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Confinement n°2 : nos activités continuent

Photogramme d’illustration de l’émission radio de la RTS du 3 janvier 1987 — Journal de 13H – Interview d’Henri Guillemin qui témoigne sur le siècle qu’il vient de traverser.

Notre dernière lettre du 6 octobre était un billet aussi triste que rageant qui informait de la nécessité d’ajourner le colloque programmé le 28 novembre 2020 à l’Ecole Normale Supérieure.

Néanmoins, nous avons mis à profit ce temps suspendu pour entreprendre des travaux techniques qui étaient sans cesse repoussés.
En effet, notre site internet, créé en même temps que l’association il y a cinq ans, en 2015, devait être entièrement réaménagé. Plus exactement, il devait migrer vers une nouvelle architecture informatique.


La blogosphère étant un monde marqué par de rapides évolutions fonctionnelles, après cinq ans d’existence sans changement, nous étions contraints de faire cette opération sous peine de ne plus pouvoir communiquer. L’iconographie aurait été de plus en plus difficile à travailler, les hyperliens de moins en moins actifs, les références introuvables et les newsletters de plus en plus compliquées à élaborer.

Cette longue opération est aujourd’hui terminée. Pour vous, rien ne changera, hormis certains aspects esthétiques.
Par exemple, la présentation de chacun des ouvrages d’Henri Guillemin, édités par Utovie, est beaucoup plus claire (menu bibliographie). Il en va de même pour les vidéos des trois colloques de 2013, 2016 et 2018 (menu activités).

Par contre, les codes sources des deux séries de conférences vidéos d’Henri Guillemin, l’une sur la Commune, l’autre sur Pétain, ont été supprimés (par you tube et daily motion). C’est pourquoi, elles ne figurent plus dans le menu déroulant « activités ».

Mais rien n’est perdu ! D’une part, rappelons que la série sur la Commune a fait l’objet d’un très beau coffret édité par les Mutins de Pangée, en partenariat avec les éditions Utovie. (voir leurs sites).

D’autre part, la série sur l’affaire Pétain est en cours de finalisation. Un coffret, toujours édité par les Mutins de Pangée, devrait être prêt pour octobre 2021.

Enfin, la page d’accueil du site présente le programme du colloque Henri Guillemin. Et pour cause…

Le colloque de nouveau programmé pour l’automne 2021

En effet, au regard du travail d’organisation, de la mobilisation des intervenants, de l’attente du public, et de manière générale, de l’importance, aujourd’hui, d’aborder le thème de l’enseignement de l’Histoire, qui, comme la recherche, est en grave péril, il nous est apparu nécessaire qu’un tel événement puisse avoir lieu, car il n’était pas concevable que tout cela disparaisse.

Bien entendu, nous ne sommes pas devins et ne pouvons prédire l’avenir. Cependant, un optimisme raisonné, doublé d’une forte motivation, nous amène à considérer les choses positivement.

Nous visons à ce que le colloque ait lieu, dans les mêmes conditions que prévues, vers la mi-octobre 2021, a priori le samedi 9/10, ou le 16/10. Nous verrons si l’Histoire nous sourit (en cas contraire, nous aviserons).

Les participants qui avaient payé leur place et qui, pour nous soutenir, avait très aimablement décliné le remboursement, seront considérés comme ayant déjà acquitté leur présence au colloque d’octobre prochain.

Ces dates sont indicatives et forment notre base de départ. Nous allons lancer les préparatifs logistiques en ce sens et vous tiendrons informés des suites données. D’autres newsletters suivront. En tout cas, cette période est à noter sur vos agendas.

A ce jour, tous les intervenants prévus ont donné leur accord sur ce choix. Pour (re)lire le programme définitif, se rendre sur la page d’accueil du site ou cliquer ici.

Les nouveautés en 2021

Nous avons mentionné de nouvelles activités et de prochaines publications d’ouvrages d’Henri Guillemin pour l’année prochaine.
En effet, il s’agit toujours pour nous de développer la notoriété de Guillemin et d’agir, avec les moyens qui sont les nôtres, en faveur des travaux, des idées et des ouvrages qui, aujourd’hui, s’inscrivent dans l’héritage intellectuel de Guillemin, qui poursuivent ses travaux critiques et de dénonciation des mensonges, dans tous les champs qui nous occupent.

Ces nouveaux sujets sujets seront lancés dès l’année prochaine, une fois passée l’assemblée générale annuelle de l’association.

