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Jonathan Samuel Wenger, un passionné de Guillemin


Le Liseur – The Reader – Photo anonyme – 2008 Hulton-Deutsch Collection/Corbis

Se passionner pour Henri Guillemin, ce peut être vouloir tout lire de lui, entreprise facilitée par la réédition maintenant presque complète, chez Utovie, de son œuvre imprimée : non seulement ses livres et les recueils d’articles qu’il avait lui-même constitués, mais aussi des volumes publiés ces dernières années et qui permettent de découvrir d’autres textes, jusqu’ici peu accessibles, telles ces Chroniques du Caire (2019), anthologie d’articles parus de 1937 à 1939 dans La Bourse égyptienne et qui montrent quel grand critique littéraire était alors le jeune professeur Guillemin (pour en savoir plus, cliquez ici).


Ces publications-là sont destinées à se poursuivre, la prochaine, cet automne 2021, étant un volume centré sur le brûlot intitulé « Par notre faute » (1937) et qui réunit cinq textes où se dessine le portrait d’un Guillemin chrétien pour le moins explosif.

Se passionner pour Henri Guillemin, ce peut être aussi voir et revoir inlassablement tout ce qui est disponible, majoritairement grâce aux archives de la radio-télévision suisse (relayées auprès des plus jeunes par youtube), de l’immense activité du conférencier et de l’orateur de télévision : émissions isolées, ou, autour de 1970, ces fameux cycles de treize demi-heures sur un seul grand sujet (Napoléon, Tolstoï, Jeanne d’Arc, la Commune, 1871-1914…) ; et aussi, à ne surtout pas négliger malgré la frustration due au manque d’images, certains enregistrements seulement “audio” tels que « Ma conviction profonde » (diffusé en 1962 et qui figurera dans le volume à paraître annoncé plus haut), ou les remarquables conférences faites durant les années 70 et 80 au « Club 44 » de La Chaux-de-Fonds en Suisse et disponibles sur leur site.

Utovie diffuse également d’autres conférences audio sur les sujets ou sur écrivains auxquels Guillemin revenait le plus volontiers (Voltaire, Hugo, l’affaire Dreyfus, Jaurès…), plusieurs petits volumes – l’éditeur nous en annonce d’autres – proposant ensemble l’enregistrement et sa transcription, ce qui permet au même passionné dont nous parlons de lire, ou d’écouter, ou de faire les deux à la fois…

*

Aujourd’hui c’est un passionné d’un genre particulier que je voudrais vous présenter, car ses recherches personnelles ne sont pas seulement celles d’un lecteur ou d’un téléspectateur, mais se greffent directement sur le métier qu’il exerce.
C’est grâce à Nane Guillemin que je me suis trouvé en contact avec Jonathan Samuel Wenger, qui dans son premier message, le 3 juin, m’écrivait ces mots : « Modeste chercheur et bibliographe par plaisir, j’ai retrouvé au hasard de divers dépouillements quelques publications d’Henri Guillemin qui avaient échappé à vos recherches. Attaché par une forte sympathie à l’homme et à l’œuvre, j’ai creusé encore un peu, et ai fini par en dresser une petite liste. »

La « petite liste » était en pièce jointe : plus de cent références ! absentes, en effet, de ma bibliographie Guillemin, Une vie pour la vérité – Utovie, 2015 (cliquez ici) – qui était pourtant en progrès sur la première mouture de 1988 (Soixante ans de travail, Utovie aussi) ! De quoi envisager des maintenant une troisième édition, à deux auteurs cette fois, de ladite bibliographie…
Comme vous l’imaginez, je remercie, et chaleureusement, l’expéditeur de ce document si précieux, et je lui demande – c’est la question qui vient naturellement dans ces cas-là – comment il en est venu à se passionner pour Guillemin. Je pense que le mieux est de lui laisser la parole, car sa réponse donne envie de le rencontrer et de prolonger le dialogue :

« Je ne sais plus bien quand j’ai rencontré l’œuvre d’Henri Guillemin ; mais étant Neuchâtelois et m’étant commis aux études littéraires, la rencontre était inévitable. J’ai été très touché par son côté iconoclaste, attaché à ne pas laisser primer l’œuvre sur l’auteur ; au moment où je développais une vague conscience politique, son approche m’a permis de remettre en perspective les axiomes de la littérature comme participation à un ordre social.
Cela, comme sa personnalité très humble et généreuse, ce côté très accessible, sans prétention, cet homme qui semblait regarder son métier comme un travail et non comme une fonction sacerdotale, cette volonté de ne pas oublier dans l’écriture de l’histoire qui étaient les auteurs, outre leur technique, d’oser juger en fonction de leur humanité, de leur altruisme (de la charité, plus proprement), ont fini par m’attacher pour de bon à lui.
Enfin, mon côté un peu obsessionnel se trouve un terrain de jeu assez fantastique dans une œuvre aussi vaste que celle d’Henri Guillemin ; il y a toujours quelque chose à retrouver ! J’ai d’ailleurs commencé à dresser une liste de ses conférences et émissions, basée sur les traces de la presse (la numérisation des programmes Radio-TV suisses a été pour cela un bel atout). Ce travail est en cours (et un peu interrompu par les circonstances), mais j’ai pour l’instant pu relever environ 360 conférences et 940 émissions.
 »

