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Chemin de traverse n°12 – Une histoire populaire de la France

Le peuple

Croire à l’Histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole – Simone Weil

Introduction

Henri Guillemin emploie cette citation de la philosophe Simone Weil en ouverture de son cycle de 13 conférences vidéo sur la Commune. Il montre en effet, de façon on ne peut plus claire, l’ampleur des mensonges de l’histoire officielle, celle des Versaillais et leurs suivants pendant des années.

Une citation qui vient à l’esprit à propos du dernier ouvrage de l’historien Gérard Noiriel : Une histoire populaire de la France : de la guerre de Cent Ans à nos jours (éditions Agone – 830 pages – 28€).

Issu d’un milieu très modeste, Gérard Noiriel a construit sa carrière échelon par échelon, d’un poste d’instituteur au départ, à l’agrégation d’histoire et la fonction de directeur d’études à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales) aujourd’hui.

Très impliqué dans les années soixante-dix dans le militantisme et le syndicalisme lié au marxisme, il s’ouvre aux sciences sociales, découvre notamment les recherches de Pierre Bourdieu et oriente ses travaux dans le domaine des relations entre histoire et sociologie, un courant appelé socio histoire.

En tant qu’historien, il s’est spécialisé dans l’histoire de l’immigration en France, le racisme, l’histoire de la classe ouvrière et dans les questions interdisciplinaires et épistémologiques en histoire .




Il y a une dizaine d’années, l’éditeur Agone, qui avait publié en 2002 la traduction française du chef d’oeuvre de Howard Zinn Une histoire populaire des États-Unis, propose à Gérard Noiriel de réaliser le même travail pour la France. Il s’agit de faire une histoire par le bas, donner la parole aux vaincus.
Mais si l’éditeur a choisi de présenter les deux ouvrages comme un diptyque, jusqu’aux belles photos de couverture, les deux livres, comme on le lira dans la recension de Patrick Rödel, sont différents.

Zinn produit une très claire et efficace grille de lecture critique du modèle politique américain, de son organisation et de son fonctionnement immuable depuis les Pilgrim Fathers du début du XVIIe siècle.
Noiriel s’intéresse à l’évolution historique des rapports de domination en utilisant la notion de « populaire » au-delà des seules classes populaires. Il abandonne le seul point de vue des dominés pour mieux comprendre comment les milieux populaires ont contribué au progrès social depuis la fin du Moyen Age, pour ainsi comprendre la diversité résultante de la France d’aujourd’hui.

Le mouvement des « gilets jaunes » étant survenu juste après la publication de son livre, Gérard Noiriel ne pouvait éviter d’en parler lors de son lancement.
Dans plusieurs interviews, il indique que le mouvement populaire des « gilets jaunes » tient plus des sans-culottes et des communards que du poujadisme ou des jacqueries, et replace la question sociale au centre du jeu politique.

La recension de Patrick Rödel

Gérard Noiriel part de cette évidence que l’histoire est écrite par les vainqueurs et qu’en sont absents ceux qui, n’ayant pas accès au savoir et, plus particulièrement, à l’écriture, n’ont pas ou peu laissé de traces de leur passage sur terre.
Les progrès de l’historiographie et l’urgence ressentie, par certains du moins, de changer de point de vue et de donner la parole à ceux qui ne l’ont guère eue a donné naissance à l’ouvrage passionnant d’ Howard Zinn, Une Histoire populaire des Etats-Unis. De 1492 à nos jours.
Noiriel donne à son tour une Histoire populaire de la France. De la Guerre de Cent Ans à nos jours.
Beau projet.

Il est évident que le manque d’instruction, l’illettrisme de la partie la plus misérable du pays interdisent que l’on ait, pendant très longtemps, des témoignages sur ce que fut la vie de ces hommes et de ces femmes.
Tout au plus connaissons-nous les noms qui furent donnés à ceux qui se révoltèrent contre la précarité de leur existence que le moindre imprévu menaçait. « Croquants » du Périgord, « Bonnets rouges » en Bretagne, « pitauds » de Guyenne, « rustauds » en Alsace.