Le plaisir ineffable de lire

Ce confinement a au moins l’avantage de ralentir le temps et ainsi mieux disposer l’esprit pour lire, découvrir, et relire. Littérature, Essais, Histoire, Philosophie, Poésie… tout est bon. Même les relectures.

En classant ma bibliothèque, je me suis arrêté sur l’un des ouvrages du grand écrivain israélien Yehoshua KENAZ, décédé en octobre dernier à l’âge de 83 ans.
Kenaz était un humaniste réaliste, francophile et grand traducteur des écrivains français du 19eme. Il n’a pas traduit Guillemin mais aurait pu le faire car son œuvre met en pièce les mythes et les fausses valeurs de son pays et voue une bonté touchante au peuple d’en bas, les dominés, les gens sans biens qui ne sont vaincus qu’en apparence.

Relisant son recueil de nouvelles Chair sauvage, j’ai retrouvé ce passage que j’avais souligné au crayon bien gras. Avec le temps, la beauté de cet extrait n’a pas pâli, mais, par rapport au contexte de ces temps confinés traversés d’incertitudes plurielles, il m’a donné envie de le partager avec vous en guise de conclusion de cette newsletter de « redémarrage ».

« … écoutez cette phrase en anglais. Elle figure dans une lettre de Kepler, un célèbre astronome et mathématicien. Il a vécu pendant la guerre de Trente Ans qui a fait tant de ravages entre catholiques et protestants en Europe. Je vais vous lire la phrase en anglais, telle qu’elle figure dans le livre d’Arthur Koestler, Les somnambules. Avez-vous de quoi écrire ?
-J’ai un stylo. 
Il tendit à M. une feuille et lui dicta de mémoire la phrase en anglais. Puis il promena ses doigts sur une feuille trouée en alphabet Braille et dicta mot à mot à M. la traduction en hébreu à laquelle il semblait s’être appliqué.
« Quand la tempête fait rage et que le vaisseau du pays risque de sombrer, nous ne pouvons rien accomplir de plus élevé que jeter l’ancre de notre réflexion sereine dans le sol de l’éternité. » Qu’en pensez-vous ?
-C’est très beau. C’est précis et beau. 
-Je vous pose la question comme traducteur professionnel, insista le professeur.
-C’est vraiment une excellente traduction
-Je ne peux pas l’améliorer ?
-Non, je n’aurais pas fait mieux. »
Mirkin sourit satisfait.
-La phrase fait peur, dit M.
-La notion de pays était différente de ce qu’elle est aujourd’hui, dit Merkin.
-Aujourd’hui, il faudrait beaucoup de courage pour dire une telle chose.
-Il faudrait du courage pour le penser. »

Yehoshua KENAZ : Chair sauvage (nouvelles) – 2008 – éditions Actes Sud.

Et comme il est dit que l’Enchantement pourrait être l’une des plus efficaces vitamines antivirales, passons alors d’un plaisir littéraire à un plaisir artistique.

Note rédigée par Edouard Mangin

Vidéo « Strandbeest Evolution » (évolution des bêtes de plage) présentant les oeuvres de Theo Jansen (né en 1948), artiste sculpteur néerlandais du courant de l’art cinétique. Ses œuvres sont notamment caractérisées par des sortes de myriapodes géants se mouvant uniquement grâce à la force du vent. « L’énergie créatrice rencontre, sur les immenses plages de Belgique et des Pays-Bas, les trois autres éléments fondamentaux » (RTBF).

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Le lauréat du Prix Henri Guillemin 2020

Le lauréat du Prix Henri Guillemin 2020

Comme prévu, le jury du Prix Henri Guillemin s’est réuni le 26 septembre à Paris pour examiner les 8 ouvrages finalistes qui avaient été sélectionnés en janvier 2020, à savoir : 

Grey Anderson
La Guerre civile en France, 1958-62 : Du coup d’état gaulliste à la fin de l’OAS
Ed. La Fabrique

Yannick Bosc
Le Peuple Souverain et Sa Représentation – Politique de Robespierre
Ed. Crtiques

Michaël Foessel
Récidive : 1938
Ed. PUF

Ludovic Frobert
Des Républicains ou le roman vrai des Raspail
Ed. Libel

Annie Lacroix-Riz
La non-épuration en France – De 1943 aux années 1950
Ed. Armand Colin

Gérard Noiriel
Le venin dans la plume
Ed. La Découverte

Jacques Rougerie
Eugène Varlin – Aux origines du mouvement ouvrier
Ed. Du détour

Nicolas Senèze
Comment l’Amerique veut changer de Pape
Ed. Bayard

Après avoir examiné l’un après l’autre chacun des huit ouvrages finalistes, le jury s’est mis d’accord pour éliminer quatre titres et retenir les titres suivants : 

Grey Anderson : La Guerre civile en France, 1958-62 : Du coup d’état gaulliste à la fin de l’OAS

Annie Lacroix-Riz : La non-épuration en France – De 1943 aux années 1950

Jacques Rougerie : Eugène Varlin – Aux origines du mouvement ouvrier

Nicolas Senèze : Comment l’Amerique veut changer de Pape

Au deuxième tour, le vote à bulletins secrets à sélectionné deux titres : L’ouvrage de Annie Lacroix-Riz et celui de Jacques Rougerie.