Ce second travail est loin d’être achevé, car le total des conférences est bien plus élevé que cela et Jonathan Samuel Wenger est le premier à le savoir. Mais la collecte est déjà presque incroyable (près de mille émissions !).
J. S. Wenger m’a également permis de lire ce second fichier dans son état provisoire actuel, et la qualité du “produit” est impressionnante : il n’y a pas seulement là une liste, précieuse par sa seule existence, mais, chaque fois que c’est possible, le lien internet vers le document (c’est vrai aussi du complément proprement bibliographique dont j’ai parlé en premier).
Il y a là une telle mine que je n’ai pas pu m’empêcher d’en demander encore un peu plus sur les raisons d’une telle enquête, par définition dévoratrice de temps (j’en sais quelque chose). Et la modestie en même temps que l’humour de la réponse complètent de jolie manière un portrait de « passionné » authentique :
 
« Quant à moi, Neuchâtelois donc, diplômé en littérature française ainsi que bibliothécaire, je suis actuellement collaborateur scientifique à l’Université de Genève. J’y participe au projet Rougemont 2.0, qui édite en ligne et en libre accès les œuvres de Denis de Rougemont. J’ai donc la chance énorme d’être payé pour fouiner dans des imprimés et des manuscrits, et de les éditer. […]. Quant à mes travaux de bibliographe, je réalise plutôt des compléments à des œuvres qui m’intéressent ou me touchent, quand il y a matière. La seule bibliographie complète que j’ai réalisée, et qui est toujours un travail en cours, est celle de Jean Starobinski, commencée lorsque je cataloguais sa bibliothèque, et qui n’est publiée qu’en ligne. » (*)

L’écrivain genevois Denis de Rougemont (1906-1985) a retenu l’attention de Guillemin par deux fois, pour son Journal d’Allemagne, précieux témoignage sur l’hitlérisme en plein essor, et pour son (trop ?) célèbre essai sur Tristan et Yseut L’Amour et l’Occident (voir Chroniques du Caire, 1er janvier et 21 mai 1939, p. 184-190 et p. 216-221).
Quant à Jean Starobinski (1920-2019), autre Genevois d’importance, Guillemin le connaissait, avait lu son essai de référence Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l’obstacle (1957), et malgré les différences de leurs itinéraires intellectuels les deux hommes s’estimaient. « Staro », comme l’appelaient ses amis, n’a pas hésité à écrire, pour prendre la défense de la méthode de Guillemin, ou plutôt pour dire qu’elle est la plus naturelle : « Que serait l’objectivité entière ? Une avalanche de documents […] du dernier ennui. […] Il faut présenter, commenter, ordonner. Et voici que reparaît ce louche intermédiaire, la personnalité du critique. On n’a pas encore découvert une méthode qui révèle les œuvres en se faisant elle-même invisible ».
Et aussi, toujours favorablement à Guillemin : « Le dénigrement est regrettable. Mais le culte des “grandes œuvres”, quand il prend le ton de religiosité bêlante, est une mystification exaspérante » (réponses à l’ « Enquête sur la méthode critique » de Maurice Nadeau, Lettres nouvelles, 24 juin 1959, p. 13 et p. 14, citée dans Henri Guillemin tel quel – Utovie, 2017 (p. 25 et p. 50) (cliquez ici).
Il doit être bien passionnant de travailler sur l’œuvre de ces deux grands esprits, qui l’un et l’autre ont eu des points de contact avec Guillemin.

Tout cela pour dire que nous suivrons avec une pleine sympathie et une inévitable curiosité l’avancement de l’enquête de Jonathan Samuel Wenger : nous n’aurons probablement jamais d’Œuvres complètes d’Henri Guillemin, mais le travail de fourmi d’hommes qu’il passionne à ce point peut contribuer, ô combien, à constituer peu à peu des Œuvres aussi complètes que possible. Grand merci à ce “dénicheur”, dont nous ferons connaître les trouvailles.

(*) : la bibliographie de Jean Starobinski établie par J.S. Wenger est disponible en cliquant ici
Fiche de J.S. Wenger : cliquez ici

Note rédigée par Patrick Berthier.

Henri Guillemin
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Entretien vidéo n°1 Maxime Delprat

« Si j’ai basculé vers des études d’Histoire, c’est en grande partie grâce à Henri Guillemin »

C’était à l’automne dernier. Une nouvelle adhésion venait d’arriver, celle d’un étudiant, Maxime Delprat.
Nous connaissons le fort regain d’intérêt pour Guillemin grâce à Internet et nous savons également qu’une part importante de cette redécouverte est celle des jeunes générations. C’est un mouvement de fond qui nous intéresse et que nous suivons attentivement.

Cette nouvelle adhésion fut donc une bonne nouvelle, encourageante et stimulante, d’autant qu’elle arrivait après l’adhésion d’un autre étudiant un an plus tôt.