Dans les premiers chapitres, ce sont souvent les détails, les micro-histoires qui retiennent l’attention plus que la vision nécessairement assez cavalière du déroulement historique.
On a souvent envie de dire à Noiriel qu’on sait tout çà depuis longtemps.
Plus on avance dans le temps, plus la lente diffusion de l’écriture jusqu’aux couches les plus basses de la population (et c’est un besoin inhérent au développement du capitalisme lui-même), plus s’étoffent et se précisent les analyses.

Je ne peux en retenir que quelques-unes, dans le désordre, en souhaitant que ce parcours à saute-moutons donnera envie à ceux qui me liront de se plonger dans ce livre.

Noiriel revient souvent sur le mépris à l’égard des paysans, vus comme des sauvages, des barbares incultes, qui court pendant des siècles chez les intellectuels urbains. Et même chez Marx où ils apparaissent comme une masse manipulable par le curé du coin et ces messieurs du château.

C’est un lieu commun que de s’étonner du soutien que les paysans apportent à Napoléon III ; pourtant, montre Noiriel, s’ils le font, ce n’est pas par un obscurantisme rédhibitoire, mais parce que la politique menée par l’Empereur va dans le sens de leurs intérêts : moins d’impôts, défense de la petite propriété et de la complémentarité entre les activités industrielles et les activités agricoles qui est la norme en cette époque où la concentration de la production industrielle dans d’immenses usines n’est pas encore effective.

Ce qu’on appelle le vagabondage – tableau d’Alfred Stevens (1823-1906) – 1854 – Huile sur toile (H. 130 ; L. 165 cm) – © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay)

Noiriel souligne également la hantise des classes possédantes, bien « installées », du vagabondage auquel les paysans sont soumis par la nécessité de chercher ailleurs le travail qu’ils ne trouvent pas dans leur coin ou de meilleures conditions de vie. (Cf dans les livres de la comtesse de Ségur, le personnage du « chemineau », celui qui erre sur les chemins).

Je retiens aussi qu’il n’y a aucune idéalisation de la « classe ouvrière ». Il montre (c’est un de ses sujets de recherche privilégiés que celui des migrations) les manifestations d’hostilité des ouvriers à l’égard des étrangers, toujours ressentis comme des concurrents sur le marché de l’emploi.
Les migrations n’ont jamais cessé – elles sont d’abord des phénomènes localisés à l’intérieur de ce qu’on n’appelle pas encore le territoire national, d’une région à l’autre ; des phénomènes dûs à l’inexistence ou à la porosité des frontières.
L’immigration ne devient un « problème » qu’à la fin du XIXème siècle, à l’époque de la Grande Dépression.

Noiriel note aussi la nécessité dans laquelle se trouvent les grands industriels d’embaucher de la main d’oeuvre en provenance des colonies et le cynisme avec lequel ils utilisent cette main d’oeuvre taillable et corvéable à merci qu’ils renvoient en masse quand ils n’en ont plus besoin.
La situation que nous vivons aujourd’hui ne date, de toute évidence, pas d’hier.


Tonkinois travaillant à la cueillette dans les jardins de Trianon, Versailles
Photo © Albert Harkingue / Roger Viollet

Des thèmes politiques forts courent à travers le livre.
Au premier plan, l’opposition toujours réactivée entre les partisans de l’action directe et ceux du régime représentatif. Et le tour de passe-passe qui fait que, dans les luttes qui opposent entre elles les différentes composantes de la classe dominante, le « peuple » est utilisé comme force d’appoint mais immédiatement désarmé et renvoyé à son inexistence politique, une fois les conflits entre bourgeois réglés au bénéfice du plus fort.

Dans la vision jacobine de la « nation », chaque citoyen peut être à la fois représenté et représentant. Bien beau tout ça, mais cela reste au niveau des principes.
« Chaque citoyen a été vu comme le représentant de sa nation, ce qui a alimenté une suspicion constante à l’égard des immigrés étrangers. » (p.550)
En temps de guerre on les accuse fréquemment d’être des espions ; en temps de paix, on établit des distinctions entre ces immigrés selon leur degré de proximité supposé avec « nos » valeurs fondamentales. (Cf tous les discours sur les musulmans).

