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Le lauréat du Prix Henri Guillemin 2020

Le lauréat du Prix Henri Guillemin 2020

Comme prévu, le jury du Prix Henri Guillemin s’est réuni le 26 septembre à Paris pour examiner les 8 ouvrages finalistes qui avaient été sélectionnés en janvier 2020, à savoir : 

Grey Anderson
La Guerre civile en France, 1958-62 : Du coup d’état gaulliste à la fin de l’OAS
Ed. La Fabrique

Yannick Bosc
Le Peuple Souverain et Sa Représentation – Politique de Robespierre
Ed. Crtiques

Michaël Foessel
Récidive : 1938
Ed. PUF

Ludovic Frobert
Des Républicains ou le roman vrai des Raspail
Ed. Libel

Annie Lacroix-Riz
La non-épuration en France – De 1943 aux années 1950
Ed. Armand Colin

Gérard Noiriel
Le venin dans la plume
Ed. La Découverte

Jacques Rougerie
Eugène Varlin – Aux origines du mouvement ouvrier
Ed. Du détour

Nicolas Senèze
Comment l’Amerique veut changer de Pape
Ed. Bayard

Après avoir examiné l’un après l’autre chacun des huit ouvrages finalistes, le jury s’est mis d’accord pour éliminer quatre titres et retenir les titres suivants : 

Grey Anderson : La Guerre civile en France, 1958-62 : Du coup d’état gaulliste à la fin de l’OAS

Annie Lacroix-Riz : La non-épuration en France – De 1943 aux années 1950

Jacques Rougerie : Eugène Varlin – Aux origines du mouvement ouvrier

Nicolas Senèze : Comment l’Amerique veut changer de Pape

Au deuxième tour, le vote à bulletins secrets à sélectionné deux titres : L’ouvrage de Annie Lacroix-Riz et celui de Jacques Rougerie.

Un troisième tour n’a pas permis le départage, chacun des ouvrages ayant recueilli quatre voix. 

Enfin, après d’ultimes échanges au sein du jury, le quatrième tour a désigné, à une voix de majorité, l’ouvrage : 

Eugène Varlin – Aux origines du mouvement ouvrier
de Jacques Rougerie
Premier lauréat du Prix Henri Guillemin.

Jacques Rougerie 

Historien, Jacques Rougerie (né en 1932) est spécialiste de la Commune de Paris, il en a renouvelé l’histoire en profondeur. Il a publié de nombreux ouvrages sur le sujet : La Commune et les Communards (éd.Folio, rééd. 2018), Paris libre 1871, (rééd. Point 2014), Paris insurgé : la Commune de 1871, (Découvertes Gallimard, rééd. 2012), La commune de 1871, (« Que sais-je ? », Puf, rééd. 2014).

Au nom de l’association, j’adresse à Jacques Rougerie toutes mes félicitations pour cet ouvrage qui vient compléter une oeuvre très importante consacrée à la Commune.

Dans cet ouvrage, Jacques Rougerie nous livre une biographie passionnante d’Eugène Varlin, figure majeure des mouvements révolutionnaires du XIXe siècle et de la Commune de Paris en 1871.

Eugène Varlin (1839-1871) est l’une des personnalités les plus attachantes du mouvement ouvrier du XIXe siècle. Ouvrier relieur, il adhèra dès 1865 à l’Association internationale des travailleurs (1ère Internationale) au sein de laquelle il défendit contre la majorité le droit des femmes à travailler et à une rémunération juste. Il fut un militant infatigable, Jules Valès le décrivit ainsi : « Son activité était prodigieuse. Pendant des années, il se multiplia dans les associations ouvrières ; il fut l’âme de toutes les grèves, de toutes les manifestations. Son talent d’organisation se révéla dans toutes les créations auxquelles il prit part. » Ses dons de maître d’œuvre éclatèrent lors de la Commune où, au sein de la commission des finances, il coordonna le fonctionnement quotidien d’une ville assiégée de 2 millions d’habitants ! Défenseur de l’une des dernières barricades, arrêté, lynché, il fut fusillé le 28 mai 1871. Il avait 32 ans.
Ce livre n’est pas seulement une biographie classique, mais aussi la chronique du développement du mouvement des sociétés ouvrières des années 1860 qui doit tant à Varlin.
Pour aller plus loin sur cet ouvrage et sur Varlin, vous pouvez cliquer ici