Un troisième tour n’a pas permis le départage, chacun des ouvrages ayant recueilli quatre voix. 

Enfin, après d’ultimes échanges au sein du jury, le quatrième tour a désigné, à une voix de majorité, l’ouvrage : 

Eugène Varlin – Aux origines du mouvement ouvrier
de Jacques Rougerie
Premier lauréat du Prix Henri Guillemin.

Jacques Rougerie 

Historien, Jacques Rougerie (né en 1932) est spécialiste de la Commune de Paris, il en a renouvelé l’histoire en profondeur. Il a publié de nombreux ouvrages sur le sujet : La Commune et les Communards (éd.Folio, rééd. 2018), Paris libre 1871, (rééd. Point 2014), Paris insurgé : la Commune de 1871, (Découvertes Gallimard, rééd. 2012), La commune de 1871, (« Que sais-je ? », Puf, rééd. 2014).

Au nom de l’association, j’adresse à Jacques Rougerie toutes mes félicitations pour cet ouvrage qui vient compléter une oeuvre très importante consacrée à la Commune.

Dans cet ouvrage, Jacques Rougerie nous livre une biographie passionnante d’Eugène Varlin, figure majeure des mouvements révolutionnaires du XIXe siècle et de la Commune de Paris en 1871.

Eugène Varlin (1839-1871) est l’une des personnalités les plus attachantes du mouvement ouvrier du XIXe siècle. Ouvrier relieur, il adhèra dès 1865 à l’Association internationale des travailleurs (1ère Internationale) au sein de laquelle il défendit contre la majorité le droit des femmes à travailler et à une rémunération juste. Il fut un militant infatigable, Jules Valès le décrivit ainsi : « Son activité était prodigieuse. Pendant des années, il se multiplia dans les associations ouvrières ; il fut l’âme de toutes les grèves, de toutes les manifestations. Son talent d’organisation se révéla dans toutes les créations auxquelles il prit part. » Ses dons de maître d’œuvre éclatèrent lors de la Commune où, au sein de la commission des finances, il coordonna le fonctionnement quotidien d’une ville assiégée de 2 millions d’habitants ! Défenseur de l’une des dernières barricades, arrêté, lynché, il fut fusillé le 28 mai 1871. Il avait 32 ans.
Ce livre n’est pas seulement une biographie classique, mais aussi la chronique du développement du mouvement des sociétés ouvrières des années 1860 qui doit tant à Varlin.
Pour aller plus loin sur cet ouvrage et sur Varlin, vous pouvez cliquer ici

Comme le score fut très serré entre les deux derniers finalistes (quatre tours pour départager), je rends également hommage au très bon ouvrage de Annie Lacroix-Riz dont vous trouverez une solide recension en cliquant ici

A cette occasion, je remercie également les éditeurs des ouvrages finalistes qui ont eu la gentillesse, l’hiver dernier, de m’adresser plusieurs exemplaires des ouvrages en lice pour les membres du jury.

Lancement de la 2ème édition du Prix Henri Guillemin (édition 2021)

Nous lançons ce jour le processus d’attribution du Prix Henri Guillemin 2021.
Comme pour cette première édition, nous sollicitons les adhérents de l’association ainsi que les abonnés pour nous proposer 1, 2 ou 3 ouvrages correspondants aux critères définis dans le règlement que vous pouvez retrouver en cliquant ici

Il convient de noter une modification concernant la période de référence pour la date de publication des ouvrages, modification proposée et acceptée par les membres du jury afin de renforcer le caractère « nouveautés » au niveau des dates de parution des ouvrages, critère important pour l’attribution du Prix.  
Cette période s’étale toujours sur 15 mois mais démarre dorénavant le 1er janvier 2020 et se termine le 31 mars 2021.