Guerre 1914-1918. « Les travailleurs coloniaux et étrangers dans nos
manufactures de guerre – région de Lyon ». Sénégalais chargeant les obus. Photographie parue dans le journal Excelsior du dimanche 17/09/1916.
© Piston / Excelsior / Roger-Viollet

De toute manière, on sait, depuis les Pères fondateurs de la constitution américaine, qu’il ne faut surtout pas que le représentant ressemble trop au représenté. Manière efficace d’éloigner de la représentation, dite toujours nationale, une bonne partie de la population – au prétexte qu’ils sont pauvres, qu’ils ne sont pas instruits, etc.

Je retiens aussi de ce parcours la constante des arguments de la droite, sous quelque oripeau qu’elle dissimule son attachement viscéral à la propriété, contre toute forme de justice sociale : la dénonciation de la pression fiscale (oh ! l’horrible impôt sur le revenu…), des lois sociales, arrachées de longue lutte par les travailleurs, qui brident la liberté d’entreprendre, du nombre toujours trop élevé de fonctionnaires…

J’aime que Noiriel apporte une attention toute particulière à l’apparition de certains mots, au contexte qui leur donne naissance, à l’avenir qui sera le leur.
Comme le mot « grève » qui désignait, au départ, le fait de chercher un emploi (à Paris, place de Grève, où se réunissaient les ouvriers qui attendaient l’embauche) avant de désigner, à partir de 1848, le fait de cesser le travail pour faire pression sur le patron et obtenir une amélioration des conditions de travail.
Ce qu’on appelait, au XVIIIème siècle, une « cabale » – le mot qui avait le sens de complot contre une pièce de théâtre s’était par extension spécialisé pour désigner une entreprise malveillante à l’égard de quelqu’un.

J’aime aussi que Noiriel rompe avec « l’objectivité » revendiquée par l’idéologie historisante en faisant appel à ses expériences d’enfant issu des classes populaires, confronté à la violence de son environnement et « sauvé » par l’institution scolaire.

Enfin, je ne peux que me réjouir de voir Noiriel citer Henri Guillemin dans sa bibliographie. C’est à propos de la Commune.
Il aurait pu le citer également à propos de 1848 – ce qui lui aurait permis de ne pas passer Lamartine sous silence.

Patrick Rödel

Grand monochrome jaune – tableau de Daniel Mangin – 2015 – (97 x 162 cm)
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Guillemin chrétien

Guillemin chrétien : des nouvelles de Mâcon

Les activités de LAHG, depuis sa fondation fin 2015, se sont largement concentrées autour de l’activité et de la pensée d’Henri Guillemin comme historien :
la Révolution, la Commune, 1940 en ont été des points forts, et notre site lui-même a proposé, à travers les lettres d’information adressées aux abonnés depuis trois ans, un grand nombre de sujets politiques, au sens large.

Mais nul n’ignore que montrer seulement en Guillemin un homme degauche opposé aux dominants, c’est négliger le fait que lui-même se voulait à la fois homme de gauche et chrétien : chrétien, en effet, plutôt que catholique, car autant l’institution romaine que ses dogmes lui ont posé de plus en plus de problèmes à mesure qu’il avançait en âge : hostilité croissante envers la plupart des papes, interrogations sur la divinité du Christ, sur Marie sa mère…

Un grand nombre des articles et des conférences de sa vieillesse montrent à quel point il hésitait sur bien des points de croyance “obligatoire”.
L’Affaire Jésus (1982), celui de ses livres qui s’est (de loin) le plus vendu, en est un témoignage, et plus encore Malheureuse Église (1992), ouvrage qu’il achevait d’écrire au moment de sa mort.

Et pourtant, Guillemin ne l’a pas quittée, cette Église qu’il a tellement vilipendée, car pour lui, si coupable qu’elle soit, et de tant de crimes, elle n’a jamais cessé de faire passer le message évangélique dont elle est porteuse.

Guillemin n’a pas non plus abandonné ce Dieu dont il ne sait qui c’est, mais sans l’appel d’air duquel la destinée humaine n’avait plus de sens à ses yeux : dans Henri Guillemin tel quel (Utovie, 2017), les dialogues que nous avons eu ensemble en 1977 occupent 175 pages, et le plus long chapitre de cette section s’intitule précisément « De gauche et chrétien » et compte, à lui seul, presque 60 pages, preuve simple de l’importance du sujet pour un homme que ces questions tourmentaient depuis des décennies.

