politique et du monopole des partis, aujourd’hui dépassés. 

Fiche de lecture

COMMUN de Pierre Dardot et Christian Laval – Essai sur la révolution au XXIème siècle – Ed. La  Découverte – 600 pages – 13,50 €

Laval_DardotIl n’est pas question de résumer ce texte de près de 600 pages, passionnant de bout en bout, souvent technique, qui fourmille d’analyses et d’idées extrêmement stimulantes. Tout au plus d’en dégager quelques aspects essentiels qui peuvent être utiles dans les combats qui nous attendent pour sortir du marécage où nous nous enfonçons, occupés à des conflits d’un autre monde sans voir les dangers de mort que nous courons (l’image est de Michel Serres, commentant une gravure de Goya) .

Duel-au-gourdin-par-Goya

L’idée même de révolution semble avoir disparu de nos esprits. On nous a assez répété qu’il n’y avait pas d’autre alternative au paradis néo-libéral où se réjouissaient d’être parvenus sans concurrence repérable, depuis 1989, les puissances occidentales au service de la finance internationale, que toute tentative pour y échapper nous entraînerait tout droit, par le biais de la Terreur, dans des régimes totalitaires, que nous avons fini par le croire. Dans cette destruction de toute idée de progrès, dans cette image caricaturale de la Révolution française et surtout de la Révolution montagnarde, des gens comme François Furet, comme ceux qu’on a appelés les nouveaux philosophes, ont joué un rôle éminent – et certains d’entre eux continuent.

Un des mérites essentiels de Dardot et Laval est de redonner un contenu à cette idée et d’esquisser les voies qu’il faudrait suivre pour faire advenir un autre type de société, au plan national comme au plan mondial. Il faut pour ce faire, relire l’histoire des siècles derniers afin de comprendre quelles erreurs, théoriques et pratiques, ont été commises, quelle est la raison profonde de nos aveuglements et de nos incapacités à envisager d’autres solutions que celles qui jusqu’à présent ont échoué.

Le noeud essentiel du problème pour nos deux auteurs est que nous ne sommes jamais sortis de la conviction que le droit à la propriété était le propre de l’homme, qu’il était inscrit dans sa nature même – qu’il se traduise par le droit du plus fort (c’est le système que nous connaissons) ou qu’il devienne le droit de la collectivité (c’est la solution marxiste et léniniste) – ce droit n’est pas remis en question.privatisation de l'eau

Or, c’est là qu’il faut porter le fer : substituer un droit d’usage au droit de propriété, le faire émerger à partir des actions communes entreprises par ceux qui s’opposent à l’appropriation par quelques oligarques des ressources nécessaires à la vie des populations concernées (exemple : la lutte pour l’eau, dans des pays d’Amérique du sud, ou ici, en Europe, en Italie et à Naples, plus spécialement; mais on peut trouver des combats à mener au niveau d’un quartier, pour des questions de logement ou d’urbanisme, au niveau d’une région, pour préserver une forêt ou contester l’intérêt de la LGV, par exemple).

Forêt en Lorraine

Cette notion de commun est centrale, mais il faut en construire soigneusement le concept pour se démarquer des usages anciens qui en ont été faits et qui péchaient par leur manque de radicalité. Ce à quoi le livre de Dardot et Laval s’emploie. L’histoire en est ancienne, depuis les communes médiévales, depuis les réflexions théologiques sur les biens communs, depuis les luttes menées, en Angleterre et ailleurs, contre l’appropriation par les propriétaires terriens des ‘enclosures’ qui permettaient aux paysans propres de faire paître leurs bêtes sur des herbages qui n’étaient pas enclos ou de ramasser du bois dans les forêts domaniales jusqu’aux revendications des théoriciens du communisme.

Il faut se démarquer de toutes ces expériences qui rêvent d’un retour à une sorte d’état primitif où tout appartient à tous, ou de revenir à un en-deça de l’opposition entre le privé et le public, ou de confier à un Etat tout-puissant le seul droit de propriété etc…, pour cerner le plus exactement possible les contours de ce nouveau concept : le commun naît de l’agir commun et des normes qui en permettent l’exécution et en favorisent l’institutionnalisation. L’intérêt de cette notion est qu’elle met l’accent sur le processus d’institutionnalisation, processus que l’on ne peut arrêter, alors que tous les pouvoirs, qu’ils soient de droite ou de gauche, ne pensent qu’à perpétuer l’ordre institué – en ce sens, ils sont tous aussi conservateurs les uns que les autres et n’ont d’autre obsession que de refouler le fait même de leur institution.