L’idée d’inaugurer avec lui nos entretiens vidéo est née à ce moment-là : recueillir son témoignage sur son intérêt pour Henri Guillemin, au point d’adhérer à LAHG. Apprendre, lors de la conversation téléphonique qui suivit, qu’il préparait le CAPES d’histoire géographie et les circonstances de sa découverte d’Henri Guillemin, acheva de nous convaincre.

Il fallait simplement attendre la fin de sa préparation au concours.
Le 3 juin dernier, une pause entre les écrits et les oraux, permit de converser sous l’oeil des caméras.

Edouard Mangin

Production : Les Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG)
Interview : Edouard Mangin
Réalisation : Bernard Dupas

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La Semaine sanglante

Semaine sanglante : incendie, ruines, rue de Rivoli – Lithographie gravure (1874) de Sabatier Gaildrau (1816 – 1898), tirée de l’ouvrage « Paris et ses ruines en mai 1871 » par Victor Fournel – Musée des Archives nationales de France.

On commémore à tour de bras, en cette année 2021. La Commune de Paris, Napoléon, Jean de La Fontaine et j’en passe. Beaucoup plus Napoléon que la Commune, c’est évident.

Pour La Fontaine, on verra plus tard. Et surtout en recourant bien souvent aux clichés les plus éculés de notre « histoire-de-France ».

Jusqu’à présent, je n’ai pas vu que l’on ait songé à citer les travaux de Guillemin sur les Origines de la Commune – 3 volumes – et ses Réflexions sur la Commune qui font suite à L’Avènement de M. Thiers (tous livres publiés chez Utovie).
Daniel Mermet dans « Là-bas si j’y suis » est le seul, si je ne m’abuse, à avoir l’excellente idée de mettre en ligne les conférences de Guillemin sur la Commune, 13 conférences, d’une demie-heure chacune, données sur les antennes de la RTS en 1971.
Et Jean Chérasse, après avoir écrit les 72 immortelles (éditions du Croquant, cliquez ici), continue, sur son blog de Mediapart, à rappeler l’importance de l’apport de Guillemin pour qui veut s’éloigner des visions convenues et soigneusement entretenues de la Commune.

Mais quoi, on le sait bien, Guillemin n’est pas un historien et son point de vue est abominablement partisan – ce que ne sont pas ceux des historiens patentés qui, eux, se reposent sur le socle inébranlable de l’objectivité de leur discipline.
Cela mérite qu’on aille y voir d’un peu près.

Guillemin a longuement relaté la guerre de 1870, le rôle pour le moins lamentable de l’armée (bien sûr, l’histoire, souvent bègue, remettra ça en 1939, cf L’affaire Pétain), le renversement de l’Empire et la proclamation de la République – celle des Jules honnis -, le siège de Paris et l’héroïque défense du peuple, l’instauration de la Commune, puis la capitulation, la trahison des dirigeants « républicains » pressés de rétablir l’ordre du Capital dans la Capitale et demandant cyniquement à l’envahisseur son aide pour écraser les factieux.

Nous y sommes enfin, Versailles a les mains libres, il est temps de se débarrasser de cette racaille qui a fait trembler les possédants.
Versailles, c’est Thiers et les Jules, rivalisant de zèle.
« L’ordre et la paix ne peuvent refleurir que par la sévère et ferme exécution des lois », proclame Jules Favre qui poursuit : la Commune offre « le scandaleux exemple de l’assouvissement des plus mauvaises passions. »

Guillemin, à son accoutumée, multiplie les citations et s’émerveille devant le cynisme du vicomte de Meaux : ces brigands de communards « ont découronné notre défaite. »
Ou la haine de Sarcey (*) qui ne voit dans ces brigands qu’une « abominable ménagerie de singes et de tigres. »
Pas même des hommes, des bêtes, on vous dit. Tout est bon pour déconsidérer les Parisiens qui se sont soulevés contre la lâcheté des dirigeants – on appelle ça de la propagande et ça marche, dans les campagnes et dans les salons – la lie de la population, des gens de sac et de corde, des ennemis de la société, de l’ordre et de la propriété. La preuve : ils ont détruit la maison de ce bon M. Thiers. Lequel, grâce à cela, ne réalisera pas une trop méchante affaire en faisant indemniser son bien à dix fois sa valeur initiale.

L’incendie du Palais des Tuileries en 1871 – Lithographie anonyme – ©pompiers de Paris

La Semaine sanglante a été préparée par les bombardements versaillais qui ont ravagé une partie de l’Ouest parisien ouvrant la route à l’armée « loyaliste ». Semaine de massacres dont on retient plus volontiers les 84 otages exécutés par la Commune que les milliers d’hommes, de femmes et d’enfants tués sans la moindre once de piété.

Guillemin, comme il en a l’habitude, se garde bien d’aller chercher des témoignages chez ceux qui défendent les victimes – on pourrait les juger trop partisans -, il les trouve chez ceux qui sont du côté des Versaillais. Et ils ne manquent pas, puisque après avoir tant tremblé, ils peuvent enfin respirer.

Les exécutions arbitraires du général Gallifet, les appels au meurtre des versaillaises sont applaudies par Sarcey (*), encore lui, qui évoque « ces faces patibulaires ou bestiales » dont il doute qu’elles aient pu jamais abriter « une âme », gibier tout trouvé pour ces braves soldats qui leur opposent leur « loyale figure » et leurs baïonnettes.

