Catégories
événements

L’imaginaire de la Commune par Kristin Ross

proclamation_commune_paris_1871_monde_illustre

Kristin Ross, professeure de littérature comparée à l’université de New-York a écrit un livre intitulé L’imaginaire de la Commune, aux éditions La Fabrique, dans lequel elle développe le fait que la Commune déborde l’espace-temps qui lui est habituellement attribué. Le terme « imaginaire » est utilisé pour signifier que cet événement révolutionnaire n’est pas seulement international mais qu’il s’étend bien au-delà du domaine de la politique. Il touche aussi celui de l’art, de la littérature, de l’éducation, de la relation au travail. Pour Kristin Ross,  la Commune n’est pas un simple épisode de la grande fable républicaine, c’est un monde nouveau qui s’invente pendant ces brèves semaines, un monde qui n’a pas fini de hanter les uns et d’inspirer les autres.

En mai 2015, elle écrit sur ce sujet un article dans Le Monde Diplomatique. Article reproduit ci-dessous.

L’internationalisme au temps de la Commune

De nombreux historiens ont analysé la Commune de Paris comme un soulèvement patriotique trouvant son origine immédiate dans la confiscation des canons de la Garde nationale en mars 1871. Mais les fondements intellectuels de cette insurrection semblent plus anciens : dès 1868, dans les clubs politiques et les réunions populaires de la capitale, des citoyens en appellent à la « République universelle ». En avril 1871, au plus fort de la Commune de Paris, sept mille ouvriers londoniens organisèrent une manifestation de solidarité avec leurs camarades parisiens, marchant depuis ce que la presse bourgeoise britannique appelait « notre Belleville » — le quartier de Clerkenwell Green — jusqu’à Hyde Park, par un temps épouvantable. Accompagnés d’une fanfare, ils brandissaient des drapeaux ornés des slogans « Vive la Commune ! » et « Longue vie à la République universelle ! ».

manifestation en soutien à la Commune Londres 18 avril 1871

La même semaine, dans l’amphithéâtre de l’école de médecine de la Sorbonne désertée par ses professeurs — tous s’étaient enfuis à Versailles (1) —, les artistes et les artisans parisiens (« toutes les intelligences artistiques ») écoutaient Eugène Pottier lire le manifeste de la Fédération des artistes de Paris, qui se conclut par la phrase : « Le comité concourra à notre régénération, à l’inauguration du luxe communal et aux splendeurs de l’avenir, et à la République universelle. »
« Commune » et « République universelle » représentent deux éléments fondamentaux de l’imaginaire politique de la Commune de Paris, deux expressions dont la charge affective déborde tout contenu sémantique précis. Mais la répétition de ces termes au long des dernières années de l’Empire, du siège de la capitale et de l’insurrection elle-même exprimait le désir des communards d’une vie sociale organisée selon les principes de la participation et de la décentralisation.

La majorité des historiens situent le début de la Commune au 18 mars 1871, avec ce que Karl Marx appela la « tentative d’effraction » d’Adolphe Thiers (2), sa décision dethiers_coq_gaulois_carnavalet confisquer les canons de la Garde nationale, et les réactions qu’elle provoqua. Dans leur récit, l’insurrection apparaît comme un soulèvement spontané, lié à une poussée de « patriotisme égaré » — comme le dit Thiers lui-même (3) — due aux circonstances particulières de la guerre franco-prussienne. 

Or, si l’on commence, non par cette réaction spontanée, mais par les réunions de travailleurs de la fin de l’Empire, une tout autre image apparaît. On voit certaines idées prendre progressivement de l’importance. Les réunions des clubs politiques du nord de Paris, les plus révolutionnaires, s’ouvraient et se concluaient au cri de « Vive la Commune ! », et les expressions « République universelle » et « République des travailleurs » y étaient employées indifféremment. Ces rassemblements ont créé et développé l’idée d’une commune sociale : le désir de remplacer un gouvernement de traîtres et d’incompétents par la coopération directe de toutes les énergies et de toutes les intelligences.