Il ne suffit pas de s’indigner, même si l’appel à s’indigner a pour fonction de réveiller un public assoupi, anesthésié, chloroformé par les discours dominants. Il faut savoir où porter le fer et multiplier les expériences où les hommes prennent, en commun, les décisions qui ont trait à leurs intérêts communs au lieu de s’en laisser déposséder par une minorité.

Il faut aussi retrouver les analyses ou les intuitions d’un certain nombre d’auteurs que la position longtemps hégémonique de la pensée marxiste (dans sa version appauvrie soviétique) avait condamné à l’oubli. En particulier, Proudhon qui, le premier, a mis en lumière la force créatrice du travail collectif et cherché dans les coopératives un moyen d’échapper à l’asservissement de cette force aux intérêts de quelques uns. L’hypothèse d’un homme par nature égoïste et uniquement préoccupé de son enrichissement personnel, si elle vise à justifier l’ordre libéral, laisse de côté les véritables richesses qui naissent de la coopération.l'esprit coopératif

Il y a, pour qui fut marxiste, un aspect paradoxal à ce retour à Proudhon tant il semblait acquis que Marx avait remporté la victoire aux points. Mais c’est sans réfléchir à ce que fut la Commune de Paris (événement historiquement primordial) : un essai pour mettre en pratique l’enseignement de Proudhon bien plus que celui de Marx, qui s’obstina un temps à dire aux Communards qu’ils ne faisaient rien de ce qu’il fallait faire (s’emparer de la machine d’Etat) et qu’il avait, lui Marx, théorisé, avant de reconnaître qu’ils tentaient là une expérience tout à fait nouvelle et riche de promesses (la commune elle-même, la fédération des communes…) D’autres références, à Mauss, à Sartre, à Antonio Negri, à Castoriadis autour de la question centrale à laquelle chacun a tenté de répondre : comment quelque chose de radicalement nouveau peut-il apparaître ? Comment quelque chose de radicalement nouveau apparaît-il en vérité, ici maintenant, dans des luttes dont nous ne saisissons pas toujours la portée et que s’y dessinent des voies que nous aurions tout intérêt à méditer et à emprunter ?

Dardot et Laval prennent le risque de s’aventurer là où généralement on n’attend pas les théoriciens : dans la définition d’un certain nombre de gestes politiques à poser, c’est-à-dire d’actions politiques à entreprendre :
– il faut construire une politique du commun
– il faut opposer le droit d’usage à la propriété
– le commun est le principe de l’émancipation du travail
– il faut instituer l’entreprise commune
– l’association dans l’économie doit préparer la société du commun
– le commun doit fonder la démocratie sociale
– les services publics doivent devenir des institutions du commun
– il faut instituer les communs mondiaux
– il faut instituer une fédération des communs

RobespierreIl ressort de ce livre que la révolution est possible, « elle est ce moment d’accélération, d’intensification et de collectivisation de cette activité consciente que nous avons désignée du nom de ‘praxis instituante’. Elle est, plus précisément encore, le moment où la praxis instituante devient institution de la société par elle-même ou ‘auto-institution’. »(p.575). Oui, un autre monde est possible. Oui, un autre monde est nécessaire. La révolution ou la mort.

Post-scriptum n°1

En forme de remords. A relire ce que je viens d’écrire, je m’aperçois que je peux donner le sentiment d’adhérer complètement à ce livre, de n’avoir aucune réserve à émettre. Et ce n’est pas le cas, même si j’en apprécie l’essentiel. Reste, à mes yeux, pendante la question du quand une telle révolution se réalisera-t-elle. Et, bien sûr, cette question est idiote parce qu’une révolution ne se décrète pas; pourtant, ça urge, comme on dit parfois, le mur se rapproche dangereusement contre lequel nous allons nous fracasser.

Reste l’espérance que ce qu’esquisse le mouvement altermondialiste depuis une vingtaine d’année prenne enfin une dimension planétaire. Ce n’est déjà pas si mal ! Mais cela ne nous suffira pas ; à l’attente passive de ce qui pourrait advenir il faut substituer, au niveau qui est le nôtre, l’action qui, seule, pourra enclencher le réveil dont nous avons besoin. Il faut une bonne dose de volontarisme.