Participation des abonnés et des adhérents :

Cette démarche est inchangée. Dans le respect des critères définis dans le règlement énoncés plus haut et dans le cadre de la période de référence des dates de parution, chacun d’entre vous peut, s’il le souhaite, nous proposer entre 1 et 3 titres.
Vos propositions sont à adresser par e-mail à l’adresse de messagerie de notre site : administration@henriguillemin.org
Pour que tout soit complet, votre message devra renseigner les 4 points suivants :

-titre de l’ouvrage proposé
-prénom et nom de son auteur
-nom de l’éditeur
-votre commentaire indiquant les raisons de votre choix (facultatif)

Quand commencer à adresser les  propositions ?

A partir du 28 septembre 2020 et jusqu’au 31 mars 2021.  

Que se passe-t-il ensuite ?

Le 31 mars 2021, fin des remontées, une liste de finalistes sera établie par LAHG. Les membres du jury disposeront de plusieurs mois entre avril et fin août 2021 pour lire les ouvrages finalistes, et se réuniront en septembre pour désigner le lauréat. 

Colloque Henri Guillemin – ENS – 28 novembre 2020

Comme vous le savez, les conditions sanitaires nous ont contraints à mettre en vente (en ligne) seulement 50 % des sièges de la salle Dussane, soit 93 places.

Pour information, depuis l’ouverture des inscriptions le 15 septembre dernier, 26 participants se sont inscrits.

Pour vous inscrire au colloque, cliquez ici

Edouard Mangin
Président de LAHG

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Chemin de traverse n° 20 – Zeev Sternhell et le fascisme français

Zeev Sternhell (1935 – 2020) 

L’Histoire refoulée – La Rocque, les Croix de feu et le fascisme français
 

Zeev Sternhell est mort il y a quelques mois (il était né le 10 avril 1935 à Varsovie, il est mort à Jérusalem le 20 juin 2020). Les articles de presse et les hommages n’ont pas été légion. J’excepte l’excellent article d’Antoine Perraud paru sur Mediapart au lendemain de la mort de Zeev Sternhell, « l’historien qui a secoué la France comme un prunier fasciste. »

Pourtant l’oeuvre de cet historien des idées a été une des premières à remettre en cause le roman national français sur Vichy et la collaboration. Et cela fit quelque bruit tant, sur ces points, régnait une quasi unanimité : à droite comme à gauche, il semblait acquis que le régime de Vichy était un accident de parcours dans la belle histoire de la République française, fille des Lumières et championne des Droits de l’Homme.
En 1994, « François Mitterand refusait, encore, catégoriquement d’assumer, au nom de la République, les crimes de Vichy » (Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l’idéologie fasciste en France, Folio histoire, p.19).

La thèse de Sternhell est que le régime de Vichy n’est pas tombé du ciel, qu’il n’est pas la conséquence de la défaite, mais qu’il a été préparé, depuis la fin du dix-neuvième, par le travail d’intellectuels de renom – les Renan, les Taine, les Barrès, les Maurras et tant d’autres – qui ont développé une critique de la démocratie, du parlementarisme dénoncé comme le responsable de tous les maux, un nationalisme exacerbé qui, tout naturellement, si j’ose dire, débouchait sur une haine de l’étranger et tout particulièrement des Juifs.
Si la République a pu s’effondrer comme un château de cartes c’est que les esprits étaient préparés à accepter un pouvoir autoritaire à l’image de ce qui existait en Allemagne et en Italie, en Espagne et au Portugal.

Ni droite, ni gauche – l’idéologie fasciste en France – Folio histoire – 1088 pages – 15 €

Cette thèse a beaucoup de mal à passer face à la fiction que tant d’historiens continuent de seriner, à la suite de Siegfried et de René Rémond : « la France en guerre était à Londres, à Bir-Hakeim et dans le Vercors et son véritable visage était celui des fusillés du Mont Valérien, des soldats de la division Leclerc et des partisans des FFI. La collaboration, les lois raciales, la normalité de la vie tant à Vichy qu’à Paris, les compromis plus ou moins dignes avec l’occupation n’appartenaient pas véritablement à l’histoire nationale. Il fallait que l’effondrement de la République ne vienne pas de l’intérieur, mais que la démocratie fût assassinée par des forces de trahison conduites par un vieillard décrépit.»  (L’histoire refoulée, p.19)

Couverture – Editions du Cerf – 384 pages – 24 €

C’est dans cette perspective que les études sur le colonel de la Rocque réunies dans cet ouvrage sont passionnantes.
La doxa universitaire et majoritairement science-poteuse est à peu près unanime sur ce personnage – il a su regrouper autour de lui les anciens combattants, les rescapés de la tuerie de Verdun pour défendre leurs intérêts ; ils étaient nombreux à défiler, à porter des drapeaux et à exhiber des poitrines couvertes de médailles ; nombreux, très nombreux – le chiffre des adhérents Croix de feu approche du million – un mouvement de masse bien plus important que ce que les partis classiques pouvaient réunir.