« Paris vivait de sa vie propre »

Le terme « Commune » exprimait le souci de l’échelle d’action, le désir d’autonomie locale, l’autosuffisance d’unités sociales assez petites et humaines pour que chacun se sente directement concerné par les détails de la vie quotidienne. La notion de « République universelle » représentait, elle, l’horizon internationaliste. Ensemble, les deux mots d’ordre dessinaient les contours d’un imaginaire puissamment non national. Ainsi, par « luxe communal », les artistes et les artisans de la Commune semblaient penser à une sorte de « beauté publique » : l’amélioration des espaces partagés dans toutes les villes et tous les villages, le droit pour chacun de vivre et de travailler dans un environnement agréable. En créant un art public, un art vécu, au niveau de municipalités autonomes, le « luxe communal » œuvrait contre la conception même de l’espace monumental et sa logique centralisatrice (nationaliste). Ce type de programme ne devrait pas nous étonner de la part de ceux qui ont mis à bas la colonne Vendôme.

chute colonne VendômeMais il faut se garder d’imaginer que le terme ait pu impliquer un repli à l’intérieur des contours étroits de la municipalité. La Fédération des artistes considérait qu’elle agissait en même temps pour le luxe communal et pour la République universelle.
Sous la Commune, comme l’un de ses protagonistes les plus célèbres, le peintre Gustave Courbet, l’écrivit à sa mère, « Paris a renoncé à être la capitale de la France (4) ». Le Paris d’alors ne voulait pas être un Etat, mais une entité autonome au sein d’une fédération internationale des peuples. L’échelle que privilégiait l’imaginaire communard était à la fois plus limitée et plus large que la nation. L’expression « République universelle » renvoyait à un ensemble de désirs, d’identifications et de pratiques qui ne se laissaient pas définir par le territoire de l’Etat ou circonscrire par la nation. Elle distinguait très nettement ceux qui l’employaient des républicains parlementaires ou libéraux : ces derniers croyaient en la nécessité d’une autorité étatique forte et centralisée, supposée garante de l’ordre social.

Durant les mois du siège, qui précédèrent la Commune, Paris, selon les mots du communard Arthur Arnould, « vivait de sa vie propre, ne relevait que de sa volonté individuelle. (…) Paris avait (…) appris le mépris absolu des deux seules formes gouvernementales qui eussent été jusqu’alors en présence dans notre pays : la monarchie et la République oligarchique ou bourgeoise (5) ». La République universelle signifiait par opposition le démantèlement de la bureaucratie impériale, de son armée de métier et de sa police en premier lieu. « Il ne suffit pas d’émanciper chaque nation en particulier de la tutelle des rois, écrivait, dès 1851, le géographe anarchiste et futur communard Elisée Reclus, il faut encore la libérer de la suprématie des autres nations, il faut abolir ces limites, ces frontières qui font des ennemis d’hommes sympathiques (6) ! »

hotel-de-ville-place-de-l-proclamation-de-la-commune-28-3-1871-47-max-2

Le lendemain de la proclamation de la Commune, tous les étrangers furent admis dans ses rangs, car « le drapeau de la Commune est celui de la République universelle (7) ». Mais l’expression n’est pas née à ce moment ; elle remonte en réalité à un bref épisode d’internationalisme pendant la Révolution française. Son inventeur, Anacharsis Cloots, Prussien d’origine, qui se présentait lui-même comme « l’orateur du genre humain », soutint cette révolution aux côtés de Thomas Paine, sur des bases internationalistes, avant d’être guillotiné. Cependant, loin de signifier un retour aux principes de la révolution bourgeoise de 1789, le mot d’ordre de la République universelle, lancé par les communards, marque leur rupture avec son héritage, en faveur d’un véritable internationalisme des travailleurs.