Dardot et Laval évoquent la doctrine sociale de l’Eglise catholique, issue d’une très longue histoire où l’idée même de commun (communauté, communion quand même !) a connu des hauts et des bas. Ils ne s’y attardent pas ; ils ne recherchent pas une caution transcendante qui dirait le juste, mais à l’instituer, ce qui est autre chose. On ne peut pas le leur reprocher. Il n’empêche que leur lecture est parfois partielle et partisane. S’ils ont raison de dénoncer l’obsession d’un Léon XIII de lutter contre le socialisme en inscrivant la propriété dans le droit naturel lui-même voulu par Dieu, ils ont tort de ne pas voir que l’Ecole de Salamanque, déjà, avait opposé un droit d’usage au droit de propriété ; Francisco de Vitoria(1483/1546) dans sa leçon sur les Indiens, reprenant le thème des Psaumes qu’on ne doit pas s’approprier le don de Dieu avait eu une formule radicale : la propriété n’est pas chrétienne ».

Ils ont tort également de n’avoir pas vu l’apport du christianisme social et tout particulièrement de Marc Sangnier (le nom de ce dernier n’apparaît qu’à la toute fin du livre et sur le problème de la nécessaire démocratie l’intérieur de l’entreprise ; et non sur l’importance qu’il avait donnée à la coopération ouvrière dans les différentes coopératives dont il avait encouragé la création).

Post-scriptum n°2

Voici que l’actualité s’accélère et que s’esquisse un mouvement, la Nuit Debout, qui fait tache d’huile et qui semble marquer un réveil de la conscience politique. On s’était demandé, avec amertume, pourquoi des mouvements comme ceux qui avaient eu lieu en Grèce, en Espagne, aux Etats-Unis même, sans oublier les printemps arabes – quelles que soient les désillusions qui les ont suivis – n’avaient éveillé aucune émulation en France.

La loi sur la réforme du travail a déclenché une mobilisation qui ne débouche pas sur les traditionnels cortèges mais sur des débats passionnés auxquels prennent part un nombre croissant de jeunes, de précaires, de retraités…On ne voit pas très bien sur quoi cela va déboucher. Est-il même nécessaire que l’on sache d’avance sur quoi cela pourrait déboucher ?
Ce qui est clair, c’est cette volonté d’en débattre – des problèmes de la cité, de son organisation, de la domination des oligarques, de la destruction de la nature par des projets pharaoniques.
Ce qui est clair, c’est le refus de se laisser diriger par des incompétents qui ont la prétention de nous représenter alors qu’ils ne représentent que les intérêts de leurs maîtres.
Ce qui est clair, c’est une volonté de reprendre la parole trop longtemps confisquée.

Les choses sont en train de bouger.

Recension établie par Patrick Rödel

Les Nuits debout en France…

Nuit debout Bordeaux Nuit debout Nantes nuit-debout Toulousenuit debout Nicenuit debout Strasbourgnuit debout Lillenuit debout RennesNuit debout Clermon-FerrandNuit debout Marseillenuit debout Perpignannuit debout Dijonnuit debout LimogesNuit debout LyonNuit debout, place de la République- Paris, le 36 mars 2016 - photo Libe….et en Europe

Nuit debout Bruxelles (1)

Nuit debout Berlin

Nuit debout Espagne (Valencia)

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Crédits photographiques (par ordre d’appartion)

La République – statue de la place à Paris (domaine public)

Couverture du livre Commun

Christian Laval et Pierre Dardot (photo Médiapart)

Duel à coups de gourdin, 1820-1823, Francisco de Goya. Le commentaire de Michel Serres est le suivant : « il y a un tableau de Goya, Duel à coups de gourdin. On y voit deux hommes se battre avec des bâtons. De ce jeu à deux, qui va sortir gagnant ? Quand Hegel met aux prises le maître et l’esclave, il donne le résultat de leur lutte (l’esclave devenant le maître du maître), mais il oublie de dire où se déroule la scène. Goya, qui est peintre, ne peut pas se permettre cet oubli, et il situe cette bagarre… dans les sables mouvants. A mesure que les deux hommes se tapent dessus, ils s’enfoncent ! Et voilà pourquoi le jeu à trois, aujourd’hui, devient indispensable ».