C’est dire comme il est délicat de les aborder après lui et à son sujet, car qui connaît la foi ou l’incroyance d’un homme, et qui sait à quelle profondeur elles s’ancrent ?


Etre humain s’interrogeant devant l’infini que représente « Outrenoirs » de Pierre Soulages
peinture 181/405 cm – 2012 – acrylique sur toile.

Les activités récentes et à venir de l’association « Présence d’Henri Guillemin » (PHG), fondée à Mâcon fin 2002 à l’approche du centenaire de sa naissance, nous permettent aujourd’hui de revenir sur ce thème de « Guillemin chrétien », et c’est tant mieux. En effet plusieurs « amis de Guillemin » (dont le signataire de ces lignes) sont adhérents des deux sociétés, et nous nous réjouissons qu’elles aient trouvé comment coexister, et travailler chacune à sa façon à mieux mettre en lumière Guillemin.

Il ne s’agit pas ici de discuter des mérites de tels ou tels choix, puisque Mâcon a aussi parlé de Guillemin historien, mais de me faire l’écho de manifestations et/ou publications récentes ou à venir, qui se trouvent privilégier plutôt l’axe religieux.

Lors de la publication du Cas Guillemin, version, fortement expurgée par lui, de nos dialogues (Gallimard, 1979), Henri Guillemin m’avait dit son plaisir de me voir placer en fin de volume la version originale (1937) de son essai « Par notre faute », publié dans la revue dominicaine La Vie intellectuelle. 
Il s’agit d’une quarantaine de pages où il retrace les erreurs et les horreurs passées de l’Église en des termes si rudes que le Vatican estima nécessaire de condamner aussitôt ce texte dans les colonnes de son journal officiel, l’Osservatore romano, le dimanche 14 novembre 1937, en pleine première page et sur une colonne et demie.

[Nous mettons cet article à titre documentaire car la photocopie n’est pas de bonne qualité. Néanmoins, pour voir l’article, cliquez ici ; pour le lire, utiliser l’effet zoom de votre ordinateur – N-D-E]

Claude Pautet, un des animateurs de PHG, a retrouvé cet article du Père Mariano Cordovani, intitulé « Per un articolo stampato nella la rivista “La Vie intellectuelle” » ; sa traduction par Joëlle Pojé peut être consultée sur le site de PHG (cliquez ici).

Il s’agissait avant tout pour Rome de désapprouver publiquement l’ordre dominicain, dont l’indépendance d’esprit a toujours irrité le Vatican, d’avoir fait bon accueil à un texte aussi violent ; mais, dès cette époque, Guillemin lui-même était considéré en haut lieu comme un « drôle de chrétien ».
Et il a continué dans cette voie…

Autour de « Reste avec nous » : Christian Nardin à Clessé (Saône et Loire)

Il a continué dès 1944, avec une nouvelle écrite pour Pâques, publiée à Neuchâtel à la fin de juillet, et qui est sans doute, qu’on soit croyant ou mécréant, un de ses textes les plus personnels et les plus frappants.

C’est un récit de la Passion du Christ, mais dont le narrateur est un simple savetier de Jérusalem, qui raconte à un ami, dans son langage à lui, ce dont il a été témoin, et comment il est passé, à l’égard de cet excité en qui certains voyaient un prophète, et d’autres un chef politique, de la réticence à l’enthousiasme.
Il ne le dit pas avec des mots si savants, mais le récit parle à sa place, de l’épisode initial de la colère du « Nazaréen » contre les marchands du Temple à l’épisode final d’Emmaüs, sur lequel Guillemin laisse son lecteur.

Hors de toute option religieuse, ce texte est fort ; Le Monde diplomatique n’a pas jugé déplacé de le reproduire en entier dans son numéro d’avril 1988, avec ce surtitre de la rédaction : « Événements singuliers à Jérusalem », qui favorisait une lecture politique contemporaine (mais Guillemin lui-même évoquant, en pleine année 1944, l’occupation romaine, ne pensait bien sûr pas seulement aux Romains), et surtout qui donne à ces pages une ampleur, dans le temps et dans l’espace.