Pensons par exemple aux habitudes de travail et à la culture des artisans d’art, qui participèrent en si grand nombre au mouvement de mars 1871, comme le nota plus tard Prosper-Olivier Lissagaray, le premier et le plus influent des historiens de la Commune. henri-lissagarayIls étaient des internationalistes avant la lettre. On se souvient surtout aujourd’hui de Pottier comme de l’auteur de L’Internationale, écrite en juin 1871 au milieu des exécutions brutales des révolutionnaires vaincus ; à la veille de l’insurrection, il dirigeait un grand atelier où l’on confectionnait draperies, tapisseries, dentelles, où l’on pratiquait la peinture sur étoffes et sur céramique. Des artisans qualifiés de diverses origines et nationalités travaillaient ensemble à des tâches complémentaires ; leur internationalisme s’explique pour partie par la mobilité qui caractérisait ce type de métiers : ils allaient librement d’une région à l’autre et même d’un pays à l’autre. Eugene_PottierComme beaucoup de jeunes d’aujourd’hui, que la précarité économique contraint à une existence nomade, les hommes et les femmes artisans du milieu du XIXe siècle passaient l’essentiel de leur temps non pas à travailler, mais à chercher du travail.
Lorsque la France déclara la guerre à la Prusse, le 19 juillet 1870, les employés de l’atelier de Pottier furent parmi les signataires du manifeste de la section parisienne de l’Internationale, aux côtés de leurs camarades d’Allemagne et d’Espagne, contre ce que Pottier appela dans un poème le « régime cellulaire de la nationalité (8) ».

Fait inédit dans une formation socialiste, le message était résolument antinationaliste : « Une fois encore, sous prétexte d’équilibre européen, d’honneur national, des ambitions politiques menacent la paix du monde. Travailleurs français, allemands, espagnols, que nos voix s’unissent dans un cri de réprobation contre la guerre ! (…) La guerre (…) ne peut être aux yeux des travailleurs qu’une criminelle absurdité (9). »

louise_michel             mink_paule                            Elisabeth_Dmitrieff

Mais c’est peut-être la direction particulière prise alors par les femmes et par le féminisme qui témoigne le mieux de cette volonté de dépasser le cadre politique de l’Etat moderne. Louise Michel, Paule Minck, Elisabeth Dmitrieff et d’autres ne cherchaient pas l’intégration dans l’Etat ou sa protection ; elles n’exigeaient pas, comme les femmes l’avaient fait en 1848, le droit de vote ni aucun autre droit de type parlementaire. Elles pratiquaient une forme de liberté au mépris total de l’Etat. En tant que participantes à la République universelle, elles se montraient indifférentes à la politique républicaine. Pourtant, Dmitrieff et sept ouvrières de l’habillement créèrent ce qui devint la plus grande et la plus efficace des organisations de la Commune : l’Union des femmes. Ses comités se réunissaient quotidiennement dans presque tous les arrondissements de Paris, fournissant du travail rémunéré aux femmes tout en répondant à l’urgence des situations de combat.

Rien n’était plus éloigné de la République universelle, envisagée comme association volontaire de toutes les initiatives locales ou « libre confédération de collectivités autonomes », que la République conservatrice à prétention universaliste qui allait finir par s’imposer. La République universelle imaginée et, dans une certaine mesure, vécue pendant la Commune n’était pas seulement très différente de celle qui adviendra. Elle était aussi conçue en opposition avec la République française timidement accouchée en septembre 1870 par Thiers, alors monarchiste, et plus encore avec celle qui s’affermit sur les cadavres des communards. Car ce massacre fut l’acte fondateur de la IIIe République, qui se consolida ensuite tandis que la bourgeoisie industrielle et les grands cultivateurs de province nouaient leur alliance historique, soudant pour la première fois la modernisation capitaliste à l’Etat républicain.

En France, le massacre marqua le début d’une séquence profondément conservatrice sur la question de l’identité nationale.

rue_de_rivoli_Commune_24 mai 1871

Cette séquence devait se prolonger au moins jusqu’à Vichy, tandis que dans toute l’Europe les nations entraient dans la compétition coloniale et mettaient en œuvre les nouvelles formes de massacre à grande échelle nécessaires au contrôle et au maintien de l’ordre dans les empires.

A partir de l’amnistie des communards votée par le Parlement en 1880, on assiste à des tentatives d’intégrer la Commune à la fiction républicaine française, en l’assimilant à un mouvement patriotique ou à un combat pour les libertés républicaines — autrement dit, à une tentative réformiste de démocratiser l’Etat bourgeois plutôt que de le détruire. Mais il suffit de lire les Mémoires des survivants pour voir à quel point eux-mêmes se défendaient farouchement d’avoir agi pour sauver cette République : « La République de nos rêves n’était assurément pas celle que nous avons. Nous la voulions démocratique et sociale, et non ploutocratique », écrit l’un d’eux (10). Gustave Lefrançais se montre plus radical encore : « Le prolétariat n’arrivera à s’émanciper réellement qu’à la condition de se débarrasser de la République, dernière forme, et non la moins malfaisante, des gouvernements autoritaires (11). »

Kristin Ross

 Notes

(1) Siège du gouvernement de défense nationale instauré après la défaite de Sedan et la capture de Napoléon III (septembre 1870).