Privatisation de l’eau (site cridev.org)

Privatisation de la forêt (site villedelorraine.wordpress.com  – copyright Louise Montgrain)

«Si les nations avaient le bon sens des ânes» – dessin publié en 1937 par le mouvement américain «no foreign war crusade» pour symboliser la gestion des conflits contradictoires par gestion coopérante. (domaine public)

Portrait de Maximilien Robespierre : École française du xviiie siècle – musée Carnavalet

Nuit debout Bordeaux

Nuit debout Nantes

Nuit debout Toulouse

Nuit debout Nice

Nuit debout Strasbourg

Nuit debout Lille

Nuit debout Rennes

Nuit debout Clermont-Ferrand

Nuit debout Marseille

Nuit debout Perpignan

Nuit debout Dijon

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Nuit debout Lyon

Nuit debout Paris – 43 mars 2016

Nuit debout Bruxelles

Nuit debout Berlin

Nuit debout Valencia

Toutes les photos des Nuits debout sont domaine public.

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Ouvrages contemporains dans le sillage d’Henri Guillemin n°3

Nuit debout Paris avril 2016

Chemins de traverse n°3

Fiche de lecture :

Vox populi d’Olivier Christin – éd. Seuil – Collection Liber – 277 pages – 20 €

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Ce livre se présente comme une histoire du vote avant le suffrage. C’est un livre exigeant, assez difficile d’accès parce que la période sur laquelle l’auteur travaille, grosso modo, du Moyen-Age à la Révolution, n’est pas celle que nous connaissons le mieux ; que son champ d’analyse ne se limite pas à la France, sur laquelle, à la rigueur, nous pouvons avoir quelques lumières, mais s’étend à d’autres pays d’Europe (Angleterre, Allemagne, Italie).

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Exigeant mais passionnant parce qu’il permet d’aborder les problèmes actuels de la démocratie avec un esprit plus averti sur une très longue histoire dont rien ne permet de dire qu’elle aurait son aboutissement, son épanouissement définitif dans ce que nous entendons aujurd’hui par démocratie représentative.

Il est hors de question de restituer les exemples très détaillés sur lesquels Christin s’appuie .Je vais retenir seulement les points qui m’ont paru les plus saillants.

Christin invite à se méfier de toute téléologie qui verrait une avancée inexorable vers le système électif contemporain à partir des formes primitives que seraient la commune médiévale, les confréries religieuses ou les Universités où d’autres principes ont longtemps régné : le tirage au sort, l’acclamation, l’appel à l’Esprit Saint sur le modèle de la Pentecôte. C’est ignorer la multiplicité des cas, les obstacles, les contradictions qui émaillent toute cette période. Il est sûr qu’il y avait, dans ces formes d’élection, des éléments ‘démocratiques’ au sens de plus ouverts à d’autres couches de la population que celles qui détenaient le pouvoir. Mais, progressivement, on assiste à une reprise en mains de ces différentes institutions par une aristocratie favorisée par le Souverain.

L’habileté, la rouerie de ces ‘notables’ pour contourner les mesures qui visent à obtenir une véritable rotation dans l’exercice des charges (communes, universités) sont confondantes. Force est de constater que les mêmes patronymes réapparaissent régulièrement pour les postes les plus prestigieux et que les ‘notables’ savent se garder avec efficacité des hommes nouveaux et venus des basses classes de la société. A méditer, car cela n’a guère changé.

P. 21 in 'The History of the TUC 1868-1968.

Le principe majoritaire a longtemps peiné à se faire reconnaître. On lui a préféré l’unanimité, ou l’avis de la sanior pars (la partie la plus saine du corps social, entendez par là les notables. C’est toujours l’argument utilisé et par ceux qui critiquent le système représentatif et par ceux qui le critiquent aussi mais voudraient le remplacer par le tirage au sort. Je signale que les théoriciens de l’Antiquité savaient très bien que l’élection était un procédé aristocratique et le tirage au sort un procédé démocratique)

Ce n’est qu’à la fin du 18ème siècle que se fait progressivement jour « la conviction que, dans les Etats de grandes dimensions et fortement peuplés, les recettes de la démocratie directe ne tiennent plus et qu’il faut donc adopter un système reposant sur la délégation du pouvoir et sur des mandataires, quel que soit le nom qu’on donne à ceux-ci. »(p.266)