« La presse belge contient de précieux reportages (mais quoi, ce sont des belges, les historiens français préfèrent de meilleures sources ; note de P. Rödel) sur les quelque 2500 hommes et femmes qu’on entassa là (aux docks de Satory), dans les premiers jours, à peu près sans nourriture et n’ayant pour boire que l’eau d’une mare où leurs gardiens se divertissaient à venir uriner. Une espèce de révolte a eu lieu – des cris, des imprécations ; que peuvent faire d’autre ces êtres parqués entre de hauts murs ? – et les mitrailleuses sont entrées en action. Deux à trois cents cadavres sont demeurés, là, éducatifs, pendant douze heures ; toute la horde a dû rester là collée au sol, à plat ventre, dans la boue ; feu sur qui s’asseyait seulement. » (Réflexions sur la Commune p.285)

Est-il besoin d’en dire plus ? Font écho aux cris de ces malheureux les « légitimes et glorieuses acclamations de l’Assemblée » auxquelles se joint l’archevêque de Lyon dans une lettre dégoulinante d’enthousiasme adressée au sauveur de la patrie.

Qui, pour sauver l’honneur ? Hugo ! « Aux « barbares« , comme on dit, du ruisseau, Hugo en oppose d’autres, « brodés, dorés, constellés » et qui accoudés à « une table de velours » ou à « une cheminée de marbre« , « insistent doucement pour le maintien de l’esclavage, glorifiant à mi-voix, et avec politesse, le sabre et l’échafaud« . Ceux-là, ce sont les « tueurs souriants« , les « viveurs féroces » ; tout compte fait, dit Hugo, sauvages pour sauvages, je choisis ceux d’en bas. » (Réflexions sur la Commune p.288).

Et quelques gaffeurs, comme Mac-Mahon, qui reconnaît que les communards « paraissaient croire qu’ils défendaient une cause sacrée » et « leur drapeau rouge à la main, se sont fait tuer sur les barricades. »

Restent les pétroleuses qui donnent encore des frissons d’horreur à Lorant Deutsch (animateur TV). Il est sans doute un des derniers à croire à cette histoire, mais c’est assez bon pour la télévision.

Guillemin, lui, va droit à l’essentiel et ne se perd pas en polémiques stériles. Il distingue deux choses : les dégâts causés par l’armée versaillaise et par la pluie d’obus qui s’abat sur l’Ouest parisien.

« Le premier bâtiment public qui flamba fut le ministère des Finances. Cet incendie-là n’est pas le fait des communards ; travail des obus versaillais. » (Réflexions sur la Commune p.278) Avis corroboré par Hélène Landowski dans un tout récent ouvrage, La face cachée de la Commune Editions du Cerf, cliquez ici).


Le 16 mai 1871, la colonne Vendôme où se perche la statue de l’empereur Napoléon Bonaparte, est abattue par les communards sur un tas de paille.

Puis les actions symboliques que furent la destruction de la maison de Thiers et la démolition de la colonne Vendôme.
« D’autres incendies furent tactiques. C’est ce que réclamait Louise Michel, qui n’était pas la seule à souhaiter un barrage de feu devant les assaillants. » (Réflexions sur la Commune, p.278).

Hélène Landowski partage cet avis : les communards sont pris en tenaille entre l’armée versaillaise, à l’ouest, et l’armée allemande, à l’est, qui leur interdit tout repli.
C’est ainsi que, le 23 mai, les Tuileries furent incendiées. Beau thème d’indignation que les décombres encore fumants des Tuileries pour les peintres Meissonier, Clairin, ça a plus de gueule que les déplorations télévisuelles de Deutsch, mais le propos politique est le même – déconsidérer la Commune.

Les ruines des Tuileries – Tableau de Ernest Meissonier (1815 – 1891) © Compiègne, musée du Second Empire


« Pourquoi, dit Vallès, l’incendie d’une ville par ses défenseurs serait-il, classiquement, digne d’admiration quand il s’agit de Numance et de Saragosse, par exemple, et exécrable pour le Paris de la Commune ? » (ibid.p. 278)

Deux poids, deux mesures, nous commençons d’être habitués à cette logique des dominants. Hélène Landowski ajoute à ses analyses que les incendies de 1871 ont fait place nette pour des opérations immobilières juteuses….

Il ne reste plus que les cadavres (« Le sol de Paris est jonché de cadavres. Ce spectacle affreux servira de leçon », selon Thiers lui-même cité par Guillemin ibid p.295) et les prisonniers que l’on envoie croupir sur les pontons et au bagne. »

Combats des derniers jours – lithographie anonyme – Musée Carnavalet-Paris

Vingt ou trente mille morts, quarante mille déportations, le poteau de Satory (« notre crucifix à nous », dira Vallès) (Satory est un camp militaire près de Versailles ; note de P. Rödel), les pontons, la déportation, le bagne, de quoi rassurer les « honnêtes gens », non ? »