(2) Monarchiste orléaniste, Adolphe Thiers (1797-1877) devient chef du pouvoir exécutif en février 1871, peu après la chute du Second Empire. La restauration monarchique se révélant impossible, il se rallie à la République en 1873.

(3) Cité dans La Revue blanche. 1871, enquête sur la Commune, Editions de l’Amateur, Paris, 2011 (1re éd. : 1897).

(4) Correspondance de Courbet, texte établi par Petra Ten-Doesschate Chu, Flammarion, Paris, 1996.

(5) Arthur Arnould, Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris, Res Publica, Gémenos, 2009 (1re éd. : 1878).

(6) Cité dans Le Libertaire, Paris, 28 août-1er octobre 1925.

(7) Journal officiel de la République française sous la Commune, Ressouvenances, Villers-Cotterêts, 1995 (1re éd. : 1871).

(8) Eugène Pottier, « La Guerre », Chants révolutionnaires, Comité Pottier, Paris, 1908.

(9) Manifeste de la section parisienne de l’Association internationale des travailleurs publié dans Le Réveil, 12 juillet 1870.

(10) Paschal Grousset, cité dans La Revue blanche…, op. cit.

(11) Gustave Lefrançais, cité dans La Revue blanche…, op. cit.

Entretien vidéo Kristin Ross, Alain Badiou, Aude Lancelin

Crédits photographiques (par ordre d’apparition)

Proclamation de la Commune place de l’Hôtel de ville. (Le Monde Illustré, n°730, 8 avril 1871).

Manifestation en soutien à la Commune à Londres le 18 avril 1871 (site raspouteam.org)

Thiers tordant le cou du coq gaulois. (Musée Carnavalet, Paris)

Destruction  de la colonne Vendôme (site les enragés.fr)

Proclamation de la Commune place de l’hôtel de ville le 28 mars 1871 (archives Larousse)

Hippolyte Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901) (site histoire-vesinet.org)

Eugène Pottier (1816-1887) (site de la Bourse du Travail)

Louise Michel (1830-1905) (site du Parti Communiste)

Paule Mink (1839-1901) (site ephemanar.net)

Elisabeth Dmitrieff (1851-1910) (domaine public) 

Massacre et derniers combats rue de Rivoli – mai 1871 par Gustave Boulanger (Musée de la Ville de Paris)

Nous remercions Kristin Ross et le Monde Diplomatique de nous avoir autorisés la reproduction de cet article. Les photos sont de LAHG.

Catégories
événements

Un manuscrit inédit d’Henri Guillemin

Signature --- Image by © Royalty-Free/Corbis

Guillemin se raconte en un recto verso

Un adhérent de notre association (*) nous a envoyé le cliché d’une lettre écrite par Henri Guillemin à une Canadienne qui lui demandait des renseignements biographiques en vue d’un article qu’elle voulait écrire sur lui.

Il commence par la renvoyer aimablement au Who’s Who, dans lequel il figure, puis, « pour faire plaisir », il esquisse un autoportrait en dates et en épisodes-clés qui couvre finalement tout son feuillet des deux côtés.

Nous ne savons pas si l’article canadien a été écrit, mais nous avons cette lettre, ce manuscrit inédit (manuscrit recto : ici) (manuscrit verso : ici), lettre passionnante par au moins deux aspects.

D’abord, c’est la première fois, sauf erreur, que Guillemin bâtit ainsi un schéma de sa vie et de sa carrière. Il a soixante-deux ans, vient de prendre sa retraite, et se voit comme « libre, enfin ! » de ne plus se consacrer qu’à ses livres, à ses articles et à ses conférences.