La forme sous laquelle se présente Reste avec nous (un récit oral) a attiré les gens de théâtre.
C’est d’abord Benoît Allemane qui en a donné, avec sa compagnie Capricorne, en 1984, une adaptation jouée au théâtre de la Tête-d’Or à Lyon ; le texte en a été édité par ses soins en 1987, mais je n’ai pu le lire.

Plus récemment, et ce spectacle-là j’ai eu la chance de le voir, c’est Christian Nardin qui l’a porté, sans y rien changer, à la scène avec sa propre compagnie, les Tréteaux de Port-Royal (ainsi nommée au départ parce que la première pièce qu’il a jouée était le Port-Royal de Montherlant).

Christian Nardin, qui a été professeur de lettres au Lycée international de Strasbourg, était tout juste adolescent quand il a rencontré Guillemin en 1972.
Malgré le demi-siècle d’écart d’âge entre eux, ils sont devenus proches, ont abondamment correspondu, et lorsqu’en 2003, bien après la mort de Guillemin, Christian Nardin a enfin osé s’emparer de ce Reste avec nous qui l’avait dès l’origine fasciné, il l’a fait dans une fidélité exemplaire au texte et à l’esprit du texte.


Christian Nardin – Photo de M. Bonnetain,
Journal de Saône-et-Loire

Le 3 novembre 2018, à l’invitation de deux associations, « Sauvegarde du patrimoine clesséen » et PHG, il est venu présenter son spectacle au Foyer rural du village de Clessé, situé entre Mâcon et Cluny.
Succès : plus de deux cents entrées payantes, et surtout près de cent personnes restées pour le débat qui a suivi. Succès légitime, car la sobriété et la force du jeu de Christian Nardin, seul en scène dans un décor minimal efficace, laissent à la parole de Guillemin et à ce qu’elle raconte un espace de déploiement idéal.

Cela dure une heure, qui passe comme un instant très intense. On la sentait, cette intensité, dans la qualité du silence, on la sentait encore dans l’intelligence des questions posées après le spectacle, et auxquelles nous avons tenté de répondre depuis la scène transformée en tribune, Christian Nardin bien sûr, Joëlle Pojé (présidente de PHG), Martine Jacques (dont je reparle dans un instant), et moi-même.


De gauche à droite : Patrick Berthier, Joëlle Pojé-Crétien, Christian Nardin,
Martine Jacques, et le modérateur de l’association de Clessé.

L’universitaire que je suis peut le dire, il y a peu de colloques universitaires dont je garde un tel souvenir. Quelque chose s’est passé, quelque chose d’humain au sens plein du terme.

Édition et projets

Parmi les intervenants du débat figurait, je viens de la citer, Martine Jacques, maître de conférences de littérature à l’université de Dijon et adhérente récente mais active de PHG. Lors d’une journée consacrée à l’avancement des recherches sur Henri Guillemin, à Mâcon, le 30 septembre 2017, elle avait proposé une intervention remarquée sur ses nouvelles.

Reste avec nous est en effet une des quatre qu’il a publiées entre 1942 et 1948, et ces très courts textes, écrits pour ses enfants, sont en effet remarquables comme témoignage de ce qui comptait à ses yeux : la fraternité et non la guerre, la foi, la lucidité face aux mensonges des puissants.

Comme les autres textes de Guillemin, ces nouvelles ont été rééditées par Utovie, mais elles l’ont été dès son vivant et avec son accord, entre 1978 pour Rappelle-toi, petit (savoureux et acide récit du coup d’État du 2 décembre 1851), et 1989 pour Reste avec nous.

L’année 2019 va voir la publication, par Utovie toujours, d’un volume unique réunissant les quatre nouvelles, avec en préface un texte de Maurice Maringue (1931-2016), journaliste mâconnais, auteur en 1984 de l’ouvrage Henri Guillemin le passionné, et en postface l’étude de Martine Jacques, qui propose une approche globale suggestive de l’aspect autobiographique de ces textes.