Cela pourrait paraître anecdotique. Et pourtant quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que l’idéologie véhiculée par de la Rocque reprenait les thèmes essentiels de la pensée d’extrême droite, mâtinés d’une haine obsessionnelle des francs-maçons et d’un antisémitisme dissimulé sous la distinction entre les bons et les mauvais juifs. Loin de ce que l’on voudrait voir comme un conservatisme somme tout classique.

Le colonel François de La Rocque, président des Croix-de-feu, défilant sur l’Avenue Foch, le 14 juillet 1935. (Photo AFP)

« Les Croix de feu vont attirer comme un aimant des publics variés au sein de tous ceux qui attendent celui qui pourrait abattre la République parlementaire, mais par un discours qui ne se veut ni de droite ni de gauche, et qui ne prône pas le retour à des formules taxées d’anciennes tel le retour d’un Bonaparte ou d’un Bourbon. (Ce mouvement) dessine tout autant par un style d’action que par son programme, une solution nationale susceptible de faire face aux régimes autoritaires dont l’efficacité est saluée, à ceux d’Allemagne et d’Italie en particulier. » (Didier Leschi, La Rocque dans le champ politique du fascisme, p.143)

C’est lors des événements de 34 que les Croix de feu font preuve de leur efficacité – la violence ne leur fait pas peur. On reprochera à de La Rocque de n’avoir pas eu le courage de s’emparer d’un pouvoir qui était sur le point de vaciller. Il préfèrera, lorsque les ligues seront dissoutes créer un parti politique, le Parti Social Français.
Le programme du PSF ne se distingue en rien de celui des Croix de feu : remise en cause du suffrage universel et de l’idée parlementaire, création de corporations pour lutter contre les syndicats « rouges », réglementation de certaines professions pour que ne puissent y accéder les «étrangers » (lisez les Juifs), exclusion de l’administration des Francs-maçons.

Lors de la manifestation du 6 février 1934 à Paris. (Photo Albert Harlingue. Roger-Viollet)

Rien dans tout cela qui puisse justifier quelque critique que ce soit aux premières mesures prises par Pétain. Les Croix de feu se sont coulés comme dans un gant dans la politique de Vichy.
 « Famille, Travail, Patrie », le slogan pétainiste est celui des Croix de feu. Il s’agit bien d’un programme fasciste que Vichy appliquera dès le départ avec une détermination sans faille, allant au-devant des exigences de l’Allemagne.

Mais de La Rocque continuait de se dire « républicain » et cela visiblement suffit à le dédouaner aux yeux de nombreux historiens. Or, les études réunies dans ce livre montrent à l’envi la duplicité du discours de De la Rocque. S’il a fini par rejoindre la Résistance, en 1943, c’est par patriotisme anti-allemand, mais sans changer un iota de ses convictions profondes. Il sera déporté et mourra des conséquences de sa déportation.

Les travaux de Sternhell permettent de constater qu’une bonne partie des intellectuels vichyssois se sont très facilement recyclés dès la fin de la Guerre – ainsi en est-il du groupe d’Uriage ou de la Revue Esprit autour d’Emmanuel Mounier. 
« La raison fondamentale de l’effort lancé dans les premiers jours après la Libération pour laisser la place à l’oubli réside dans la grande banalité du vichysme. On ne pouvait raisonnablement pas demander des comptes à la grande masse des cadres de la société. »(Ni droite ni gauche, p.107).
Constat désabusé mais réaliste.

Les idées « refoulées » ont continué de circuler. Elles étaient, sous l’influence du PSN, le fond de commerce des tenants de l’Algérie française, dès les années 30, et ont joué par la suite le rôle que l’on sait.

Elles animent l’extrême-droite actuelle malgré des effets de maquillage qui ne devraient tromper personne – de La Rocque, aussi, était un champion de la dissimulation et de l’euphémisation de ses thèses principales pour ne pas effaroucher ceux qu’il voulait attirer dans ses filets.

S’il y a urgence à lire Sternhell c’est parce que « les idéologies qui ont fait le terreau de la catastrophe européenne de XX° siècle n’ont pas été enterrées pour toujours dans les ruines de Berlin ; elles font partie intégrante de notre culture et en période de graves difficultés, ou de crise si l’on veut, remontent rapidement à la surface.» (L’histoire refoulée, p.17).
La lepénisation des esprits n’est pas une simple formule journalistique.