Le problème est celui du corps (conseil, parlement, diète, conclave..) et de la pluralité des membres. Comment constituer une volonté collective ? Et plus cyniquement comment faire pour que ce soient les « élites » qui soient « élues ». Cf. sur ce point, le régime électoral censitaire mis en place par la Constituante et qui réserve le droit de vote aux seuls propriétaires. Christin a des analyses passionnantes sur les gravures qui représentent les grands corps assemblés : de la manifestation visible de l’ordre social où la parole est inégalitairement répartie à l’invention d’un espace public commun dominé par le débat public.

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Le problème est celui de la représentation (là-dessus, Rousseau est très clairvoyant). X représente Y, représente Y en l’absence de Y. Il est comme si Y était là, mais il est à la fois X et Y. Rien d’évident dans cette situation qui se complique évidemment quand X représente Yn+1… Pas étonnant que se constitue un corps des X qui finit par avoir ses propres intérêts, sa propre volonté particulière et qui se fout pas mal des intérêts des Y – ce que l’on appellera aussi la volonté générale.

Evidemment, les choses étaient plus simples quand dominait une vision chrétienne du monde. Quelques remarques éclairantes sur les magistrats chrétiens. Christin rappelle « le double sens du mot ‘élection’, à partir du latin eligere, qui signifie à la fois ‘désigner’, ‘choisir’, ‘trier’ et ‘arracher’. Le vrai magistrat chrétien est ainsi arraché à sa condition ordinaire par son élection, désigné, trié, mis à part ; il est doublement élu, par les hommes, bien sûr, mais surtout par Dieu lui-même qui l’appelle et le distingue. » Cf. tout le thème encore prégnant de la ‘vocation politique’.

Capitouls

Dieu étant mort ou passé de mode, rien ne vient plus justifier l’élection qu’une divinisation du peuple souverain et du principe majoritaire (mais en réalité, bourrage des urnes et bourrage des crânes limitent considérablement le risque que le ‘peuple’, en tant que tel s’exprime véritablement ; le peuple manque, comme dit Jean-Christophe Bailly, et il manque au peuple). Subsiste que ‘l’élu’ est ‘au-dessus’ de ceux qui l’ont élu, qu’il ne leur doit rien et surtout pas des comptes !

L’opération de l’élection, du scrutin, reste, en dépit des précautions dont on peut l’entourer, assez fragile.

« C’est par lui seul que les voix se vaudront et que l’opération électorale prendra l’allure d’un décompte encadré et précis des suffrages et non d’une négociation délicate entre différents degrés de préséance « , dans une société où certaines voix pèsent plus que d’autres.

« C’est par lui que la volonté collective pourra émerger comme le résultat d’une sorte de main invisible [décidément, Adam Smith, quand tu nous tiens ! P.R.] ajustant les préférences individuelles d’acteurs équivalents sous ce regard seulement, comme le produit de l’agrégat des volontés individuelles, et non comme le triomphe d’un clan ou d’un parti, d’un choix porté par des acteurs identifiés et identifiables à des intérêts précis. L’élection n’est plus compromis ou négociations, mais opération. Mais comment ne pas relever que ce triomphe de la raison statistique et de l’intérêt général repose sur la fragile certitude que la conscience individuelle sera le lieu de la décision juste et désintéressée ?) (p.65) [J’ai souligné ce terme de ‘fragile’ qui me paraît essentiel et je rappelle que, par une de ces pistes toujours riches d’enseignement qu’ouvre l’étymologie, ‘fragile’ appartient à la même famille que ‘suffrage’. Suffragium était un tesson de poterie qui servait au vote. Le mot vient du verbe frangere dont le sens est briser, fractionner. Là aussi, cela mérite d’être médité ! P.R.]

Ces questions sont au cœur de nos inquiétudes. Il ne s’agit pas sans doute d’idéaliser un ‘avant’ le système représentatif mais de prendre conscience qu’il n’est en rien l’absolu qu’on voudrait nous faire croire. « La longue progression de la décision majoritaire et du vote secret a bien produit des effets spécifiques d’autonomisation d’une sphère de la politique, de formation d’une classe d’agents dont c’est la profession que d’y agir, d’accélération de la construction de la volonté collective, mais aussi d’atomisation des citoyens et de désillusion, qui ne sont ni incompréhensibles ni inévitables. » (p.274).