Comme le score fut très serré entre les deux derniers finalistes (quatre tours pour départager), je rends également hommage au très bon ouvrage de Annie Lacroix-Riz dont vous trouverez une solide recension en cliquant ici

A cette occasion, je remercie également les éditeurs des ouvrages finalistes qui ont eu la gentillesse, l’hiver dernier, de m’adresser plusieurs exemplaires des ouvrages en lice pour les membres du jury.

Lancement de la 2ème édition du Prix Henri Guillemin (édition 2021)

Nous lançons ce jour le processus d’attribution du Prix Henri Guillemin 2021.
Comme pour cette première édition, nous sollicitons les adhérents de l’association ainsi que les abonnés pour nous proposer 1, 2 ou 3 ouvrages correspondants aux critères définis dans le règlement que vous pouvez retrouver en cliquant ici

Il convient de noter une modification concernant la période de référence pour la date de publication des ouvrages, modification proposée et acceptée par les membres du jury afin de renforcer le caractère « nouveautés » au niveau des dates de parution des ouvrages, critère important pour l’attribution du Prix.  
Cette période s’étale toujours sur 15 mois mais démarre dorénavant le 1er janvier 2020 et se termine le 31 mars 2021.

Participation des abonnés et des adhérents :

Cette démarche est inchangée. Dans le respect des critères définis dans le règlement énoncés plus haut et dans le cadre de la période de référence des dates de parution, chacun d’entre vous peut, s’il le souhaite, nous proposer entre 1 et 3 titres.
Vos propositions sont à adresser par e-mail à l’adresse de messagerie de notre site : administration@henriguillemin.org
Pour que tout soit complet, votre message devra renseigner les 4 points suivants :

-titre de l’ouvrage proposé
-prénom et nom de son auteur
-nom de l’éditeur
-votre commentaire indiquant les raisons de votre choix (facultatif)

Quand commencer à adresser les  propositions ?

A partir du 28 septembre 2020 et jusqu’au 31 mars 2021.  

Que se passe-t-il ensuite ?

Le 31 mars 2021, fin des remontées, une liste de finalistes sera établie par LAHG. Les membres du jury disposeront de plusieurs mois entre avril et fin août 2021 pour lire les ouvrages finalistes, et se réuniront en septembre pour désigner le lauréat. 

Colloque Henri Guillemin – ENS – 28 novembre 2020

Comme vous le savez, les conditions sanitaires nous ont contraints à mettre en vente (en ligne) seulement 50 % des sièges de la salle Dussane, soit 93 places.

Pour information, depuis l’ouverture des inscriptions le 15 septembre dernier, 26 participants se sont inscrits.

Pour vous inscrire au colloque, cliquez ici

Edouard Mangin
Président de LAHG

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Livres

Chemin de traverse n° 20 – Zeev Sternhell et le fascisme français

Zeev Sternhell (1935 – 2020) 

L’Histoire refoulée – La Rocque, les Croix de feu et le fascisme français
 

Zeev Sternhell est mort il y a quelques mois (il était né le 10 avril 1935 à Varsovie, il est mort à Jérusalem le 20 juin 2020). Les articles de presse et les hommages n’ont pas été légion. J’excepte l’excellent article d’Antoine Perraud paru sur Mediapart au lendemain de la mort de Zeev Sternhell, « l’historien qui a secoué la France comme un prunier fasciste. »

Pourtant l’oeuvre de cet historien des idées a été une des premières à remettre en cause le roman national français sur Vichy et la collaboration. Et cela fit quelque bruit tant, sur ces points, régnait une quasi unanimité : à droite comme à gauche, il semblait acquis que le régime de Vichy était un accident de parcours dans la belle histoire de la République française, fille des Lumières et championne des Droits de l’Homme.
En 1994, « François Mitterand refusait, encore, catégoriquement d’assumer, au nom de la République, les crimes de Vichy » (Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l’idéologie fasciste en France, Folio histoire, p.19).