Note de Patrick RÖDEL

Nos prochains rendez-vous

Mi-septembre :

Ouverture des inscriptions pour le colloque du 28 novembre à l’Ecole Normale Supérieure, rue d’Ulm 75005 Paris, sur le thème Enseignement de l’Histoire en péril – (Histoire politique, littéraire, économique). 
A cette occasion, le programme définitif sera mis en ligne.

26 septembre 2020 : 

Réunion du jury du Prix Henri Guillemin et choix du lauréat.

Lancement de la deuxième édition du Prix qui sera attribué en septembre 2021.

28 novembre 2020 :

Colloque Henri Guillemin à l’ENS.

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Bicentenaire de la Révolution : les turbulences de Guillemin

Portrait de Maximilien Robespierre – Musée Carnavalet.

En guise d’introduction 

Pour comprendre toute la portée de cet article/interview et saisir les raisons de la fougue de Henri Guillemin, il est nécessaire de rappeler le contexte de l’époque.
En 1988, la France commence les préparatifs de la célébration du bicentenaire de la Révolution. Après la réélection de François Mitterrand, le bicentenaire va se cumuler avec la réunion à Paris du G7, dont la France tient cette année-là la présidence. Une occasion historique pour que la Fête Nationale française soit médiatisée dans le monde entier.

Mais dans l’intelligentsia dominante, les thèses de François Furet réécrivent l’Histoire et triomphent ; elles sont relayées à satiété par les médias.
En ce qui concerne la Révolution, elles se résument à présenter 1789 comme une réforme générale nécessaire qui se déroulait pacifiquement quand une bande de sauvageons Montagnards a tout fait déraper à partir de début 1793.
Négation de la 2e révolution 1792 – 1794 décrite par Guillemin, négation de la prise de pouvoir des thermidoriens puisque, pour Furet, la Convention montagnarde n’est qu’une parenthèse, tellement minime qu’il convient de la laisser dans les oubliettes de l’Histoire.

C’est dans ce contexte intellectuel que la Fête du bicentenaire s’est déroulée. Pas question d’évoquer les avançées politiques de la Convention montagnarde, encore moins de prononcer le nom de Robespierre, et encore moins de mentionner son programme politique.
S’en suivit le barnum festif de Jean-Paul Goude sur les Champs Elysées.

Une sorte de « doxa impériale » régnait dans le domaine des idées, partout,  en littérature comme en histoire. Trente ans plus tard, la situation s’est empirée (ce nous verrons au colloque Guillemin du 28 novembre prochain  sur le thème : Enseignement de l’Histoire en péril – Histoire politique, littéraire, économique ).

« Révolution ! Ce mot que la pensée dominante voudrait bien effacer » écrivions-nous en inter titre d’une précédente newsletter de Patrick Rödel le 7 juillet 2017 – un succès auprès de notre lectorat. (pour la relire, c’est ici)

D’où une mise au point générale et énergique d’Henri Guillemin qui profita à plein de l’aubaine de cette interview pour remettre les choses à l’endroit, sur tous les sujets qui lui tenaient à coeur.
Il fallait effectivement réagir. Ce que fit Guillemin.

A l’époque, les mises au point énergiques de ce genre, quand elles eurent lieu, rencontrèrent les plus grandes difficultés pour être relayées par les médias. (et aujourd’hui donc !)

Merci donc à Patrick Berthomeau d’avoir fait en sorte que le journal Sud-Ouest publiât cette mise au point salutaire.

L’article ci-dessous est la retranscription fidèle de l’article paru le 10/01/1988 dans le journal Sud-Ouest à partir de l’original, textes et intertitres compris. L’ensemble figure en bleu.

 

L’article/interview d’Henri Guillemin

 
Napoléon, Robespierre et les autres…

Les turbulences d’Henri Guillemin

Amateurs d’inédits, voyez Henri Guillemin. Il a toujours quelques surprises à agiter. Robespierre lui-même n’en revient pas. Et il s’en tire bien !

Le bicentenaire de la Révolution approchant, comités et associations phosphorent. Ici et là on exhume le souvenir de modestes rédacteurs de cahiers de doléances et l’on s’apprête à ressusciter d’obscurs députés. Et j’imagine qu’à Arras, plus qu’ailleurs on se torture les méninges : que faire de ce foutu Robespierre ? Si le personnage est inévitable, quelle réputation !