Enfin, autre projet préparé pour 2019 par l’association de Joëlle Pojé, et qui reprend plusieurs thèmes évoqués ici :
il s’agit d’une journée d’études, à Mâcon, le 28 septembre, centrée précisément sur le thème « Guillemin chrétien » évoqué ici ; parmi les orateurs prévus, Christian Nardin dira, à partir des souvenirs de leur amitié, comment il voit la foi de Guillemin, Joëlle Pojé parlera de l’affaire de « Par notre faute » et de la condamnation romaine, et Martine Jacques envisagera la foi de Robespierre – ce qui nous ramènera à la Révolution, et à Henri Guillemin historien, par un des biais qui suscitèrent le plus la polémique lors de la sortie de son livre de 1987.

Tout cela montre que nous ne devons surtout pas compartimenter Guillemin pour ne garder de lui que ce qui va dans le sens de nos propres préférences.
Qu’il ait été chrétien, loin de gêner notre compréhension de son œuvre, peut et doit y contribuer. Comme le reste.

Cela ne force personne à se signer en entrant dans l’église – ni même à entrer dans l’église.

Note rédigée par Patrick Berthier

Photogramme tiré du film « 2001 l’odyssée de l’espace » (1968) de Stanley Kubrick – Mystère du monolithe noir comme symbole de l’immensité de l’Univers et de la pensée humaine
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Bonne Année 2019

Chers abonnés, chers adhérents, chers amis,

Nos remerciements pour votre soutien, vos commentaires, vos suggestions, n’ont aucune raison de faiblir, car ils sont toujours aussi réguliers, réconfortants et chaleureux. Ils nous encouragent à poursuivre et même à développer l’activité que nous menons pour faire connaître le plus largement possible Henri Guillemin, son oeuvre, son engagement.

Nous l’avons déjà indiqué et ne pouvons que le confirmer : Internet favorise la (re)découverte d’Henri Guillemin et permet de toucher différents publics, notamment les jeunes générations. Mais un autre facteur renforce l’intérêt de (re)découvrir Guillemin : d’une certaine façon, par les profondes fractures sociales qu’elle révèle, notre actualité politique confirme l’imparable pertinence de ses analyses politiques qui vont clairement et directement au coeur des processus en oeuvre.

Les Ami(e)s d’Henri Guillemin (LAHG) ouvrent, avec 2019, leur quatrième année d’activités avec pour feuille de route les projets et travaux suivants :

COLLOQUE HENRI GUILLEMIN DU 17 NOVEMBRE 2018
LES VIDEOS SONT EN LIGNE

Oui, tout de suite la bonne nouvelle :

les vidéos de chacune des interventions du colloque sont désormais en ligne sur notre site. Elles figurent sur la page d’accueil juste après le programme du colloque laissé pour rappel. Vous y trouverez aussi la vidéo de l’échange final avec le public dont les questions/réponses forment un utile complément au contenu général de cette journée. Pour les voir, c’est sur la page d’accueil, ou si vous êtes pressé-e, vous pouvez vous y rendre en cliquant ici.

Si tout se passe bien, les actes du colloque devraient être publiés avant l’été prochain aux éditions Utovie.

Nous arrivons à tenir un rythme biennal pour organiser ces événements, si bien que nous pouvons avancer qu’un prochain colloque Henri Guillemin aura lieu en novembre 2020. Si plusieurs idées de thème sont actuellement à l’étude, le choix du prochain sujet ne tardera pas à être arrêté et fera prochainement l’objet d’une lettre d’information.

LES CHRONIQUES DU CAIRE

Comme vous le savez depuis la diffusion de nos lettres d’information, Henri Guillemin fut nommé à l’automne 1936 professeur de littérature française à l’Université du Caire, où, au bout d’un an, on lui proposa de tenir la tribune hebdomadaire de critique littéraire dans le journal La Bourse égyptienne. C’est finalement 98 chroniques qui paraîtront dans ce quotidien, et que Patrick Berthier a décidé de réunir dans un recueil à paraître aux éditions Utovie courant 2019.

Les articles de Guillemin sont d’éclatantes critiques des livres publiés à l’époque, œuvres d’écrivains alors au début de leur parcours ou à peine connus, mais devenus célèbres par la suite et toujours lus aujourd’hui.