(Pour en savoir plus sur les conditions de vie des prisonniers politiques au bagne, je vous conseille de lire Dans l’enfer du bagne, mémoires d’un transporté de la Commune, d’Alexis Trinquet (éditions des Arènes en 2013, cliquez ici).
Ces mémoires dormaient dans les archives du PCF où ils ont été découverts par Bruno Fuligni qui en a assuré l’édition.
(Pas inintéressant de voir qu’en la matière la République française jouit d’une réelle priorité sur les autres nations ; note de P. Rödel)


Tuileries après l’incendie de 1871 vues du grand bassin – 1880 – 1883 par Siebe Johannes Ten Cate (1858 – 1908) © Musée du Louvre

Les conclusions de Guillemin ne sont pas pour nous surprendre. Reprenant en quelques phrases le fil de sa démonstration depuis les Origines de la Commune jusqu’à ces ultimes Réflexions, il écrit : 

« Pourquoi les conservateurs ont-ils été défaitistes, ou, pour mieux dire, les artisans de la défaite, en 1870-71 ? Pour assurer la protection des structures économiques et sociales menacées, à leurs yeux, par une victoire militaire des républicains. Le même souci les habite et dirige leurs comportements ; avec la prise de Paris et l’écrasement de la Commune, l’armée a retrouvé cette grande et véritable mission de « palladium de la société » que Bazaine prophétique, saluait en elle. (L’armée dernier rempart de la société libérale, disait un giscardien trop bavard. Note P. Rödel) Et que la colonne Vendôme soit promptement rétablie sur son socle ! La bourgeoisie victorieuse n’oublie pas ce qu’elle a dû, jadis, à « l’empereur« . La colonne, dit Lissagaray (**), il fallait à la classe possédante qu’elle se dressât à nouveau au centre de la ville, » bâton énorme, symbole de sa souveraineté« . » (ibid p. 308).


Rue de Rivoli au lendemain à la fin des combats de la Semaine Sanglante – photo de Auguste Bruno Braquehais (1823 – 1875)

Par où nous sommes ramenés, mais ce n’est malheureusement pas un hasard, à ce qui était notre point de départ : l’avalanche de discours dithyrambiques sur Napoléon à l’occasion du bicentenaire de sa mort et le besoin de toujours ranimer la peur que les « honnêtes gens » éprouvent à l’idée que leurs privilèges puissent être remis en question, comme les Communards avaient commencé de le faire.

(*) Francisque Sarcey (1827/1899)

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, journaliste, critique dramatique. Pendant le siège de Paris, il est membre de la Garde nationale. Farouche anti-communard, dans le Drapeau tricolore qu’il crée pour l’occasion il va jusqu’à réclamer qu’on fusille « 80.000 gredins » pour sauver l’ordre républicain et démocratique ; il déteste tout particulièrement Vallès. Ce républicain « modéré » (que n’aurait-il pas dit sans cette « modération » ?)
Il deviendra un anti-dreyfusard également « modéré » (Ligue de la Patrie française).

(**) Prosper-Olivier Lissagaray (1838/1901)

Homme de lettres, journaliste, haut en couleur, bretteur infatigable qui tâtera de la prison sous le Second Empire et préférera s’exiler quelques temps en Belgique.
Proche d’Henri Rochefort Il revient à Paris en septembre 1870. Il participera à l’insurrection communarde et publiera, durant cette période, le journal L’Action dont les thèses pourront être assez critique par rapport aux atermoiements du Gouvernement de la Commune.
Il réussit à s’enfuir à Londres. Il y rencontre Marx et tombe amoureux de sa fille Eleanor (fiançailles finalement rompues par Eleanor elle-même).
De retour en France, il se consacre à son grand oeuvre, l’Histoire de la Commune de 1871, qui reste une source importante pour les futurs historiens de la Commune. Il va poursuivre son travail de journaliste politique ; il dénonce le boulangisme, les scandales à répétition comme celui de Panama. Il sera secrétaire de la Société des. Droits de l’homme et du citoyen.

PS 1 : La Commune de Paris reste un sujet qui continue de hérisser le poil des réactionnaires. La palme revient à celui que le Figaro qualifie de « pilier de l’intelligentsia française » (17 mars 2021) qui, sur France inter, dans l’émission « L’invité de 8h20 ; le grand entretien » du 4 mars 2021, répondait à la question de Léa Salamé « faut-il commémorer le bicentenaire de Napoléon et la Commune de Paris ? » par ces mots sans appel : « Oui Napoléon, non la Commune ». Bien sûr Nora qui aspire maintenant, après avoir fait oeuvre d’historien, à entrer en littérature est libre de manifester ses préférences. Mais on admirera la profondeur de son argumentation : l’évocation des martyrs de la Commune a perdu tout son sens, dit-il, « à partir du moment où, en 1971, le président de la République Georges Pompidou est venu s’incliner devant le Mur des Fédérés. » J’avoue que l’argument me paraît étrange qui se colore du rappel que Pompidou avait travaillé pour la Banque Rothschild…
Je rappelle aussi qu’en début d’année, au Conseil de Paris, lorsqu’il s’est agi de voter une subvention de 12.000 € à l’Association Les Amies et Amis de la Commune de 1871 les élus de droite ont poussé des cris d’orfraie.
Pour être juste, je ne suis pas convaincu par ceux qu’une volonté de radicalisation des revendications anime et qui réclament une résurrection de l’insurrection de la Commune de Paris – l’histoire ne se répète pas, c’est une loi qui jusqu’à présent n’a pas connu d’exception.