L’homme de la Terreur, le grand pourvoyeur de la guillotine, celui qui expédia la reine à l’échafaud ! On cherche en vain les hommes politiques se réclamant de sa pensée. Et si les héros vrais ou supposés de la Révolution française ont beaucoup donné pour nos rues et nos places, le nom de Robespierre, lui, reste prudemment confiné dans les livres d’histoire et les traités de science politique. Définitivement catalogué comme mauvais génie de la Révolution – avec son compère Saint-Just – il n’a droit qu’au placard de l’Histoire.
Mais enfin, Henri Guillemin vint !

Ce n’est pas sur lui qu’il faut compter pour amener de l’eau au moulin des idées reçues historiques ou littéraires. Depuis cinquante ans il prend plaisir à écorcher les statues les mieux polies, à écorner les légendes les plus parfaites et à lacérer les portraits les plus amoureusement retouchés.
Lorsque le choeur extasié des académies se met à chanter la louange de Vigny, « le grand poète du destin et de la tragédie humaine », on entend sous les zim-boum-boum gronder la voix de Guillemin : « Une belle figure de salaud, oui ! Un délateur. »

« Napoléon? Ce voyou, ce racketteur! »

Et quand le culte napoléonien déchaîne ses fastes consensuels, Guillemin se met à hurler : « Al Napone ? Ce voyou, ce racketteur qui fit des conscrits ses hommes de mains et de la France une proie secondaire après l’écroulement de son rêve d’un Empire d’Orient ? »
On pourrait en aligner d’autres : Benjamin Constant, Madame de Staël, Voltaire et les encyclopédistes. Même Péguy pour qui il avoue quelque tendresse n’échappe pas à la volée de bois vert.

C’est clair : Henri Guillemin ne confond pas biographie et hagiographie et s’il attache tant d’importance aux documents c’est qu’il n’a pas son pareil pour découvrir ce que d’autres n’avaient pas vu ou pas voulu voir.
Son travail sur Robespierre n’échappe pas à cette règle.

Il ne fait pas de Maximilien une figure de vitrail, loin s’en faut, et il avoue même que la complexité du personnage le laisse perplexe. Mais lui qui sait ce qu’aversion veut dire, cherche à comprendre pourquoi Robespierre suscita tant de haine chez les historiens et particulièrement chez Michelet.

La réponse n’est pas la Terreur et ses quatorze mille morts. Elle est plus profonde, politique et religieuse. Dune part, le député d’Arras ne veut pas d’une Révolution accaparée par les riches et les possédants mais rêve d’une cité pour tous les hommes; d’autre part s’il lutte contre l’Eglise en tant que force politique et sociale, il reste un mystique, profondément convaincu de la présence divine.
En somme, ce qui fut fatal à Robespierre et à sa réputation, ce n’est pas la guillotine dressée
place de la Révolution mais la fête de l’Etre suprême organisée au Champ de Mars le 20 prairial de l’an II (8 juin 1794). Un mois et demi plus tard venait thermidor…

Pour ce politique presque naïf, tourmenté et assoiffé de pureté, Henri Guillemin a même déniché une épitaphe empruntée au docteur Magiot, un personnage des « Comédiens» de Graham Greene : « J’aimerais mieux avoir du sang sur les mains que l’eau de la cuvette de Ponce Pilate. »

Ce Robespierre échappant aux clichés qui nous tiennent généralement lieu de vision historique est le dernier en date des « coups » d’Henri Guillemin.
Il en a surpris plus d’un.
Pourtant, depuis le temps qu’il pratique ce genre d’exercice, traquant dans
les textes et les documents ce qui fait l’humanité de gens à qui l’Histoire a taillé des habits parfois trop beaux et trop grands, nous devrions être habitués.
Nous ne le sommes pas tout à fait.

Si Henri Guillemin occupe aujourd’hui une place unique dans le paysage intellectuel, ce n’est pas seulement parce qu’il adore balancer des pétards sous les fauteuils où certains de ses collègues somnolent confortablement. La provocation est un art banal. Ce qui l’est moins c’est ce qui fait de Guillemin un écrivain singulier.

Alors que son travail de recherches et d’exposition de documents pourrait être d’une absolue sécheresse, il devient sous sa plume celui d’un archiviste lyrique, faisant passer dans son écriture la violence de regard.

Les premières lignes de son « Péguy » sont à cet égard significatives : « Péguy l’immuable, proclame un zélateur. Si j’étais moins docile aux convenances et moins respectueux du style noble, je murmurerais : marrant ! » Et ce simple mot, marrant, annonce cinq cents pages où l’affliction le dispute à l’indignation.