La thèse de Sternhell est que le régime de Vichy n’est pas tombé du ciel, qu’il n’est pas la conséquence de la défaite, mais qu’il a été préparé, depuis la fin du dix-neuvième, par le travail d’intellectuels de renom – les Renan, les Taine, les Barrès, les Maurras et tant d’autres – qui ont développé une critique de la démocratie, du parlementarisme dénoncé comme le responsable de tous les maux, un nationalisme exacerbé qui, tout naturellement, si j’ose dire, débouchait sur une haine de l’étranger et tout particulièrement des Juifs.
Si la République a pu s’effondrer comme un château de cartes c’est que les esprits étaient préparés à accepter un pouvoir autoritaire à l’image de ce qui existait en Allemagne et en Italie, en Espagne et au Portugal.

Ni droite, ni gauche – l’idéologie fasciste en France – Folio histoire – 1088 pages – 15 €

Cette thèse a beaucoup de mal à passer face à la fiction que tant d’historiens continuent de seriner, à la suite de Siegfried et de René Rémond : « la France en guerre était à Londres, à Bir-Hakeim et dans le Vercors et son véritable visage était celui des fusillés du Mont Valérien, des soldats de la division Leclerc et des partisans des FFI. La collaboration, les lois raciales, la normalité de la vie tant à Vichy qu’à Paris, les compromis plus ou moins dignes avec l’occupation n’appartenaient pas véritablement à l’histoire nationale. Il fallait que l’effondrement de la République ne vienne pas de l’intérieur, mais que la démocratie fût assassinée par des forces de trahison conduites par un vieillard décrépit.»  (L’histoire refoulée, p.19)

Couverture – Editions du Cerf – 384 pages – 24 €

C’est dans cette perspective que les études sur le colonel de la Rocque réunies dans cet ouvrage sont passionnantes.
La doxa universitaire et majoritairement science-poteuse est à peu près unanime sur ce personnage – il a su regrouper autour de lui les anciens combattants, les rescapés de la tuerie de Verdun pour défendre leurs intérêts ; ils étaient nombreux à défiler, à porter des drapeaux et à exhiber des poitrines couvertes de médailles ; nombreux, très nombreux – le chiffre des adhérents Croix de feu approche du million – un mouvement de masse bien plus important que ce que les partis classiques pouvaient réunir.

Cela pourrait paraître anecdotique. Et pourtant quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que l’idéologie véhiculée par de la Rocque reprenait les thèmes essentiels de la pensée d’extrême droite, mâtinés d’une haine obsessionnelle des francs-maçons et d’un antisémitisme dissimulé sous la distinction entre les bons et les mauvais juifs. Loin de ce que l’on voudrait voir comme un conservatisme somme tout classique.

Le colonel François de La Rocque, président des Croix-de-feu, défilant sur l’Avenue Foch, le 14 juillet 1935. (Photo AFP)

« Les Croix de feu vont attirer comme un aimant des publics variés au sein de tous ceux qui attendent celui qui pourrait abattre la République parlementaire, mais par un discours qui ne se veut ni de droite ni de gauche, et qui ne prône pas le retour à des formules taxées d’anciennes tel le retour d’un Bonaparte ou d’un Bourbon. (Ce mouvement) dessine tout autant par un style d’action que par son programme, une solution nationale susceptible de faire face aux régimes autoritaires dont l’efficacité est saluée, à ceux d’Allemagne et d’Italie en particulier. » (Didier Leschi, La Rocque dans le champ politique du fascisme, p.143)