PS 2 : pour ceux qui veulent approfondir leurs connaissances sur l’histoire de la Commune, je signale l’existence de l’album publié en 1901 par Armand Dayot – L’Invasion, Le Siège, la Commune 1870-1871, d’après des peintures, gravures, photographies, dessins, médailles, autographes, objets du temps. (Flammarion éd. ; rééd. Tristan Mage, 2003).
C’est une mine ; on y trouve, entre autres, les photos des principaux acteurs de la Commune mais aussi de simples insurgés. J’ignore si Guillemin a eu ce livre entre les mains.

Note rédigée par Patrick Rödel

Complément 1

D’une période historique à une autre.
Nous présentons ci-dessous le second volet du diptyque réalisé par Jocelyne et Pierre Mallet, adhérents LAHG, concernant le témoignage de Sébastien Navarro à propos du mouvement des Gilets Jaunes.
(Rappel : pour (re)lire le premier volet du diptyque, la recension de l’ouvrage Péage Sud de S. Navarro, cliquez ici).

Ce second volet est une interview audio de Sébastien Navarro, son témoignage sur ce mouvement, vécu de l’intérieur.

Interview, montage et réalisation effectués par Jocelyne et Pierre Malet.

Ci-dessous leurs travaux :

Sébastien Navarro

Sébastien Navarro est né à Sète en 1972. Diplômé d’une maîtrise en droit privé, il est salarié dans le secteur public depuis une vingtaine d’années. Dans sa jeunesse, il a milité dans des groupes libertaires (CNT, réseau No Pasaran) dont il a conservé un solide ancrage anarchiste. Il a participé pendant plus d’une dizaine d’années au mensuel de critique sociale CQFD.
En 2018, il écrit Panchot (éditions Alter ego, cliquez ici) récit historique sur la résistance en Roussillon et la fabrication d’un mythe mémoriel.

Entretien audio de Sébation Navarro

Complément 2

Nous rappelons que la série de 13 conférences d’Henri Guillemin sur la Commune est actuellement diffusée en accés libre sur le site de « Là-bas si j’y suis ».

Ces conférences ont fait l’objet d’un important travail de restauration, réalisé par l’éditeur Les Mutins de Pangée qui a donné lieu à l’élaboration d’un coffret de 3 DVD, accompagnés d’un livret qui reprend Réflexions sur la Commune de Henri Guillemin (livret spécial – 200 pages en partenariat avec les éditions Utovie).
Ce coffret est disponible dans toutes les bonnes librairies, mais le plus simple est de le commander directement chez l’éditeur en cliquant ici

Complément 3

Partons au Canada (Québec).

On parle de la Commune, de Henri Guillemin et aussi de notre association LAHG, notamment de notre colloque du 19 novembre 2016 « Henri Guillemin et la Commune – le moment du peuple?« .

Il s’agit d’un long article (du 15 mai 2021) de synthèse sur la Commune, sa fin, ses détracteurs… , paru dans le journal Le Devoir et rédigé par Stéphane Baillargeon, journaliste québécois, diplômé de philosophie et de sciences politiques de l’Université de Montréal.
Nous sommes mentionnés dans la conclusion.

Le Devoir est un quotidien d’information publié à Montréal, fondé le 10 janvier 1910.
Le journal est lu par environ 1,5 million de personnes. C’est l’une des sources du Courrier international.

Pour lire l’article, cliquez ici

Affiche du film de Peter Watkins LA COMMUNE (PARIS 1871) – 3h30

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150e anniversaire – Henri Guillemin et la Commune

Barricade de l’entrée du Faubourg Saint-Antoine, place de la Bastille – 18 mars 1871
Barricade de l’entrée du Faubourg Saint-Antoine, place de la Bastille – 18 mars 1871 © Anonyme – Musée Carnavalet

150e anniversaire – Henri Guillemin et la Commune

150e anniversaire de la Commune. Nous sommes presque au milieu du gué de ces 72 journées durant lesquelles une expérience historique unique, appelée la Commune, montra au monde ce qu’il advient quand le peuple se mobilise contre l’injustice, prend son destin en main et met en place une autre organisation sociopolitique hors celle des classes dirigeantes.

Cette expérience condensa en peu de jours un ensemble inouï de forces irradiantes et diverses, un bouillonnement d’énergie où se cotoyèrent la fraternité, l’héroïsme, l’idéal révolutionnaire, la démocratie, la prise en compte du cri du peuple, mais aussi, l’amateurisme dans l’action et les maladresses stratégiques.

La Commune est si riche d’enseignements, a mis sur le devant de la scène des personnages si emblématiques, de telles valeurs humaines, qu’il n’était pas imaginable que Henri Guillemin, dans sa vision de l’Histoire et sa passion des trajectoires humaines, ne prît pas cette période à bras le corps en l’étudiant, l’analysant, la travaillant pendant toute sa vie.