Recension établie par Patrick Rödel

Nuit debout, place de la République- Paris, le 36 mars 2016 - photo Libe

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Au petit matin, 7ème nuit

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CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES (PAR ORDRE D’APPARITION) :

Mouvement spontané démocratique Nuit Debout, place de la République – 5ème nuit d’occupation (domaine public)

Olivier Christin (domaine public)

Couverture du livre « Vox populi » (domaine public)

Dessin représentant l’illusion du soi-disant vote démocratique du peuple devant les notables sereins (dessin, daté de février 1874, provenant des archives Hulton – Londres – web Getty)

Dessin illustrant de façon simple et magistrale la dichotomie peuple/représentants du peuple (dessin de Konk-copyright assumé)

Peinture médiévale représentant les magistrats municipaux de Toulouse (les notables chrétiennement désignés), les Capitouls, lors de l’entrée de Louis XIV à Toulouse le 14 octobre 1659 (peinture provenant des archives municipales de la ville de Toulouse)

Mouvement spontané démocratique Nuit Debout, place de la République-Paris – de la 1ère à la 6ème nuit d’occupation (toutes les photos). Près d’un millier de personnes sont réunis place de la République depuis le 31 mars (Photo Albert Facelly – web Libération). L’illustration de la vie et du besoin démocratique.

Hémicycle de l’Assemblée Nationale vide. Illustration de la mort et de l’institution bourgeoise.

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Ouvrages contemporains dans le sillage d’Henri Guillemin n°2

Séance du 02/12/2009 : Hémicycle vide

CHEMINS DE TRAVERSE n°2

Nous continuons notre découverte des ouvrages contemporains qui s’inscrivent dans le sillage des travaux d’Henri Guillemin, ou dont la posture se rapproche de celle qui était la sienne. A savoir la remise en cause des récits de l’Histoire officielle.

Après Contre les élections de David Van Reybrouck (cf. notre billet de blog de février), nous vous proposons aujourd’hui de découvrir l’ouvrage de Bernard Manin : Principes du gouvernement représentatif.

Bernard Manin

Ce livre date de 1995. Il est, en français, un des premiers à s’être penché sur l’histoire du vote, question centrale pour bien comprendre en quoi consiste le régime politique qui est le nôtre. D’où le fait qu’il est une référence obligatoire pour tous les ouvrages postérieurs qui se sont intéressés à ce problème. Les questions de terminologie sont importantes parce qu’il apparaît que sous les mêmes termes des réalités bien différentes peuvent être rangées- ce qui ne simplifie pas la réflexion et les discussions entre les spécialistes.

L’analyse de Manin est parfois abstraite- ce qui s’explique par sa volonté d’élaborer une théorie pure du gouvernement représentatif – il ne s’attarde pas assez, à mon goût, sur des exemples concrets qui, seuls, permettent de comprendre les libertés que prennent les politiques par rapport au modèle qu’ils sont censés appliquer et dont ils peuvent chanter les louanges alors qu’ils sont à des lieux d’en respecter l’esprit.

Fiche de lecture :

Principes de gouvernement représentatif de Bernard Manin – éd. Flammarion – Collection Champs essai – 352 pages – 9 €

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Quatre principes se retrouvent, selon lui, dans tous les régimes représentatifs :
1/ les gouvernants sont désignés par élection à intervalles réguliers.
2/ Les gouvernants conservent, dans leurs décisions, une certaine indépendance vis-à-vis des volontés des électeurs.
3/ Les gouvernés peuvent exprimer leurs opinions et leurs volontés politiques sans que celles-ci soient soumises au contrôle des gouvernants.
4/ Les décisions publiques sont soumises à l’épreuve de la discussion.