Nous avons déjà diffusé neuf lettres d’information sur ces chroniques portant sur Simenon, Malraux, Sartre, Céline, Mauriac, Bernanos, Hemingway, Brasillach et Georges Rotvand. Non pas les articles in extenso de Guillemin, mais le commentaire critique apporté par Patrick Berthier.

Le très grand intérêt de ce futur ouvrage est triple : découvrir ce qui peut raisonnablement s’apparenter à un inédit (un tel recueil n’a jamais été publié et le journal La Bourse égyptienne n’est sans doute connu que des experts) ; lire la prose Guillemin, toujours fouaillant au plus profond pour dénicher la vérité cachée, parfois rude, féroce, mais toujours juste ; enfin, conjuguer en tant que lecteur les propos de Guillemin avec notre propre réception aujourd’hui des romans de Sartre, de Céline et des autres.

PRIX HENRI GUILLEMIN

Notre assemblée générale annuelle du 15 décembre dernier a approuvé à l’unanimité le projet de créer un prix littéraire Henri Guillemin, qui serait décerné à un ouvrage d’histoire politique ou d’histoire littéraire qui s’imposerait par sa force de décodage des mensonges officiels. S’inscrivant dans l’héritage des travaux d’Henri Guillemin, cet ouvrage participant du désenfumage de la pensée, serait salué comme une lumière dans la nuit de l’endoctrinement général.

Ce prix sera biennal comme les colloques. Une période nécessaire à mettre tout sur pied puisque nous partons de zéro. Le plan d’action pour réaliser ce projet est en cours d’élaboration. Il intègre les grandes étapes incontournables : modalités d’identification et de sélection des ouvrages, constitution du jury, événement de remise du prix, récompense, etc.

Puisque nos premiers pas sont encore frais, vous pouvez, déjà à ce stade, nous faire part de vos idées et propositions, de vos suggestions et de vos conseils. Ils seront les bienvenus.

FILM PORTRAIT SUR HENRI GUILLEMIN

C’est un projet que nous avons depuis notre création : réaliser un film documentaire sur Henri Guillemin. Etablir son portrait de façon à permettre au plus grand nombre de découvrir les nombreuses facettes de l’homme, toute la portée de son œuvre, la pertinence de ses travaux et la profondeur de ses analyses.

La réalisation d’un tel documentaire passe par plusieurs phases dont celles qui, le moment venu, s’appelleront montage et scénario, diffusion et distribution, et évidemment financement. Mais la première étape nous semble à notre portée : enregistrer en audio/vidéo, les témoignages, conversations, entretiens, anecdotes, souvenirs, récits, de toutes les personnes d’aujourd’hui qui ont connu Henri Guillemin de son vivant, soi intimement, soit en assistant à ses conférences, soit en ayant travaillé avec lui.

Ces enregistrements formeront la matière première du futur film. Ils sont essentiels. Nous avons la chance d’avoir à nos côtés Bernard Dupas, l’ami que je remercie ici pour son soutien depuis la première heure, le vidéaste talentueux qui filme tous nos colloques.

Ce travail ne se développera jamais aussi aisément sans, là aussi, votre soutien, vos idées et propositions, vos suggestions et conseils, et en premier de tout, en répondant à ces simples questions : avez-vous connu Henri Guillemin de son vivant ? Si oui, souhaiteriez-vous apporter votre témoignage ?

Quand bien même vous ne l’auriez pas connu, si vous souhaitez témoigner de l’importance que représentent pour vous ses travaux aujourd’hui, n’hésitez surtout pas à nous écrire.

CHEMINS DE TRAVERSE

C’est la rubrique qui nous permet de faire connaître des ouvrages d’auteurs contemporains, dont les sujets entrent en convergence avec les engagements d’Henri Guillemin, notamment dans le champ de l’histoire politique. Pour nous, il est important de faire connaître ce type d’ouvrages et les Chemins de traverse continueront de sillonner les paysages de la pensée critique.

Voici donc notre plan d’actions pour 2019 qui poursuit l’ambition de développer la notoriété d’Henri Guillemin et ainsi briser l’immobilisme de la fausse pensée actuelle.

Très bonne année 2019 à toutes et à tous !

Sculpture de l’artiste Isaac Cordal – 2011 – « Politiciens discutant du changement climatique »