HG

Ensuite, et la lettre elle-même reproduite (original ici) permet de le voir d’un coup d’œil, nous avons ici un bon exemple de l’écriture de Guillemin (encore lisible à cette époque !) et de sa façon d’occuper tout l’espace, en revenant en arrière pour des ajouts là où il reste de la place, en soulignant certains mots, en couvrant le papier jusqu’aux marges.

Il a toujours procédé ainsi, préférant bourrer une petite feuille et/ou écrire minuscule que de commencer un nouveau feuillet – comme si le temps manquait : on le voit bien aussi à sa façon d’abréger, de ne pas rédiger complètement certaines phrases.

C’est ici un Guillemin se racontant en direct, vivant, précis, directif (il choisit ce qu’il souhaite voir dit de lui, et demande à lire le texte avant publication).

Un Guillemin qui avait encore devant lui, mais il ne le savait pas, plus de vingt-cinq années d’un travail incessant : sa manière, à lui, de respirer.

HG

(*) Ce document est une des lettres qui ont été vendues par la librairie ancienne DARREAU (71 – Mâcon – France), membre fondateur de l’association Présence d’Henri Guillemin de Mâcon, à la Bibliothèque Publique et Universitaire de Neuchâtel et dont j’avais fait une photocopie. Signé : DARREAU Norbert.

 La retranscription du manuscrit :   

Réponse d’Henri Guillemin à une Canadienne qui désirait écrire un article sur lui. Un feuillet demi A4 recto verso.

10 mai 65

Gentil, de prévoir “papier” sur H. G.
Trouveriez éléments dans Who’s Who in France

Pour faire plaisir, vous indique l’essentiel :
Né à Mâcon (le pays de Lamartine) le 19 mars 03
Parents très humbles. Mon père, petit fonctionnaire des Ponts et Chaussées.
Une sœur (née 1896) [devenue Interne des Hôpitaux de Lyon. Depuis 1930, exerçant à Roanne. Mariée à un Interne de Lyon, aussi, qui dirige la + gde clinique d’accouchement de Roanne]
Études primaires et secondaires, Lycée Lamartine, Mâcon.
Baccalauréat complet en 1919
Préparation, à Lyon, au Concours d’Entrée à l’École Normale Supérieure 1919-1923
Reçu à l’E.N.S. (rue d’Ulm, Paris) en juillet 1923

Quatre ans à Paris [Secrétaire particulier de Marc Sangnier, – l’homme du Sillon – en 1923-24] 1

Marc Sangnier
Agrégé des lettres (n° 3) en juillet 1927 [camarade de Sartre et de Pierre Péguy, le fils de l’écrivian tué en 1914 (qui mourra en 1942)] 2

sartre 2

Pierre Péguy

Postes d’enseignement secondaire :

Lycées de Tours, Bayonne, Clermont-Ferrand, Lille, Lyon
tandis que je préparais mon doctorat.

(Avais été incorporé (oct 27 3) au 134e régiment d’infanterie, “aspirant”, mais réformé (déc 27) après hémoptysies)

Marié 1928 (Jacqueline Rödel née en 1910 à Paris)

5 enfants dont 4 vivants (François, né 1929, mort 1931 (accident horrible)
Philippe né 1932
Françoise née 1933
Marianick née 1938
Michel, né 1943)

Doctorat ès lettres (thèse sur Jocelyn) en 1936
(je passe, donc, dans l’enseignt supérieur)
1er poste : Le Caire, Université Fouad Ier 1936-1938
2e poste : Bordeaux (titulaire de la chaire de langue et littérature française) 1938-1942
J’écrivais souvent dans la revue des dominicains : La Vie intellectuelle et dans leur hebdomadaire : SEPT . 4

 

LA VIE INTELLECTUELLE (7e année, n°1, 15 juillet 1914)                                            périodique 7

La guerre, l’occupation allemande. Suis dénoncé à la Gestapo début juillet 42 par les “collaborationnistes”. Averti, m’enfuis le 14 juillet 42, franchissant clandestinement, près de Langon (Gironde), la “ligne de démarcation”.
Avec de faux papiers, ma femme et mes enfants parviennent à me rejoindre à Toulouse, zone libre, chez mon b. frère, Henry Rödel, avocat, qui sera lui-même arrêté en 43 par la police de Pétain, remis aux Allemands, déporté, puis tué, en Saxe, en avril 45