Chapitre 1 : Démocratie directe et représentation.
La désignation des « gouvernants à Athènes », est passionnante. B. Manin remet en place les différentes institutions et leur rôle respectif, sans céder aux simplifications qui sont trop souvent de mise sur ce point. Il apparaît que « dans la démocratie dite directe, le peuple assemblé n’exerçait pas tous les pouvoirs. La démocratie athénienne attribuait des pouvoirs considérables, parfois supérieurs à ceux de l’Assemblée, à des instances plus restreintes. Mais les organes composés d’un nombre limité de citoyens étaient, pour l’essentiel, désignés par le sort. Que les gouvernements représentatifs n’aient jamais attribué par le sort aucun pouvoir politique montre que la différence entre les systèmes représentatifs et la démocratie dite directe tient au mode de sélection des organes dirigeants plutôt qu’au nombre limité de leurs membres. Ce qui définit la représentation, ce n’est pas qu’un petit nombre d’individus gouvernent à la place du peuple, mais qu’ils soient désignés par élection exclusivement. »

Discours de Périclès

Pour les théoriciens politiques de l’Antiquité, et cette idée perdurera plusieurs siècles, le tirage au sort est caractéristique de la démocratie alors que l’élection est le propre d’un régime aristocratique.

Chapitre 2 : Le triomphe de l’élection
Cependant, progressivement, l’élection l’emporte sur le tirage au sort jusqu’à ce que celui-ci ne soit même plus mentionné, tant il paraît évident qu’il est absurde de confier à des incompétents des charges qui demandent justement des compétences (les grecs se sont bien gardés de nommer stratèges des gens qui n’auraient eu aucune connaissance en matière militaire) et tant ce système paraît inapplicable dans les nations modernes qui occupent de très vastes espaces. Manin étudie le cas des villes italiennes où des régimes mixtes ont été mis en place.

Aux 17 e et 18 e siècles, apparaissent des théories qui commencent de légitimer le système électif en arguant que le tirage au sort est insuffisant pour assurer la stabilité du régime alors que l’élection a cet avantage immense qu’elle sélectionne des élites préexistantes. Comment justifier une telle idée qui semble aller à l’encontre de l’idée même d’égalité que nous jugeons consubstantielle à la démocratie ? C’est une invention que je trouve géniale dans son cynisme tranquille : le peuple, dit-on, reconnaît spontanément les élites « naturelles » et leur confie le soin de le gouverner. C’est son génie propre (Montesquieu). Il ne lui viendrait pas à l’esprit de demander pour lui une fonction qu’il se sait incapable de remplir. Et, comme par hasard, l’aristocratie naturelle coïncide avec les citoyens les plus riches, ceux dont le mérite est éclatant, les « notables », comme on dit. Donc, pas de danger que l’ordre social soit bouleversé.

balance éligible du marc d'argent - Copie

A la fin du 18e, la messe est dite : le tirage au sort sort du champ de réflexion des théoriciens politiques – mais en même temps, il n’y a plus de contrôle possible sur les gouvernants, plus de contrepoids ; il n’y a plus cette exigence de rendre des comptes à la fin de sa fonction qui était essentielle à Athènes. L’idée maintenant dominante est la suivante « toute autorité légitime dérive du consentement de ceux sur qui elle est exercée …. Les individus ne sont obligés que par ce à quoi ils ont consenti. »Les responsabilités politiques sont donc confiées aux prétendues élites, en langage plus clair, aux propriétaires, aux riches. Je rappelle qu’à la Convention, il y a deux députés ouvriers.  » Le citoyen était avant tout envisagé et traité comme celui qui attribue les charges, et non plus comme un candidat possible, comme quelqu’un qui pourrait désirer ces charges. »

Chapitre 3 : Le principe de distinction
Le souci des fondateurs des gouvernements représentatifs a été « de faire en sorte que les élus soient d’un rang plus élevé que leurs électeurs. » « Les représentants élus seraient et devraient être des citoyens distingués, socialement distincts de ceux qui les élisent. » Thème du « leader naturel » (Angleterre). Discussion sur le cens électoral, en France (le marc d’argent). Election à deux ou trois degrés. L’astuce ici consiste à distinguer le droit de suffrage (et celui-ci peut être plus ou moins largement accordé) et le droit d’éligibilité (et de nombreuses restrictions peuvent être décidées). C’est évidemment essentiel pour être sûr que ne seront élus que des hommes ‘éminents’ (cf. le principe de ‘saniorité’ chez Olivier Christin). Les autres arguments sont purement rhétoriques : comme, par exemple, l’idée que si l’on est riche, on est moins accessible à la corruption ; ou que si l’on est riche, on est nécessairement plus cultivé…