C’est lors des événements de 34 que les Croix de feu font preuve de leur efficacité – la violence ne leur fait pas peur. On reprochera à de La Rocque de n’avoir pas eu le courage de s’emparer d’un pouvoir qui était sur le point de vaciller. Il préfèrera, lorsque les ligues seront dissoutes créer un parti politique, le Parti Social Français.
Le programme du PSF ne se distingue en rien de celui des Croix de feu : remise en cause du suffrage universel et de l’idée parlementaire, création de corporations pour lutter contre les syndicats « rouges », réglementation de certaines professions pour que ne puissent y accéder les «étrangers » (lisez les Juifs), exclusion de l’administration des Francs-maçons.

Lors de la manifestation du 6 février 1934 à Paris. (Photo Albert Harlingue. Roger-Viollet)

Rien dans tout cela qui puisse justifier quelque critique que ce soit aux premières mesures prises par Pétain. Les Croix de feu se sont coulés comme dans un gant dans la politique de Vichy.
 « Famille, Travail, Patrie », le slogan pétainiste est celui des Croix de feu. Il s’agit bien d’un programme fasciste que Vichy appliquera dès le départ avec une détermination sans faille, allant au-devant des exigences de l’Allemagne.

Mais de La Rocque continuait de se dire « républicain » et cela visiblement suffit à le dédouaner aux yeux de nombreux historiens. Or, les études réunies dans ce livre montrent à l’envi la duplicité du discours de De la Rocque. S’il a fini par rejoindre la Résistance, en 1943, c’est par patriotisme anti-allemand, mais sans changer un iota de ses convictions profondes. Il sera déporté et mourra des conséquences de sa déportation.

Les travaux de Sternhell permettent de constater qu’une bonne partie des intellectuels vichyssois se sont très facilement recyclés dès la fin de la Guerre – ainsi en est-il du groupe d’Uriage ou de la Revue Esprit autour d’Emmanuel Mounier. 
« La raison fondamentale de l’effort lancé dans les premiers jours après la Libération pour laisser la place à l’oubli réside dans la grande banalité du vichysme. On ne pouvait raisonnablement pas demander des comptes à la grande masse des cadres de la société. »(Ni droite ni gauche, p.107).
Constat désabusé mais réaliste.

Les idées « refoulées » ont continué de circuler. Elles étaient, sous l’influence du PSN, le fond de commerce des tenants de l’Algérie française, dès les années 30, et ont joué par la suite le rôle que l’on sait.

Elles animent l’extrême-droite actuelle malgré des effets de maquillage qui ne devraient tromper personne – de La Rocque, aussi, était un champion de la dissimulation et de l’euphémisation de ses thèses principales pour ne pas effaroucher ceux qu’il voulait attirer dans ses filets.

S’il y a urgence à lire Sternhell c’est parce que « les idéologies qui ont fait le terreau de la catastrophe européenne de XX° siècle n’ont pas été enterrées pour toujours dans les ruines de Berlin ; elles font partie intégrante de notre culture et en période de graves difficultés, ou de crise si l’on veut, remontent rapidement à la surface.» (L’histoire refoulée, p.17).
La lepénisation des esprits n’est pas une simple formule journalistique.

Note de Patrick RÖDEL

Nos prochains rendez-vous

Mi-septembre :

Ouverture des inscriptions pour le colloque du 28 novembre à l’Ecole Normale Supérieure, rue d’Ulm 75005 Paris, sur le thème Enseignement de l’Histoire en péril – (Histoire politique, littéraire, économique). 
A cette occasion, le programme définitif sera mis en ligne.

26 septembre 2020 : 

Réunion du jury du Prix Henri Guillemin et choix du lauréat.

Lancement de la deuxième édition du Prix qui sera attribué en septembre 2021.

28 novembre 2020 :

Colloque Henri Guillemin à l’ENS.