Pour vivre, je passe en Suisse, où un poste m’est offert à l’Université de Genève. [mon père meurt en 43, ss que je puisse le revoir] [maman, morte en 49] 5

(Mon premier livre, après ma thèse, avait été Flaubert, 1939, préfacé par Mauriac, avec lequel je suis lié depuis 1926.)

francois-mauriac

À la libération, alors que je me disposais à regagner mon poste à Bordeaux, le gouvt fr. m’offre de passer dans le service diplomatique et de devenir Attaché Culturel à l’ambassade de France à Berne. J’accepte. 17 ans de vie diplomatique : 1945-1962.

Chevalier de la Légion d’honneur (1948) 6
À 60 ans (1963) je prends ma retraite, ayant 40 ans de service (1923-1963. Les années d’E.N.S. comptent comme “service”) et me voici, libre !
(je n’ai gardé qu’1 cours public à l’Univ. de Genève ; mais, côté français, je suis un fonctionnaire retraité)

Masse de livres depuis 1939 [liste facile à trouver]

Conférences, depuis 1945, en des tas de pays : Espagne, Portugal, Angleterre, Italie, Belgique, Grèce, Allemagne, Danemark, et Israël (2 fois)
Entre 36 et 38, confér. au Liban, en Syrie, etc.
Et radio, T.V. en France, Belgique, Canada.

7 Ai bcp connu Bernanos et Claudel, un peu Gide. Tjs profondément attaché à Mauriac. Collabore aux Temps modernes, de Sartre (le seul catholique écrivant là…)

8 Ouf ! J’en ai mis un coup pour vous tartiner ça. / Oui, j’aimerais lire votre “papier”, avant publication. / On se verra octobre. PROMIS. Votre HG

Transcription réalisée par Patrick Berthier, co-fondateur de LAHG.

Notes

J’ai respecté les majuscules et les soulignés, et indiqué en notes les retours en arrière et ajouts.

Ce qui me paraît de loin le plus intéressant dans ce texte, c’est sa date de 1965 (*) : ce doit être une des premières fois, sinon la première, qu’Henri Guillemin songe à l’image qu’il veut donner de sa vie. On note aussi des choix de détails remarquables : sa collaboration avec les dominicains avant 39, ou sa place de seul catholique aux Temps modernes…

(*) Le millésime est griffonné mais n’est pas douteux, à le comparer à sa façon d’écrire les chiffres en général. On voit aussi par le contexte que Mauriac (mort en 70) est toujours vivant, ce qui crédibilise le 6 de la dizaine. Et 65 vient naturellement dans le fil de l’évocation de la retraite toute récente (« et me voici, libre! »).

1 . Ces mots entre crochets sont une addition sur la droite du feuillet.

2 . Les mots entre crochets sont, de même, une addition sur la droite du feuillet.

3 . Précision ajoutée au-dessus de la ligne.

4 . Cette phrase a été ajoutée après coup, dans la marge droite et à angle droit du texte, à la hauteur des indications de carrière qu’on vient de lire, ce qui fait que nous la plaçons là.

5 . Ces deux indications entre crochets, en petits caractères, sont des ajouts postérieurs insérés à cet endroit du texte dans l’espace resté libre.

6 . Ajout interlinéaire postérieur, entre le paragraphe qui précède et le suivant.

7 . Les deux phrases qui suivent sont écrites à angle droit dans la marge gauche du second feuillet.

8 . La fin de la lettre est écrite à angle droit dans la marge gauche du premier feuillet (les barres obliques sont dans le texte).

Pour télécharger le manuscrit inédit recto en format pdf, cliquez ici

Pour télécharger le manuscrit inédit verso en format pdf, cliquez ici

Crédits photos (par ordre d’appartion) :

Ecrire (site : Corbis images)

Henri Guillemin (domaine public)

Henri Guillemin (domaine public)

Marc Sangnier (archives Larousse)

Jean-Paul Sartre (site actu-philosophia)

Pierre Péguy (site : le livre)

Périodique La Vie intellectuelle (site : petites revues)

Périodique Sept (domaine public)

François Mauriac (site : nonfiction)