C’est cette implication, en hommage à son travail et à la Commune qui a conduit à composer cette « newsletter » en trois mouvements s’appuyant sur la magistrale démonstration de Patrick Berthier dans son intervention « Petit inventaire des travaux de Guillemin sur la Commune » présentée à notre colloque « Henri Guillemin et la Commune – le moment du Peuple ?  » le 19 novembre 2016 – Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 Censier.

Premier mouvement

Murs des fédérés au cimutière du Père Lachaise
Comme chaque année depuis les années 1880, dans la dernière semaine de mai, la montée au Mur vient rendre hommage aux morts de la Commune et aux idéaux portés par la révolution du Temps des Cerises. Cimetière du Père Lachaise – 76ème division, 75020 Paris

Le 19 novembre 2016, Patrick Berthier, en ouverture du colloque, commença son intervention par une sorte de scoop : un texte méconnu de Guillemin, le premier article qu’il écrivit sur la Commune pour La jeune République de Marc Sangnier, le 29 mai 1925.
Il avait 22 ans.
Un texte sensible, touchant, révélant déjà sa grande maturité politique.

En regardant défiler les cortèges devant le mur des Fédérés…
Réflexions sur la Commune

J’ai vu, dimanche, défiler, au Père-Lachaise, les groupes d’extrême-gauche, devant le mur des Fédérés.
Il y avait là une foule prodigieuse. Les journaux de droite et de gauche ont donné des chiffres contradictoires. Tous ceux qui ont vu de leurs yeux l’interminable colonne emporteront le souvenir d’une multitude démesurée.

Les socialistes S.F.I.O. passèrent les premiers. Devant les communistes, armée formidable, ils semblaient si menus, si grêles, qu’on aurait dit une petite escouade, quatre hommes et un caporal, détachés en éclaireurs.

Résolus, ramassés, en bon ordre, marchaient les communistes. Ils savent ce que c’est qu’obéir à une discipline librement acceptée. À chaque appel, les voilà. Mobilisation parfaite totale.

Dans le grand cimetière blanc et vert, des petits enfants défilaient, en rang. Ils chantaient, dans les tons très haut, des sortes de petites complaintes qu’on aurait prises pour des cantiques. Mais les bérets étaient rouges et portaient faucille et marteau.

Et j’ai vu des papas à grosse moustache, tenant le gosse par la main, et qui chantaient, très fort, des airs de révolution, avec de bons yeux confiants et doux et, la ride dans les sourcils, d’une conviction plus forte que tout.

Savaient-ils tous très bien pourquoi ils étaient là, criant : « À bas la guerre » ? Les souvenirs historiques ne venaient point, importuns, troubler la sécurité de leur foi. Mais moi qui, moins heureux, ai lu sur tout ce drame, d’avant-hier, beaucoup de choses et peut-être trop, je revois ces communards, qu’il me semble avoir vraiment connus.

Socialistes, l’étaient-ils ? Si divers étaient leurs chefs qu’il semble bien que la Commune n’eut pas de doctrine. Mais la Commune était républicaine. Les gens « bien pensants » s’indignent et parlent d’insurrection contre l’autorité établie, de rébellion contre le pouvoir légal. Mais, entendons-nous, où donc était ce pouvoir légal, ce gouvernement régulier ?

L’Assemblée nationale, réunie d’abord à Bordeaux, avait été élue par le pays sur l’unique question de la paix ou de la guerre. Elle n’avait point mandat pour donner à la France sa nouvelle organisation politique. Or, sa mission remplie, depuis le 1er mars, et les préliminaires de paix signés, loin de se séparer pour laisser place à une Constituante, elle affirma son devoir de s’accrocher au pouvoir.

Et les 400 monarchistes qui formaient sa majorité, dupant l’électeur qui les avait désignés pour conclure la paix, décidaient, maintenant qu’ils avaient la force, d’imposer au pays la constitution de leur choix.

Comme avant les journées d’octobre 1789, ils établissaient l’Assemblée à Versailles, afin d’avoir sur Paris tout pouvoir, sans redouter sa colère. Ils prenaient, à l’égard du peuple, des mesures d’hostilité, et nul ne pouvait douter de leurs intentions en considérant l’homme qu’ils avaient désigné comme chef de l’exécutif.

Meurtris dans leur fierté nationale, torturés par la faim, malades, affolés par les misères du siège, exaspérés par les mesures arbitraires et vexatoires d’une Assemblée malveillante, les prolétaires de Paris résolurent de se sauver eux-mêmes.

En face d’eux, il y avait la volonté impitoyable de Thiers, l’homme qui, en 1848, avait déjà proposé au roi l’abominable plan de l’évacuation de Paris et de sa reprise par la force ; Thiers, qui, le 3 avril, ordonnait l’exécution sans jugement des communards capturés. De sang froid, la bataille gagnée, l’ancien démagogue arriviste ordonnait 35 000 arrestations et faisait fusiller 16 000 hommes.

La bourgeoisie réactionnaire, un instant inquiète devant l’effort du « quatrième État » pour empêcher l’Empire sans empereur de refermer sur lui, sous un autre nom, la vieille cage d’une organisation sociale oppressive, se vengeait par la Terreur, l’abominable Terreur consciente et calculée.