The Ronnies Comment faire pour « épurer la démocratie » ? Comment faire pour que le peuple soit tenu en lisières ? Comment faire pour que les « dirigeants naturels » dirigent effectivement ? Le peuple peut élire qui il veut et en même temps il n’élit que l’élite – pas mal !!! Manin, après avoir regardé ce qui se passe en Angleterre et en France, s’intéresse aux Etats-Unis et aux discussions très approfondies qui ont eu lieu au moment de la rédaction de la constitution. Il en ressort que si la préoccupation est la même, la nature du système américain semble offrir, dans des circonstances exceptionnelles, il est vrai, à des citoyens ordinaires la possibilité d’être élus – ce qui n’est pas le cas en Angleterre ou en France. Mais cela reste l’exception. Il ressort des discussions qui ont présidé à la rédaction de la Constitution que « le gouvernement représentatif ne serait pas fondé sur la ressemblance et la proximité entre représentants et représentés. »

De là l’expression d’aristocratie démocratique à l’analyse de laquelle est consacré le chapitre 4. Manin en tire la conclusion que ce système est d’une complexité telle que chacun peut y trouver son avantage, les élites comme les citoyens ordinaires. Je ne partage pas cet optimisme.

Le chapitre suivant (5) montre comment est très vite évacuée la possibilité d’un mandat impératif, au prétexte qu’il faut laisser une marge d’indépendance aux gouvernants pour répondre, sans se sentir tenus par aucune promesse ni aucun programme, aux urgences de l’action. En contre-partie, la liberté de l’opinion publique viendrait, théoriquement, exprimer des idées, besoins, etc, non pris en compte par les gouvernants. Là encore, Manin laisse dans l’ombre les moyens modernes de fabrication et de manipulation de cette prétendue opinion publique.
Après tout, dit-il aussi, si les citoyens ne sont pas contents, il leur reste de ne pas revoter pour ceux qui les auraient déçus au cours de la durée de la législature. Mais, les dégâts peuvent être difficilement réparables. Mieux vaudrait ce qui est au cœur de la démocratie directe : le contrôle permanent des députés par les citoyens.

Le dernier chapitre, « Métamorphoses du gouvernement représentatif », en vient à la crise des démocraties. Le problème de la stabilité des gouvernements reste entier aux yeux des « élites » qui redoutent toujours l’irruption sur la scène politique du peuple qui en est pourtant tenu à l’écart. Les différentes évolutions, comme par exemple, le rôle croissant des partis politiques fondés sur l’appartenance à une classe sociale déterminée, n’ont pas forcément résolu ce problème.
L’apparition des professionnels de la communication et du marketing politique accroît la distance entre l’électorat et le pouvoir. « Le régime représentatif semble avoir cessé de progresser vers le gouvernement du peuple par lui-même. La conclusion est amère, mais montre bien dans quel sens il nous faut orienter notre combat.

Je trouve ces analyses de Manin absolument passionnantes. Elles donnent une assise très solide à la démystification de la démocratie telle qu’elle est comprise et pratiquée chez nous et telle que nous souhaitons l’imposer à des pays qui n’en ont pas fait encore l’expérience.

Je vois d’ici Guillemin « bicher », comme il le disait lui-même, à la lecture de ces travaux. Il faut penser à sa détestation de La Fayette qui est, à ses yeux, le prototype des défenseurs des « honnêtes gens », c’est-à-dire des propriétaires ; à sa méfiance, que d’aucuns ont taxée de sectarisme, à l’égard des Etats-Unis : loin d’y voir un modèle de démocratie, il comprenait fort bien que la haine du peuple était le ressort essentiel de leur système politique.

Recension établie par Patrick Rödel

vote et représentation populaire démocratique

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Crédits photographiques (par ordre d’apparition) :

Hémicycle de l’Assemblée Nationale (domaine public)

Bernard Manin (domaine public)

Couverture du livre (domaine public)

Tableau « L’âge de Périclès » – 1853 de Philipp Von Foltz (1805-1877)

Photogramme tiré du sketch britannique « The Ronnies » (1960) sur la représentation des classes sociales (BBC).

Balance éligible du marc d’argent – balance à peser richesses et mérites. Gravure polémique contre le système électoral adopté en décembre 1789. Eau-forte anonyme 1790 (Bibliothèque Nationale)

Assemblée démocratique en Grèce (domaine public)