C’est dans la Suisse réputée paisible que vit depuis quarante-cinq ans ce casseur de réputation cet empêcheur d’admirer en rond. A Neuchâtel, à deux pas du lac, dans le quartier universitaire, il occupe le premier étage d’une maison grise. Il s’est posé là avec femme et enfants en 1942.
Il arrivait de Bordeaux. Le cours du temps l’avait contraint à abandonner la chaire de littérature comparée qu’il occupait à la faculté des lettres depuis 1938.
Il laissait ses étudiants orphelins, et ils en témoignent encore : ils étaient littéralement suspendus à la parole de ce prof d’un modèle peu courant, capable de transformer ses cours en bataille d’« Hernani » et de faire se pâmer les jeunes filles rien qu’en évoquant la mort de Rimbaud.
Ce conférencier plus que brillant qui parlait sans notes et dont la voix portait l’émotion leur apprenait, au-delà de la littérature, une façon d’être et de regarder le monde.

Ami de Mauriac et de Maurice Chevalier

A 85 ans, il n’a rien perdu de son besoin de convaincre et il est toujours prêt à s’emporter.
Séquelle
d’une tuberculose vieille de soixante ans, il a le souffle court ; la voix légèrement cassée suit ce rythme imposé et l’expression n’en est que plus percutante. Derrière les gros verres de myope, le regard brille et s’amuse sans arrêt ; les mains toujours en mouvement semblent se saisir des idées pour mieux les pousser en avant ou les étrangler.
Henri Guillemin parle comme il écrit, en s’y mettant tout entier.

Alors, sous les dessins de Victor Hugo, le portrait de Marc Sangnier, les photos des enfants et des petits enfants qui ornent le salon où il reçoit ses visiteurs, au fil de la conversation, il étrille les uns et célèbre Lamartine, Hugo, Jaurès ou Lucien Herr…

Il parle aussi de l’Eglise à laquelle il reste fidèle malgré tout et se définit d’un joli mot : « Je suis un catholique sélectif. »

Il évoque son amitié de plus de quarante ans avec François Mauriac ; elle connut bien des orages mais jamais ne se démentit.
Claudel traverse à son tour la pièce ; le patriarche de Brangues reçut avec méfiance ce M. Guillemin qui avait l’intention de faire une conférence sur lui mais bientôt entra dans la voie des confidences.

Plus surprenantes encore ses relations avec Maurice Chevalier.
Henri Guillemin avait fait la connaissance du chanteur à l’occasion d’un séjour que celui-ci avait fait à Davos après la guerre. Leurs planètes respectives étaient fort éloignées l’une de l’autre : leur curiosité — partagée — n’en fut que plus grande. Toujours est-il que Chevalier ne manquait pas à Paris les conférences de Guillemin et qu’il lui prodigua même quelques conseils pour bien se tenir en scène…

Tel est le vieil oncle impossible de la famille littéraire. Les aînés, bien obligés de l’inviter à partager le repas, le surveillent avec anxiété. Mais, en bout de table, les petits neveux guettent avec gourmandise les éclats de cet ogre aimable, capable de bouffer tout cru tant de gens fameux qui n’étaient peut-être pas aussi estimables qu’on avait bien voulu le leur apprendre.

Pour aller plus loin avec Guillemin

Fête Nationale oblige, sont ici rappelés les ouvrages et événements autour de la Révolution française en général et de Robespierre en particulier.

Editions Utovie – 280 pages – 26 € (pour en savoir plus, cliquez ici)

Editions Utovie – 130 pages – 14 € (pour en savoir plus, cliquez ici)

Editions Utovie – 432 pages – 32 € (pour en savoir plus, cliquez ici)

Editions Utovie – 182 pages – 18 € (pour en savoir plus, cliquez ici)

Pour revoir les vidéos du colloque du 26 octobre 2013 sur le thème : Henri Guillemin et la Révolution française – le moment Robespierre cliquez ici

Pour voir l’article original de Patrick Berthomeau paru dans le journal Sud Ouest du 10 janvier 1988, cliquez ici

Pour aller plus près

Comme chaque année à cette période de vacances, nous interrompons nos travaux. Ils reprendront dans les tous prochains jours de septembre (une newsletter est déjà en préparation).

Nous serons alors à trois mois du colloque Guillemin à l’Ecole Normale Supérieure.

D’ici là, nous vous souhaitons un bel été et de très bonnes vacances.

Note composée par Edouard Mangin

Demolition de la Bastille – estampe éditée par Basset – 1789 – Gallica/BnF