Et Thiers, le « grand Français », qui insultait aux communards en les disant « vendus à la Prusse », s’abouchait sous main, contre eux, avec Bismarck, pour obtenir de lui le renforcement de l’armée versaillaise. Plus tard, les rôles étant renversés, on verra Clemenceau armer Noske contre les mineurs de la Ruhr. L’Internationale de la défense capitaliste est plus forte encore que les haines et les égoïsmes des gouvernements.

Mais pour les républicains de la Commune, Thiers était surtout l’homme sinistre par qui l’immense et candide effort de 1848 avait dévié et s’était perdu dans les rancœurs et dans le sang. Et l’histoire nous dit qu’ils avaient raison. Chateaubriand, dans un curieux « portrait » qu’il écrivit en 1847, jugeait déjà Thiers à sa valeur, dénonçant ses « mœurs inférieures », son « orgueil excessif », son « ambition vulgaire », qui le fera chanter « toutes les palinodies que le moment ou son intérêt sembleront lui demander » ; car « M. Thiers comprend tout, hormis la grandeur qui vient de l’ordre moral ».

Thiers, bourgeois voltairien, voulut, comme tant d’autres, utiliser pour des fins politiciennes et réactionnaires le catholicisme lui-même. Il réussit à vider les énergies révolutionnaires de 1848 de tout leur contenu idéaliste et chrétien, rejetant les catholiques dans la réaction ; si bien qu’aux jours de la Commune, ces ouvriers qui, vingt-deux ans plus tôt, en pleine émeute de février, se découvraient devant le Saint Sacrement, n’ayant plus connu, vingt années durant, dans le catholicisme, qu’une force officielle de l’Empire, se détournaient de ce qu’ils croyaient mort et fusillaient des prêtres.

C’est à tout cela que je songeais, l’autre soir, en voyant passer devant moi ces travailleurs révolutionnaires, où se rencontrent et se mêlent, comme dans la vieille Commune, et tant d’instincts féroces et tant d’idéalisme passionné.
Et une immense pitié affectueuse montait en moi pour ces Fédérés, souvent inconscients et fous, parfois criminels et parfois magnifiques ; mais qui, au moins, étaient morts pour leur idéal.

Henri Guillemin

La Jeune République, 29 mai 1925

Deuxième mouvement

Communards et canons postés sur une barricade au départ de la rue de Charonne
Communards et canons postés sur une barricade au départ de la rue de Charonne. Photo prise le 18 mars 1871 dans l’axe de la rue du faubourg Saint-Antoine.

Après avoir lu cet article, Patrick Berthier continua son intervention proprement dite. Nous la reproduisons ici. Elle expose avec brio l’évolution de la pensée de Guillemin sur la Commune. C’est un texte à lire et relire, riche de références.

Trois périodes sont érigées, qui montrent oh combien ce sujet taraudait Guillemin et comment son regard évolua au fur et à mesure de l’avancée de ses travaux et aussi de son âge.

Pour des raisons techniques de mise en page, lire le texte de P. Berthier va se faire par un simple clic vous amenant au texte format pdf.

Mais en amorce, en voici les premières lignes :

Le texte que l’on vient de lire [« premier mouvement » N.d.l’E] est le premier, s’agissant de 1871, qui soit sorti de la plume d’un Guillemin de vingt-deux ans, partisan passionné de Marc Sangnier – dont il est alors le secrétaire – et de son mouvement « La Jeune République ».

Dans la suite de ses travaux écrits, de ses conférences ou de ses émissions télévisées il n’a jamais cessé de s’intéresser à la Commune et à ses origines, puisque le dernier texte où il est question d’elle date de 1990. C’est ce long chemin que je voudrais rapidement reconstituer, en trois grands mouvements chronologiques qui se dessinent naturellement……. Pour lire la suite, cliquez ici.

Troisième mouvement

film "La Commune" de Peter Watkins
Le Communeux – photogramme tiré du film « La Commune » de Peter Watkins

Je remercie notre adhérente, Catherine Seylaz, d’avoir attiré notre attention sur une vidéo datée de 1971, montrant Henri Guillemin présenter, dans le cadre du centenaire de la Commune, une série d’ouvrages qu’il commente, analyse et critique, dans un style dont on ne se lassera jamais.

Emission La Voix au chapitre du 18 juin 1971. Ouvrages commentés par Henri Guillemin :

  • La Commune de 1871 de Jean Bruhat, Jean Dautry et Emile Tersen,
  • Grande histoire de La Commune de Georges Soria,
  • La proclamation de La Commune de Henri Lefebvre,
  • Le procès des communards et Paris libre 1871 de Jacques Rougerie,
  • Les communards de Jean-Pierre Azéma et Michel Winock,
  • La Commune de Paris 1871 de André Decouflé,
  • La Commune au coeur de Paris de Maurice Choury,
  • Les Hommes de la Commune de André Zeller,
  • Histoire de La Commune de 1871 de Prosper-Olivier Lissagaray,
  • L’Insurgé de Jules Vallès,
  • La troisième défaite du prolétariat français de Benoît Malon.

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Note préparée par Edouard Mangin